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Brics : la leçon que doit tirer l’Algérie, selon Abdelaziz Rahabi

Brics : la leçon que doit tirer l’Algérie, selon Abdelaziz Rahabi

Et si l’échec de la première candidature de l’Algérie aux BRICS était un mal pour un bien ?

Abdelaziz Rahabi trouve « exagérée » la présentation, lancée depuis plusieurs mois par l’exécutif et relayée par certains médias, de l’ambition de l’Algérie d’intégrer le groupe des BRICS comme une panacée aux multiples problèmes qui se posent aux pays.

« Je trouve exagérée cette mobilisation confiée à des gens qui sont loin de comprendre les enjeux géopolitiques », a déclaré ce diplomate et ancien ministre, au cours d’une émission sur la webtv, AlternaTV basée à Québec.

« Il faut tenir compte d’une chose : on ne présente jamais une organisation internationale comme solution à ses problèmes. D’abord, c’est un aveu d’échec, ensuite, c’est confier son destin à une puissance étrangère », a-t-il-expliqué.

Et s’il ne se « réjouit » pas que l’Algérie n’ait pas pu adhérer aux BRICS, Abdelaziz Rahabi estime que « ce n’est pas une question fondamentale d’être entré ou pas ».

« C’est une opportunité, sans plus ». « Lors du prochain sommet, il y aura six ou sept pays qui vont être intégrés ; dans quatre ou cinq ans, les BRICS seront une cinquantaine et vont devenir une organisation internationale comme toutes les autres », développe-t-il.

Sans fournir plus de détails, il trouve même que l’Algérie a eu la « judicieuse idée d’entrer dans la banque avant d’entrer dans le côté politique ».

En marge de sa visite en Chine en juillet dernier, le président Abdelmadjid Tebboune a annoncé que l’Algérie avait officiellement demandé à intégrer la banque des BRICS comme actionnaire avec une contribution initiale de 1,5 milliard de dollars.

Comme nombre d’observateurs, Abdelaziz Rahabi relève que sur le plan doctrinal, les BRICS reprennent à leur compte ce qui a été défendu par l’Algérie depuis les années 1970, mais ce sont plutôt les critères économiques et l’influence de certains pays qui ont prévalu dans le choix d’intégrer de nouveaux membres.

« En fait, c’est un héritier direct du socle normatif de la pensée algérienne, du nouvel ordre économique prôné par l’Algérie depuis les années 1970. Or dans les faits, les BRICS sont une organisation économique. La preuve ? Ce sont les critères économiques et l’influence régionale qui ont prévalu à l’invitation de nouveaux membres », soutient-il.

Lors du sommet de Johannesburg qui s’est tenu la semaine dernière (22-24 août), le groupe des BRICS a décidé d’intégrer six nouveaux pays : l’Arabie Saoudite, l’Iran, les Émirats arabes unis, l’Éthiopie, l’Égypte et l’Argentine.

« Les membres intégrés sont liés aux BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), lesquels agissent comme le Conseil de sécurité. En s’élargissant, ils perdent de leur influence ; ils se réclament de la multipolarité, c’est le socle doctrinal de l’Algérie, donc on a rien à apprendre », tranche-t-il.

Pour Abdelaziz Rahabi, « la leçon à tirer est que les grandes puissances, même celles qui sont dans les BRICS, ont des alliances dans le monde multipolaire qu’elles réclament et qu’à ce titre, il ne faut compter que sur soi-même ».

Rahabi détaille sa vision d’une Algérie forte

Estimant que la déception exprimée par les Algériens après l’échec de la candidature algérienne aux BRICS, notamment à travers les réseaux sociaux, est à la « hauteur de la surmédiatisation des attentes », le diplomate soutient que « la solution aux problèmes des Algériens se trouve en Algérie et entre les Algériens ».

Dans ce contexte, Abdelaziz Rahabi fait un plaidoyer en faveur d’une ouverture politico-médiatique et d’une économie performante.

« La souveraineté économique vous confère un poids politique et diplomatique. La souveraineté est altérée par notre fragilité économique ; elle n’est pas performante, n’est pas mondialisée et elle est bureaucratisée », critique-t-il.

Pour lui, l’Algérie doit faire des efforts en matière de libertés individuelles pour pouvoir rayonner dans le monde.

« Nous devons faire des efforts en matière de libertés individuelles et collectives pour que le pays devienne attractif et respecté. Pour pouvoir peser, il faut une économie performante, une armée forte et une diplomatie active », a martelé Abdelaziz Rahabi.

Diplomate et figure de l’opposition algérienne, Abdelaziz Rahabi détaille ensuite sa vision d’une Algérie forte qui ne cherche pas forcément à plaire aux autres.

« Je ne sais pas comment nous avons développé cette propension à chercher à plaire, à nous regarder dans les miroirs des autres. Il faut une économie performante, non pas pour plaire aux BRICS, mais pour améliorer le quotidien des Algériens, un pays attractif non pas pour plaire aux touristes, mais pour son propre peuple », ajoute-t-il encore.

D’ailleurs, Abdelaziz Rahabi regrette qu’il n’y ait pas de débats au préalable sur les grands thèmes, comme ce fut le cas pour l’accord d’association avec l’Union européenne, qui façonnent l’Algérie de demain.

« Je pense que le gouvernement a péché par anticipation », estime-t-il. Par ailleurs, à une question sur les menaces qui pèsent sur l’Algérie, qui sont « réelles », Abdelaziz Rahabi estime que celles-ci « n’excusent pas les manquements de gouvernance ».

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