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Chems-Eddine Hafiz : « L’extrême droite veut faire des musulmans une menace existentielle »

Dans cet entretien, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, revient sur sa rencontre avec le Pape Léon XIV, la situation des musulmans en France et les relations franco-algériennes.

Chems-Eddine Hafiz : « L’extrême droite veut faire des musulmans une menace existentielle »
Chems-Eddine Hafiz/Source : Instagram Chems-Eddine Hafiz
Hamid Guemache
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Dans cet entretien à TSA, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, dévoile le contenu de sa rencontre avec le Pape Léon XIV au Vatican.

Il évoque l’inquiétude des musulmans face à la multiplication des lois les visant en France et dénonce le « projet funeste » de l’extrême droite visant à présenter les musulmans comme une « menace existentielle ».

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Le recteur de la Grande Mosquée de Paris revient sur les attaques qui l’ont visé après avoir dénoncé le banquet organisé par le Comptoir français le 18 avril dernier à Caen.

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Chems-Eddine Hafiz parle aussi des chances de réussite du processus de retour à la normale entre Alger et Paris, ainsi que du récent dégel dans les relations franco-algériennes après le retour de l’ambassadeur de France en Algérie et la visite de la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, vendredi et samedi derniers.

Vous avez été reçu par le pape Léon XIV lundi au Vatican. De quoi avez-vous discuté ?

Chems-Eddine Hafiz : J’ai été reçu avec les principaux participants d’un colloque organisé par le dicastère pour le Dialogue interreligieux et l’Institut royal d’études interconfessionnelles de Jordanie.

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Le Pape Léon XIV a insisté sur le fait que la compassion et l’empathie sont des valeurs essentielles, communes au christianisme et à l’islam.

Elles doivent inspirer notre action dans la société pour, je le cite, « raviver l’humanité là où elle s’est refroidie » et « transformer l’indifférence en solidarité ». Ce sont des mots importants dans le contexte international que nous connaissons.

La Grande Mosquée de Paris est un acteur pionnier du dialogue interreligieux en France, et je mets tout en œuvre pour qu’elle continue à l’être à notre époque.

Je forme toujours le vœu que Paris accueille une grande rencontre interreligieuse « de saint Augustin » sous les auspices du Saint-Siège, comme je l’avais proposé au Pape François l’an passé.

Avez-vous abordé sa visite en Algérie ?

Chems-Eddine Hafiz : J’ai eu l’occasion de le remercier pour sa visite historique en Algérie. Elle a une portée spirituelle, symbolique et humaine très forte.

Sa visite a été formidablement accueillie par les Algériens, mais aussi par la nombreuse communauté algérienne en France et, au-delà, par tous les musulmans du pays.

Il y a eu des étapes très marquantes, à Alger comme à Annaba, terre de saint Augustin. Elles ont mis en valeur le patrimoine religieux et les personnalités remarquables qui ont façonné cette petite Église d’Algérie au grand cœur.

Le Pape Léon XIV a voulu adresser un message de fraternité et de paix entre les peuples de la Méditerranée, et dire qu’il y a des raisons d’espérer une harmonie entre toutes les traditions religieuses. Je suis heureux qu’il ait prononcé cette parole sage depuis l’Algérie.

Initiée par Bruno Retailleau, une proposition de loi contre l’entrisme islamiste en France a été adoptée par le Sénat. Un nouveau projet de loi contre le séparatisme est en préparation par le gouvernement. Comment ces textes sont-ils perçus par les musulmans de France ?

Chems-Eddine Hafiz : Les musulmans de France comprennent parfaitement la nécessité pour l’État de lutter contre l’extrémisme et toutes les atteintes à la République.

Cette lutte contre l’islamisme doit être menée avec fermeté, mais aussi avec discernement, dans le respect des libertés fondamentales et sans stigmatisation collective. Nous espérons que la loi qui sera proposée par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, ira dans ce sens.

En attendant, beaucoup de musulmans s’inquiètent de voir leur appartenance religieuse constamment placée sous suspicion ou instrumentalisée à des fins politiques.

Il existe un sentiment de saturation et d’injustice face à la multiplication des polémiques sur l’islam.

Récemment, lorsque j’ai écrit un texte sur les replis identitaires, prenant pour exemples des rassemblements basés sur l’exclusion de l’Autre, parmi eux le « banquet » du 18 avril 2026 à Caen, pour lequel la justice a été saisie pour des propos racistes et des gestes s’apparentant à des saluts nazis, les réseaux d’extrême droite se sont mobilisés et ont manipulé mon propos.

Leur but est de normaliser les idées racistes et d’ostraciser tous ceux qui les combattent. Ils veulent que les musulmans soient perçus comme une menace existentielle et tentent, par conséquent, de discréditer toutes les voix musulmanes qui agissent contre leur stratégie funeste.

En France, y a-t-il trop de textes visant les musulmans ?

Chems-Eddine Hafiz : La loi ne peut en aucun cas cibler un groupe ou des individus en raison de leur religion. Cela irait à l’encontre des plus grands principes de la République, qui ne fait pas de distinction entre ses citoyens. Mais le danger d’un régime d’exception est réel.

Le risque est aussi de créer une défiance réciproque alors que notre pays a besoin de cohésion. Les musulmans ne demandent ni privilège ni traitement particulier : ils demandent simplement l’égalité et la possibilité de vivre leur foi sereinement, dans un cadre républicain apaisé.

Par ailleurs, la loi ne réglera pas tous les problèmes. Ce sont aux musulmans eux-mêmes de remédier à certaines dérives.

La Grande Mosquée de Paris y travaille, comme en témoigne l’ouvrage Musulmans en Occident qu’elle a fait paraître en février dernier.

Fruit d’un long travail collectif, il vise à clarifier des notions et des pratiques à l’intersection de la religion et de la société, dans le contexte français et occidental.

Dans ces pages se trouvent des recommandations concrètes et bien plus efficaces que n’importe quel discours politique.

Hélas, pour beaucoup, parmi ceux qui animent les débats publics, la recherche de solutions ne semble pas toujours être une priorité.

L’Algérie et la France ont entamé un processus de retour à la normale après près de deux ans de crise inédite…

Chems-Eddine Hafiz : C’est une évolution positive. Les gestes diplomatiques récents, dans le sillage des commémorations des massacres du 8 mai 1945 en Algérie, montrent qu’il existe une volonté de reprendre le chemin du dialogue.

Durant de longs mois, j’ai défendu l’apaisement. J’ai été attaqué par les partisans de l’embrasement, qui oublient que la politique est la recherche du bien et de l’intérêt des peuples.

La France et l’Algérie partagent une histoire complexe, douloureuse, mais aussi indissociable. Des millions de familles, ainsi que des liens culturels, économiques et mémoriels, unissent nos deux pays.

Les commémorations de Sétif rappellent aussi qu’aucune relation durable ne peut se construire sans vérité historique ni reconnaissance des souffrances du passé.

Ce processus a-t-il une chance d’aboutir dans le contexte de la campagne présidentielle en France ?

Chems-Eddine Hafiz : Espérons-le. Les périodes électorales favorisent les discours de tension et les surenchères, notamment sur les questions identitaires.

Mais les relations entre la France et l’Algérie sont trop importantes pour être prisonnières des intérêts politiciens du moment. Elles doivent s’inscrire dans une vision de long terme, fondée sur le respect, la coopération et l’intérêt commun.

Je pense qu’il existe, de part et d’autre de la Méditerranée, une aspiration profonde à dépasser les crises répétitives pour construire un avenir profitable à tous.

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