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Croissance en Afrique subsaharienne : une opportunité historique pour l’économie algérienne

La valeur globale des exportations algériennes vers l’Afrique, hors pays du Maghreb, n’a guère dépassé les 42 millions de dollars sur les 9 premiers mois de 2016.

TRIBUNE. Face à la chute des cours mondiaux, l’Algérie ne peut plus compter sur ses seuls hydrocarbures pour assurer la stabilité de sa balance commerciale qui a été déficitaire en 2015 pour la première fois depuis 15 ans. On voit bien que la croissance économique entre 2000 et 2015 a été en moyenne de 3,7%, soit un taux trop faible pour donner des emplois à l’ensemble des Algériens et notamment aux plus jeunes et aux diplômés. Cette  baisse des prix de l’or noir doit conduire l’État algérien à faire évoluer le modèle économique qui reposait depuis cinq décennies quasi exclusivement sur la rente pétrolière en misant notamment sur l’industrie qui représentait en point bas en 2015 seulement 4% des exportations et malheureusement 87% des importations de l’Algérie.

Le Forum africain de l’investissement et d’affaires, organisé en décembre 2016 à Alger avec des dizaines de délégations africaines représentées, a démontré qu’il y avait une véritable attente vis-à-vis de l’Algérie sur le continent. Cet espace offre d’autant plus des opportunités que les économies africaines présentent avec l’Algérie un nombre de complémentarités et, par conséquent, nombre d’opportunités à l’exportation et à l’investissement. Or, la situation actuelle montre que, jusque-là, cette aire de développement ou d’investissement demeure un facteur de croissance.

Selon le dernier bilan du commerce extérieur diffusé par le Centre national d’informatique et de statistiques douanières (Cnis), la valeur globale des exportations algériennes vers l’Afrique, hors pays du Maghreb, n’a guère dépassé les 42 millions de dollars sur les neuf premiers mois de 2016, soit à peine 0,25% de l’ensemble des exportations vers le reste du monde. Bien que géographiquement proche et commercialement accessible, le marché africain ne capte que quelques flux marginaux, alors qu’il offre d’indéniables niches de compétitivité pour la production algérienne exportable.

Pour ce qui concerne les importations, la valeur des échanges avec l’Afrique s’est limitée à 187 millions de dollars entre janvier et septembre derniers, contre 288 millions de dollars durant les neuf premiers mois de 2015.

Tout reste donc à construire. Autant les investisseurs algériens y trouveraient des débouchés et des opportunités de développement sud-sud, autant les partenaires internationaux de l’Algérie pourraient y voir une plateforme d’affaires transafricaine. La diversification de l’économie algérienne passe par une revue des secteurs prioritaires où l’Algérie a des avantages compétitifs qui rejoignent les besoins des pays africains et  ce grâce à une politique industrielle volontariste des autorités algériennes. Les secteurs industriels autour du pétrole et du gaz sont un atout fort pour répondre aux besoins et développer des axes de coopération avec l’Afrique ; la mise en place de filières spécialisées avec la création de zones franches, de zones industrielles et logistiques et de clusters dans l’automobile, la sidérurgie, la pharmacie ou les matériaux de construction sont également des secteurs porteurs.

Cela nécessite une remise en ordre des entreprises publiques. Il faut aussi encourager les investisseurs privés algériens et pouvoir attirer des investissements étrangers lorsqu’ils apportent non seulement du financement, mais aussi de la technologie. L’annonce d’une réflexion sur une législation favorisant les partenariats publics privés va ainsi dans le bon sens. Enfin, il faut rappeler que 99,6% des PME algériennes ont moins de 250 employés et que des outils spécifiques d’accès au capital et au crédit permettront de densifier le tissu industriel algérien. On peut citer comme exemple porteur d’avenir la création d’incubateurs sectoriels dans les TIC, première étape de la création d’un écosystème dans ce secteur.

Le monde patronal et le secteur privé font de plus en plus entendre leur voix. Le thème de la diversification industrielle est au centre de leurs réflexions et de leurs propositions. Un sondage présenté au Forum africain de l’investissement montrait que 80% des chefs d’entreprises algériens voulaient exporter en Afrique. Les trois principales demandes faites à l’État étaient la simplification des procédures douanières et de change, une logistique performante et l’accès au crédit pour l’export. Les entreprises algériennes doivent donc saisir toutes les occasions pour exporter et s’implanter en Afrique. Elles doivent cibler les marchés où la demande est forte mais en privilégiant, dans un premier temps, les secteurs où elles sont déjà leaders en Algérie et les domaines dans lesquels elles détiennent un réel savoir-faire : agro-industrie, énergie, industrie pharmaceutique, BTP mais aussi les services.

Le développement en Afrique passe par les exportations mais aussi à terme par l’implantation d’entreprises algériennes sur le continent africain devant aller jusqu’à la prise de participation dans des sociétés africaines. Dans ces conditions doivent être d’abord investis les pays d’Afrique subsaharienne présentant une proximité géographique et linguistique. Parmi les pays anglophones, l’Afrique du Sud, le Nigeria et le Ghana doivent être retenus en raison de leur potentiel économique, mais il faut observer avec intérêt le dynamisme économique de l’Afrique de l’Est (Kenya/Éthiopie…).

Cette nouvelle orientation vers l’Afrique appelle également une nouvelle organisation logistique. Les transports, les communications incluant le très haut débit, les connexions gazières sont aussi à reconsidérer. Le chantier du grand axe qui part du futur grand port de Cherchell, à l’ouest d’Alger, en direction de Tamanrasset est un bon exemple. Passant par le Niger, le Mali pour aboutir à Lagos (Nigéria), cette dorsale reliera l’Afrique du Nord à l’Afrique subsaharienne en plein boom économique. Nouvelle version de la Transsaharienne, elle sera ponctuée de zones industrielles, de zones franches, de technopoles et de clusters industriels. Quelques 3 milliards d’investissement y seront consacrés, avec notamment la coopération des entreprises chinoises. La création d’un hub logistique entre l’Europe et l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne est conditionné par cet effort d’investissement.

La politique économique de l’Algérie  doit être renforcée en faveur de la signature  d’accords commerciaux de libre-échange en privilégiant les  équilibres régionaux notamment avec l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale pour éviter la fragmentation d’accords bilatéraux. Il importe aussi de multiplier, entre l’Algérie et l’Afrique subsaharienne, les liaisons aériennes pour faciliter les déplacements des entrepreneurs et des hommes d’affaires auquel l’État doit apporter son soutien.

Cela bénéficiera en priorité aux Algériens dont l’indice d’éducation parmi les plus élevés d’Afrique est du même ordre de grandeur que le Brésil ou la Malaisie et qui se verront proposer  des emplois conformes à leurs qualifications. Mais c’est aussi revoir la carte industrielle de l’Algérie pour combattre les disparités régionales et permettre à toutes les wilayas d’avoir leur place dans la spécialisation économique.

L’Afrique a besoin de l’Algérie et l’Algérie besoin de l’Afrique… Les deux parties sont aujourd’hui en attente d’une stratégie apparente et puissante, renforçant les liens de coopération historique.


*Michel Gonnet, Président EUDOXIA CONSEIL

*Mariem Brahim, Expert IPEMED

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