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De la France à l’Algérie : enquête sur le retour des descendants d’immigrés

En France, certains descendants d’immigrés se rapprochent de l’Algérie jusqu’à envisager de s’y installer. D’autres ont franchi le pays. Enquête sur ce retour aux origines.

De la France à l’Algérie : enquête sur le retour des descendants d’immigrés
France : pourquoi des descendants d’immigrés se rapprochent de l’Algérie, jusqu’à s’y installer | Leo Altman / Adobe Stock
Dounia Ladraa
Durée de lecture 5 minutes de lecture
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Sur les réseaux sociaux, dans le sport ou encore dans l’entrepreneuriat, certains descendants d’immigrés algériens affichent un lien croissant avec le pays de leurs grands-parents. Pour certains, ce rapprochement va jusqu’à envisager une installation en Algérie.

Entre héritage familial, recherche d’opportunités et sentiment de stigmatisation en France, plusieurs facteurs peuvent éclairer ces parcours.

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Ces dernières années, des témoignages de membres de la diaspora, notamment algérienne, mettent en lumière cette volonté de renouer avec le pays d’origine de leurs parents ou de leurs grands-parents. Sur les réseaux sociaux, certains racontent leur installation en Algérie, les raisons de leur départ de France et, parfois, les difficultés qu’ils rencontrent sur place.

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Il reste toutefois difficile de mesurer l’ampleur de ce phénomène à partir de ces seuls témoignages. Mais la tendance observée invite à s’interroger sur la place qu’occupe aujourd’hui l’Algérie dans les projets de certains descendants d’immigrés.

Pour comprendre cette relation, il faut remonter à l’histoire des générations précédentes, dont une partie était partie en France avec l’idée d’y travailler temporairement avant de retourner au pays.

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Zoom sur le mythe du retour, ou comment des travailleurs africains qui pensaient partir temporairement ont construit leur vie et celle de leurs descendants en France

Qu’ils soient Algériens, Marocains ou encore Sénégalais, de nombreux travailleurs sont partis en France après la Seconde Guerre mondiale, attirés par les besoins en main-d’œuvre d’un pays en pleine reconstruction. Employés dans des secteurs difficiles, notamment les mines, beaucoup envisageaient de repartir un jour dans leur pays d’origine. Pour nombre d’entre eux, ce retour n’a finalement pas eu lieu.

Ce phénomène sociologique est souvent désigné sous le nom de « mythe du retour ».

Dans un article anglophone de la journaliste franco-tunisienne Maya Elboudrari, repris par la revue Ballast sous le titre « Les chibanis et le mythe du retour au pays », un Marocain de 83 ans témoigne de cette évolution :

« Personne n’est venu pour rester. Et puis c’est ce qui s’est passé. Nous avons eu des enfants, et voilà. Maintenant, j’ai vécu plus souvent ici que là-bas. Je n’ai plus d’amis au Maroc. Je ne connais même plus ma famille. »

Le même article revient sur les travaux de la sociologue et anthropologue Nacira Guénif. L’idée du retour ne relevait pas nécessairement d’un simple espoir pour les travailleurs immigrés : elle constituait également un horizon qui accompagnait leur départ et s’inscrivait dans les conditions de leur venue en France.

« Pour la France, il s’agissait d’un objectif tangible, l’une des conditions pour importer cette main-d’œuvre flexible (…) Pour les migrants, il s’agissait d’une aspiration qui les poussait à quitter leur pays d’origine », explique Nacira Guénif.

Au fil des années, ces travailleurs africains ont fondé des familles en France. Leurs enfants y sont nés, y ont été scolarisés et y ont construit leurs propres vies. Pour une partie de ces générations, la culture du pays d’origine s’est transmise au sein du foyer familial, tandis que la France constituait leur principal environnement social et culturel.

À leur tour, ces enfants se sont mariés, ont eu des enfants et ont construit leur avenir en France. Le retour envisagé par leurs parents ou leurs grands-parents n’a donc pas nécessairement constitué leur propre projet de vie.

Aujourd’hui, certains de leurs descendants cherchent néanmoins à renouer avec le pays de leurs ancêtres. Les raisons de ce rapprochement sont diverses : attachement familial, recherche identitaire, opportunités professionnelles ou encore rapport au climat politique et social français.

La montée de l’extrême droite française en cause ?

Le contexte politique français constitue une piste pour comprendre le rapport qu’entretiennent certains descendants d’immigrés avec leur pays d’origine. La progression électorale de l’extrême droite et les débats sur l’immigration, l’islam et l’identité nationale participent à un climat dans lequel des personnes issues de l’immigration disent se sentir stigmatisées.

Les expressions visant à distinguer les Français selon leurs origines alimentent également ces débats. En octobre 2023, Nadine Morano avait notamment tenu des propos concernant Karim Benzema, célèbre footballeur français d’origine algérienne, sur le plateau de CNEWS, dans le contexte de la prise de position publique du joueur au sujet de Gaza. Celle-ci l’avait qualifié de « Français de papier ».

Ce contexte peut contribuer à nourrir, chez certains, une réflexion sur leur place dans la société française et sur leur rapport au pays de leurs origines. Il ne suffit toutefois pas, à lui seul, à expliquer les choix de celles et ceux qui se rapprochent de l’Algérie. Les motivations peuvent également être familiales, culturelles, sportives ou économiques.

Le sport offre justement plusieurs exemples de personnalités ayant choisi de représenter l’Algérie, alors même qu’elles ont grandi, en partie ou en totalité, dans un autre environnement national.

« Les gens de l’extérieur peuvent penser qu’on a vécu en France toute notre vie, ma famille surtout, moi j’ai vécu en Espagne mais l’attachement qu’on a envers l’Algérie, il ne peut pas se décrire », a déclaré Luca Zidane en mars dernier.

Le fils de la légende du sélectionneur de l’équipe de France Zinédine Zidane, Luca joue désormais pour l’équipe nationale algérienne, déclarant son amour au pays de ses grands parents.

Kaylia Nemour, gymnaste née en France de père algérien et de mère française, représente elle aussi l’Algérie dans les compétitions internationales, lui faisant honneur avec 2 médailles d’or aux Championnats du monde gymnastique artistique 2026 de Rotterdam. Son parcours témoigne de la place que peut occuper l’identité familiale dans le choix d’une sélection sportive.

Ces exemples ne permettent pas, à eux seuls, de conclure à une tendance générale au sein de la diaspora. Ils illustrent néanmoins différentes manières de maintenir ou de renforcer un lien avec l’Algérie, sans que cela implique nécessairement une installation dans le pays.

L’Algérie, « un marché d’avenir » pour certains membres de la diaspora

Au-delà du sport, l’entrepreneuriat constitue une autre voie par laquelle certains membres de la diaspora se rapprochent de l’Algérie. Sur les réseaux sociaux, notamment TikTok et Instagram, plusieurs créateurs de contenu documentent leur installation dans le pays, leurs projets professionnels et les démarches nécessaires pour y vivre ou y investir. Certains s’y installent avec leur conjoint et leurs enfants.

C’est notamment le cas de Marc Mauco, qui partage son parcours sur TikTok. Français marié à une Algérienne de France depuis 17 ans, il a décidé, en 2023, de s’installer en Algérie avec sa femme et leurs trois enfants.

Entrepreneur, il conseille les binationaux à travers sa page « Marc Mauco » sur différents projets et démarches liés à une installation en Algérie. Il aborde notamment les questions relatives à l’obtention d’une carte de résidence, à l’achat d’un bien immobilier ou encore à la domiciliation d’une EURL ou d’une SARL.

Autre exemple, celui de la page TikTok « So K vit en Algérie », animée par un Algérien issu de la diaspora et installé dans le pays depuis douze ans. Il y aborde des sujets liés aux affaires, à l’immobilier et aux démarches administratives nécessaires pour s’installer en Algérie.

Dans une vidéo publiée le 1er mai 2025, il explique pourquoi il estime que le moment est favorable pour entreprendre dans le pays. « Le pays est en pleine accélération, le pays se développe à vitesse grand V », affirme-t-il.

Enfin, Alexandre Abderrahmane, un Antillais converti à l’islam, marié à une Algérienne et installé à Alger depuis plusieurs années, a également témoigné auprès du média Liik. Après avoir ouvert un établissement de restauration rapide proposant une offre qu’il présente comme saine sous le concept « Fast Good », il déclare : « Je pense que l’Algérie, c’est vraiment un marché d’avenir. »

Ces parcours mettent en avant les possibilités économiques que certains entrepreneurs associent au marché algérien. Ils ne suffisent cependant pas à mesurer l’ampleur de cet intérêt au sein de la diaspora ni à établir que les opportunités évoquées se concrétisent systématiquement.

Ils témoignent néanmoins de l’existence de projets professionnels qui prennent l’Algérie comme point d’ancrage, qu’il s’agisse d’y créer une entreprise, d’y investir ou d’y construire une nouvelle vie.

Des dispositifs gouvernementaux pour attirer la diaspora : Abdelmadjid Tebboune appelle les Algériens de l’étranger à investir dans leur pays

Les autorités algériennes cherchent également à encourager les investissements de la diaspora et à faciliter certains projets immobiliers. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a notamment appelé les Algériens établis à l’étranger à investir dans leur pays.

Lors d’une prise de parole à la fin du mois de décembre 2024, devant le Parlement réuni au Palais des Nations, le chef de l’État a évoqué la stabilité du cadre législatif relatif à l’investissement, en déclarant : « Investissez dans votre patrie et luttez contre ceux qui la combattent, car la loi sur l’investissement ne changera pas avant 10 ans. », promettant ainsi de ne pas toucher à la loi sur l’investissement plutôt favorable.

Parmi les dispositifs destinés aux Algériens établis à l’étranger figure également le programme de logement LPP Diaspora. Son cadre juridique repose notamment sur les décrets exécutifs n° 14-203 et n° 18-311. Ce programme permet, sous certaines conditions, aux membres de la diaspora d’accéder à des logements dans le cadre de projets immobiliers dont les prix et la réalisation sont encadrés par l’Entreprise nationale de promotion immobilière (ENPI).

Ces initiatives s’inscrivent dans une volonté des autorités de maintenir les liens avec les Algériens établis à l’étranger et de favoriser leur participation au développement économique du pays.

Entre héritage familial, choix sportifs, projets entrepreneuriaux et politiques publiques, les liens entre l’Algérie et une partie de sa diaspora prennent ainsi des formes diverses. Reste à déterminer dans quelle mesure ces parcours individuels traduisent une évolution plus large et durable du rapport des descendants d’immigrés algériens à leur pays d’origine.

 

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