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Écriture et grammaire inclusive : le débat linguistique qui agite la France

La France, sa langue, sa littérature et ses débats enflammés : pour lutter contre les inégalités entre femmes et hommes, certains veulent révolutionner l’écriture. Un “terrorisme intellectuel” et un “péril mortel” pour ceux qui s’y opposent.

“Les lecteur.rice.s dévorent des romans et des nouvelles passionnantes.” Les 275 millions de francophones dans le monde devront-ils s’habituer à ce type de phrase en forme de morse égalitaire ?

La querelle en tout cas agite la France au moment où la question du harcèlement et des abus sexuels domine l’actualité mondiale. Certains groupes féministes prennent aujourd’hui la vague pour pousser leurs feux.

Si la féminisation des noms de métiers s’est au fil des ans répandue (un processus encore en cours), le débat a changé de dimension avec l’affaire de “l’écriture inclusive” qui a éclaté en septembre quand le quotidien Le Figaro a fait état d’un manuel scolaire d’école primaire rédigé en “écriture inclusive”.

Ce type d’écriture consiste à inclure le féminin, entrecoupé de point-médians, dans les noms. Les noms de métiers s’écrivent dès lors: agriculteur⋅rice⋅s, artisan⋅e⋅s, commerçant⋅e⋅s.

Inventée de longue date par les féministes, l’écriture inclusive a été reprise ensuite par une frange d’activistes de gauche, syndicats, associations, etc.

C’est une “agression de la syntaxe par l’égalitarisme”, s’étrangle le philosophe Raphaël Enthoven, qui dénonce un “lavage du cerveau” digne du roman “1984” de George Orwell.

“Terrorisme intellectuel”, ajoute l’écrivaine et féministe “rationaliste” Peggy Sastre dans les colonnes du Point.

Quant à la vénérable Académie française, elle considère “cette aberration” aux confins de “l’illisibilité” comme un “péril mortel” pour la langue française. L’institution créée par Richelieu en 1635 agite même la menace d’une fin de la francophonie au profit d’autres idiomes.

– ‘Politiquement correct’ –

Chez les “défenseur⋅e⋅s” de l’écriture inclusive, on aime affirmer que la langue a été délibérément masculinisée il y a plusieurs siècles, en citant un passage de la Grammaire générale de Beauzée (1767) stipulant que “le masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle”.

Dans une tribune publiée mercredi, 314 professeurs des écoles, collèges et lycées ouvrent un nouveau front et déclarent eux “avoir cessé ou (s’)apprêter à cesser d’enseigner” la règle de grammaire qui veut que “le masculin l’emporte sur le féminin”.

Ils souhaitent par exemple que l’adjectif s’accorde en genre avec le nom commun le plus proche: on n’écrirait donc plus “les chats et les biches sont mignons” mais “mignonnes”.

Certains s’émeuvent de ces tentatives de forcer l’évolution du français alors que, selon les chiffres officiels, le niveau des élèves en orthographe et en maîtrise de la lecture ne cesse de chuter.

Viviane Youx, présidente de l’association pour l’enseignement du français, salue elle auprès de l’AFP “ces coups de boutoir” visant à ce que “les mentalités changent”.

Pour Raphaël Haddad, dirigeant de Mots-Clés, une agence de communication qui a publié fin 2016 un manuel d’écriture inclusive, ces débats ont l’avantage de “faire accepter de manière massive la féminisation des noms de métiers”. “Il y a dix ans, la critique était sur ambassadrice, préfète… la révolution est en cours”, assure-t-il à l’AFP.

Les détracteurs de l’écriture inclusive, comme Raphaël Enthoven, objectent que tout langage évolue dans le temps par l’usage et reprochent aux champions du “point-médian” leur approche volontariste voulant imposer une décision verticale et autoritaire à la majorité.

Dans une tribune au Figaro, le sociologue québecois Mathieu Bock-Côté dénonce “la pression du politiquement correct” et déplore que la langue devienne “un pur lieu de rapport de pouvoir où les minorités sont censées prendre leur revanche sur l’histoire”.

Le gouvernement français y est lui aussi opposé. “Inquiet” des “attaques répétées contre la langue française”, le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer estime que “la langue française n’est pas à instrumentaliser pour des combats, aussi légitimes soient-ils”.

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