
La désillusion est à la mesure des espérances placées dans l’équipe nationale : non, il n’y aura pas de huitième de finale pour les camarades de Ryad Mahrez.
On continuera pour quelques années encore à vivre sur les exploits de la sélection de 1982 et de celle de Vahid Halilhodzic en 2014 au Brésil.
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Le rêve nourri cette fois-ci, compte tenu de la qualité de l’effectif, après avoir manqué les rendez-vous de Russie en 2018 et du Qatar en 2022, s’est arrêté brutalement et les espoirs de millions d’Algériens enthousiastes ont été douchés par une équipe qui a montré toutes ses limites.
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Équipe d’Algérie : un sentiment d’impuissance qui fait mal
Face à une sélection suisse largement à sa portée, l’Algérie n’a jamais donné le sentiment de pouvoir inverser le cours des événements. Battus (2-0) sans être véritablement dans le match, les camarades de Riyad Mahrez quittent la Coupe du monde 2026 par la petite porte, sans gloire, laissant derrière eux un immense sentiment d’impuissance.
À voir la copie rendue vendredi à Vancouver, le constat est loin d’être réjouissant: jeu stéréotypé fait essentiellement de balles latérales sans verticalité, pertes de balle à répétition, manque d’engagement dans les duels, difficultés à construire les actions et une défense trop fébrile et tatillonne, régulièrement prise de vitesse.
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Durant de longues séquences, les Verts ont donné l’image d’une équipe ordinaire, loin des promesses entrevues durant les premiers matchs ou par exemple lors de certains matchs de la dernière Coupe d’Afrique des Nations, ou encore récemment contre l’Uruguay et la Hollande.
Petkovic, des choix tactiques qui désorientent
A l’évidence, cette élimination pose inévitablement la question des responsabilités du sélectionneur, Vladimir Petkovic. Et beaucoup réclament sa tête -qu’ils ont obtenu-, lui dont le contrat a été prolongé peu avant le début de la Coupe du monde. Un sélectionneur dont les choix tactiques ont désorienté bien des connaisseurs de la balle ronde depuis son arrivée à la barre technique.
Comme cette décision incompréhensible vendredi de jouer sans véritable avant-centre et qui a considérablement facilité la tâche de la défense helvétique, comme le reconnaîtront eux-mêmes des joueurs et l’entraîneur suisses.
En alignant Ibrahim Maza, l’une des rares satisfactions du tournoi, dans un rôle de faux numéro avant-centre, le sélectionneur a privé l’équipe de la créativité d’un joueur appelé à devenir le patron de l’EN dans un futur proche au regard de son immense talent.
Ou encore la valse-hésitation qu’illustre le choix de certaines titularisations, comme par exemple pour le poste de gardien de but.
Mais au-delà du résultat, cette Coupe du monde 2026 met surtout en lumière son incapacité à mettre en place une équipe type stable et performante.
Deux années après son arrivée, les Fennecs ne disposent toujours pas d’une véritable identité de jeu. Aussi l’absence d’automatismes entre les joueurs, en raison de l’instabilité permanente de l’effectif, combinée au manque d’efficacité donne à voir une équipe en perpétuel chantier.
Autre faiblesse : le poste de gardien de but, qui demeure, année après année, particulièrement depuis la retraite de Rais M’bolhi, l’un des principaux talons d’Achille de la sélection. C’est à se demander, comment dans un pays où le football est presque une religion, on a cessé de produire des gardiens de classe internationale.
Le véritable problème est ailleurs
Mais focaliser seulement sur la seule responsabilité du sélectionneur reviendrait à reproduire le même scénario que par le passé.
C’est-à-dire changer l’entraîneur, le traditionnel fusible, pour éviter de s’attaquer au système qui produit ces échecs répétitifs. Or, le problème est plus profond. L’élimination de l’Algérie, du reste prévisible à l’examen des matchs officiels où l’EN a eu à se mesurer à des équipes aguerries, est avant tout celle d’un modèle de développement du football qui montre aujourd’hui ses limites.
Depuis des années, l’équipe nationale est alimentée par des joueurs formés à l’étranger, particulièrement en France.
Cette politique a permis, certes, d’obtenir des résultats et de bénéficier de certains talents, mais elle ne saurait à long terme constituer à elle seule un projet sportif viable. Car aucun pays ne formera les profils dont on a besoin.
Encore faut-il que les meilleurs joueurs binationaux soient convaincus de choisir le maillot national. Le véritable problème est donc celui de la formation locale.
Sans une politique de formation à la base, sans développement des académies, sans formation des éducateurs, sans assainissement du milieu footballistique gangréné par la corruption, sans une politique de détection et sans développement des infrastructures et sans un véritable professionnalisme, il serait illusoire d’espérer l’émergence d’une équipe nationale capable de rivaliser avec les grandes nations footballistiques.
En Algérie, des milliards de dinars sont injectés chaque saison par les entreprises publiques pour financer les clubs de la Ligue 1. Et de nombreux stades ont été réalisés.
Mais, ces investissements ne produisent pas encore de joueurs capables d’alimenter la sélection nationale. L’heure est donc venue d’engager une réforme profonde du football national.
Et celle-ci passe inévitablement par la multiplication et la professionnalisation des académies, à l’image de celle du Paradou, une des rares dans le pays, une meilleure formation des éducateurs, une politique de détection cohérente et un véritable suivi des talents, des catégories de jeunes jusqu’à l’équipe première.
Sans cette réforme impérative, nous ne ferons que repousser le problème de quelques années avant de revivre de nouvelles désillusions. Comme celle de ce vendredi.