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Emploi des jeunes : le modèle algérien en question

Emploi des jeunes : le modèle algérien en question

La question de l’emploi des jeunes et du « modèle algérien » dans ce domaine a dominé l’actualité de la semaine écoulée.

À l’occasion de la conférence régionale sur la contribution de l’économie numérique dans la croissance de la région (MENA), organisée par le ministère des Finances avec la collaboration de la Banque mondiale et du FMA, le Directeur général du Fonds monétaire arabe (FMA), Abdulrahman A. Al Hamidy, a salué les différents dispositifs algériens de création d’emploi.

M. Al Hamidy a affirmé que les efforts de l’Algérie dans le domaine de la création d’emplois au profit des jeunes étaient considérables. Il a considéré dans ce sens que des dispositifs comme l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (Ansej) et l’Agence nationale de l’emploi (Anem) constituaient des modèles à prendre en exemple.

Faisant écho à ces déclarations flatteuses, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Mourad Zemali, a annoncé mardi à Alger la création de près de 23 000 micro-entreprises durant l’année en cours.

Intervenant à la clôture du 7e Salon national de l’emploi “Salem 2018”, le ministre a indiqué que “100 000 postes d’emploi seront en outre créés cette année dans le cadre du Dispositif d’aide à l’insertion professionnelle (DAIP), dont 65 000 dans le cadre des contrats d’insertion professionnelle et 35 000 dans le cadre des contrats de travail aidé (CTA).

Ce matin-même, c’était au tour de Mme Nacera Haddad, vice présidente du FCE, d’évoquer sur une chaîne de radio nationale des « dispositifs publics en faveur de la création d’emploi très puissants mais qui sont en attente d’optimisation et d’une évolution plus qualitative ».

Un chômage des jeunes qui reste élevé

Où en est le « modèle algérien » ? et quelle est actuellement la situation de l’emploi des jeunes dans notre pays ? Les derniers chiffres de l’ONS diffusés en décembre 2017 annonçaient un taux de chômage des jeunes de 16-24 ans en légère augmentation sur une année et qui a atteint 28,3% à la fin de l’année dernière. L’enquête de l’ONS faisait également ressortir une augmentation du volume de l’auto-emploi (les employeurs et les indépendants) par rapport à avril 2017, avec un solde positif de 160.000. Mais elle relevait un recul du volume des salariés permanents (102.000) et une stagnation du volume des salariés non permanents.

Des chiffres qui traduisent la persistance d’un chômage élevé parmi les jeunes algériens mais qui sont cependant très inférieurs aux taux enregistrés au cours des années 90 qui atteignaient à cette époque couramment des niveaux proches de 50%.

Micro-entreprises : une réduction de la voilure confirmée

Le volet le plus connu de la politique de l’emploi en faveur des jeunes mise en œuvre depuis environ deux décennies concerne la micro-entreprise et s’est exercé par le biais de l’Ansej. Depuis en particulier le début de la décennie en cours, l’État n’a pas lésiné sur les moyens, surtout financiers, pour favoriser la création d’entreprises par les jeunes porteurs de projets. Les derniers chiffres communiqués par le ministre du Travail, M . Zemali, évoquent plus de 375.000 petites entreprises ayant généré 800.000 postes d’emploi qui ont été créés jusqu’à septembre 2017.

Les déclarations des responsables gouvernementaux insistent désormais sur la nécessaire évolution « qualitative » de ce dispositif. Il s’agit en réalité d’abord d’un processus de réduction de sa taille et de son coût. La plus importante des évolutions récentes concerne les effectifs des bénéficiaires. Après un pic de plus de 60 000 dossiers agréés en 2012, ce sont 41 000 micro-entreprises Ansej qui ont été créées en 2014 et seulement un peu moins de 24 000 en 2015 selon les chiffres communiqués à la presse par le DG de l’Agence. Selon des informations non confirmées, le nombre ce ces projets serait descendu au-dessous de 20 000 en 2016 et 2017.

Les objectifs chiffrés et très précis annoncés par le plan d’action du gouvernement Ouyahia sont à cet égard très significatifs dans la mesure où ils entérinent les évolutions à la baisse du nombre de nouveaux projets agréés tout en fixant un plancher qui vise à enrayer la baisse tendancielle de l’impact de ces dispositifs sur la création d’entreprises et la réduction du chômage sans revenir cependant aux chiffres très élevés du début de la décennie.

Mourad Zemali vient de confirmer ces objectifs en annonçant, mardi à Alger, la création de près de 23 000 micro-entreprises durant l’année 2018.

Premières tentatives de traitement des impayés

Une autre évolution toute récente vise à s’attaquer spécifiquement aux problèmes de remboursement rencontrés par les bénéficiaires. Avec l’arrivée à échéance dès 2015 et 2016 du remboursement des gros contingents de prêts accordés au début le la décennie, le problème des impayés sur les prêts Ansej a pris des proportions alarmantes que certaines sources n’hésitent pas à évaluer à plus de 50%. La somme des crédits octroyés à des jeunes dans le cadre de l’Ansej, depuis sa création en 1996 jusqu’à septembre 2017, c’est-à-dire en 21 ans, s’élèverait à plus de 1.000 milliards de dinars (9 milliards de dollars environ), selon le ministre du Travail.

Mourad Zemali a également relevé récemment une « amélioration » du taux de remboursement des emprunts qui aurait atteint 70% en 2017.

En se gardant bien de révéler aucun chiffre sur la taille du problème auquel font face les banques publiques algériennes qui sont en première ligne dans ce domaine, le ministère des Finances a annoncé en février 2017 que les jeunes porteurs de projets en difficulté financière, relevant de l’Ansej, pourront désormais bénéficier d’un rééchelonnement de leur dette bancaire.

Des décisions récentes du gouvernement confirment également cette évolution. C’est ainsi qu’« une convention de retraitement des créances ainsi que des agios nés des crédits accordés aux promoteurs Ansej antérieurement au mois de mars 2011, a été signée en septembre 2017 entre les banques publiques, l’Ansej et la Cnac.

“Cette convention va permettre d’effacer les agios qui sont les intérêts en retard et va permettre aussi un rééchelonnement de la dette bancaire”, a indiqué le ministre des Finances M. Raouia. Elle va permettre aux micro-entreprises d’avoir une “deuxième chance et redémarrer leur activité”, a ajouté M. Zemali.

Il ne s’agit en réalité que d’une première étape puisque le rééchelonnement ne concerne pour l’instant que les crédits antérieurs à février 2011 soit justement la date à partir de laquelle est intervenu le boom des crédits Ansej.

Les “emplois d’attente” sur la sellette

Même s’il sont loin de faire l’unanimité, les dispositifs liés à la micro-entreprise paraissent donner des résultats économiques -sous réserve d’un inventaire et d’un diagnostic plus approfondi que ceux qui ont été menés pour l’instant- non négligeables. Il n’en est pas de même du reste des mesures adoptées par le gouvernement dans le domaine de l’emploi des jeunes, qui relèvent plus d’un “traitement social du chômage” que d’une véritable politique de l’emploi.

Ces dispositifs, assez peu connus et médiatisés, concernent pourtant un nombre très important de jeunes algériens, et restent pour l’instant la principale parade au chômage de masse mise en œuvre par les autorités algériennes. Plusieurs générations de dispositifs de « renforcement d’emploi » se sont succédés depuis la fin des années 80 avec des noms très pittoresques comme l’emploi saisonnier d’intérêt local (Esil), les travaux d’utilité publique à haute intensité de main-d’œuvre (Tup-himo) et l’indemnité pour activités d’intérêt général (Iaig).

Ils ont permis, au cours des dernières années, de faire bénéficier les 200 000 jeunes employés chaque année dans le cadre de ces dispositifs d’une rémunération mensuelle en général largement inférieure au salaire minimum.

Les décisions adoptées à l’occasion du boom de ces dispositifs après février 2011 portaient sur l’extension de 9 à 12 mois des contrats de travail relatifs à ces “emplois d’attente”. Combien sont-ils aujourd’hui, ces jeunes, en général diplômés, qui doivent se contenter de ces emplois précaires et sous rémunérés ?

Ce qui est clair, c’est que dans ce domaine aussi, la crise financière est passée par là. Le ministre du Travail vient de le confirmer : ce sont « seulement » 100 000 postes d’emploi qui seront créés cette année dans le cadre du Dispositif d’aide à l’insertion professionnelle (DAIP), dont 65 000 dans le cadre des contrats d’insertion professionnelle et 35 000 dans le cadre des Contrats de travail aidé (CTA).

« Des autorisations ont été accordées pour l’insertion des jeunes notamment dans les régions frontalières en vue de limiter le chômage, améliorer le service public et répondre aux besoins des citoyens en matière de santé, d’éducation et de prestations administratives », a expliqué le ministre mardi dernier en annonçant ces chiffres qui traduisent clairement un recul de la taille des dispositifs publics dans ce domaine.

Le pré-emploi a la cote dans le secteur privé

Une exception et une mention particulière pour la création des contrats de pré-emploi qui s’appelle désormais « contrats de travail aidés » et qui ont des objectifs plus ambitieux que les emplois d’attente créés dans l’administration.

Située entre le traitement social et le traitement économique, cette mesure, mise en place depuis quelques années, prend partiellement en charge les salaires des jeunes primo demandeurs d’emplois pendant une période pouvant aller jusqu’à 3 ans. Un dispositif bien assimilé par les employeurs du secteur privé, qui avaient recruté dans ce cadre plus de 20 000 jeunes diplômés depuis 2010. Le succès semble se confirmer puisque ce sont désormais 35 000 contrats de ce type qui sont annoncés cette année. Un bémol, le dispositif ne fait pas non plus l’unanimité et reste critiqué par ceux qui le considèrent comme un simple « cadeau » aux entreprises privées qui pour la plupart d’entre elles ne confirmeraient pas les emplois en question au terme de leur prise en charge par les deniers publics.

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