
L’or bat des records sur les marchés internationaux, mais il n’a jamais semblé aussi inaccessible dans les commerces algériens.
Ce mercredi 24 septembre, l’once d’or atteint 3.770 $. Un nouveau record et une progression vertigineuse de 43,63 % depuis le début de l’année.
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Cette flambée incroyable réjouit les investisseurs, mais en Algérie, elle plonge les bijoutiers dans la tourmente : les magasins sont désertés, et les clients achètent de moins en moins. Autopsie d’un marché qui paralyse les commerces locaux.
Flambée historique des prix de l’or
En 10 ans, l’or a vu sa valeur mondiale grimper de 233 %. Exprimée en euros, l’once dépasse désormais les 3.202. Quant aux courbes, elles sont impressionnantes : +25 % sur 6 mois, et jusqu’à +129 % sur 3 ans.
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En Algérie, la comparaison avec les années 2000 est vertigineuse. Un bijou qui valait 1.700 dinars le gramme atteint aujourd’hui 23.000 à 26.000 dinars le gramme, soit près de 15 fois plus.
« Désormais, le prix d’un bijou en or 9 carats est le même que celui d’un bijou 18 carats il y a dix ans », constate un bijoutier algérois pour TSA.
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Depuis la fin du confinement en 2020, l’or ne s’achète plus comme avant. La tendance est même en train de s’inverser : les familles algériennes achètent moins qu’elles vendent leurs bijoux en or. Ce qui n’arrange pas les affaires des bijoutiers.
Les pics d’activités suivent des échéances bien précises, comme le paiement des logements AADL, le départ en vacances, l’achat d’un véhicule ou les dépenses d’un mariage.
Les professionnels signalent « une stagnation commerciale »
Cette logique remet en avant le recours au prix de casse. Actuellement, un gramme d’or repris par un bijoutier se négocie autour des 16.000 à 18.000 dinars, alors qu’il est revendu au détail environ 26.000 dinars.
La différence est importante, mais elle ne décourage pas les clients, bien au contraire, certains y trouvent leur compte. En témoigne la vidéo Facebook virale d’une cliente à qui le joaillier explique : « Acheté 560.000 dinars en fin 2023, ce collier vous rapportera 780.000 dinars si vous le vendez maintenant ».
La hausse est de +39 % ! La plus-value est telle que certains particuliers préfèrent liquider leur or au bon moment plutôt que de le garder.
Le ralentissement du marché de l’or se voit jusque dans les lieux symboliques. À Constantine, dans l’ex-Rue de France, réputée pour ses bijouteries, un commerçant filme une ruelle vide et note : « Stagnation commerciale à Constantine avec la hausse du prix de l’or, ni vente, ni achat ». Là encore, la vidéo fait le tour des réseaux sociaux avec plus de 850.000 vues.
Pour les commerçants du métal jaune, la désillusion est grande. L’or ne se solde pas et ne se paie pas par facilité. Avec le prix du gramme qui dépasse largement le SMIC (fixé à 20.000 dinars), la clientèle se détourne des vitrines dorées.
Un secteur à l’arrêt qui impacte les mariages
Cela a des conséquences directes sur les traditions de mariage. Il y a quelques années, offrir une parure respectable de 40 à 60 grammes était la norme. Aujourd’hui, la plupart des familles se contentent de bijoux légers de 14 à 20 grammes. Le rituel est maintenu, certes, mais en version réduite.
Cela s’accompagne d’une tendance autrement inquiétante : la baisse globale du nombre de mariages en Algérie. Selon l’ONS (Office national des statistiques), le pays comptait 387.000 unions en 2014, contre seulement 282.000 en 2023 et 2024.
La flambée des prix de l’or n’est pas l’unique cause de cette évolution, mais elle accentue la tendance, étant donné que l’offrande de bijoux occupe une place centrale dans les traditions nuptiales.
Même la diaspora, habituellement un soutien pour le commerce de l’or, ne compense plus. Les bijoutiers estiment qu’à l’été 2025, les Algériens de l’étranger ont ralenti leurs achats. Le coût actuel du gramme décourage même les gros acheteurs.
Face à la hausse rapide et continue du cours du métal jaune, le marché algérien est figé. Jamais aussi cher et jamais aussi peu acheté, l’or n’a pas perdu de sa valeur, mais le portefeuille algérien ne suit pas.