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G5 Sahel : l’Algérie absente, l’Arabie saoudite pour apporter un soutien financier

Les pays membres de la force militaire conjointe G5 Sahel tiennent un sommet, ce mercredi 13 décembre, à Paris. Les présidents du Tchad, du Niger, de Mauritanie, du Burkina Faso et du Mali se réunissent avec le président français Emmanuel Macron.

L’Elysée a invité, à cette réunion, la chancelière allemande Angela Merkel, le tchadien Moussa Faki, président de la Commission de l’Union africaine, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al Joubeir, le ministre émirati des Affaires étrangères, Abdullah Bin Zayed Al Nahyan, et une vingtaine de délégations étrangères.

« Je suis arrivé à Paris ce mercredi pour prendre part à une réunion de soutien au G5 Sahel pour accélérer son opérationnalisation », a écrit le président burkinabé, Roch Kaboré, sur son compte Twitter.  « Ce n’est pas une réunion de plus. C’est une réunion qui nous permettra d’échanger sur l’évolution de la situation sur le terrain, qui est très rapide, ce qui exige de nous des rencontres et des réflexions fréquentes et nous adapter, à chaque fois, à la situation qui, comme vous le savez, se dégrade. C’est donc une réunion capitale. J’espère qu’elle nous permettra d’avancer », a déclaré, pour sa part, le président tchadien Driss Deby, à RFI.

Selon M. Deby, la question du financement du G5 Sahel se pose avec acuité. « La lutte contre le terrorisme n’est pas simplement une affaire des pays du G5 ou des pays africains. C’est un phénomène mondial. Il faut des ressources. Nous avons des hommes et des moyens. Nous sommes engagés, mais il nous faut des ressources pérennes », a-t-il plaidé.

C’est tout l’enjeu de la réunion de Paris : trouver des sources de financement durables pour le fonctionnement du G5 Sahel qui doit regrouper à termes 5000 hommes. « Une force qui n’est pas encore prête à subir l’épreuve de feu. Et le budget de 423 millions d’euros nécessaire pour équiper (chaussures, gilets pare-balles), former, encadrer et armer ces milliers de futurs combattants n’est toujours pas bouclé. Seuls l’Union européenne (50 millions de dollars) et les États-Unis (51 millions, si le Congrès donne le feu vert) se sont montrés un tant soit peu généreux », écrit l’hebdomadaire Le Canard Enchaîné.

Soutien financier de Ryad

L’Arabie saoudite, qui tente de construire sa propre Alliance antiterroriste avec plusieurs pays musulmans, a promis de dégager 100 millions de dollars pour le G5 Sahel. Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères, s’est déplacé à Ryad, début décembre 2017, pour plaider la cause du G5 Sahel. « Le Mali en tant que membre de la Coalition militaire islamique contre le terrorisme (initiée par Ryad) et président en exercice du G5 Sahel a souligné l’importance du soutien du Royaume d’Arabie saoudite aux initiatives du G5 Sahel », a déclaré, cité par la presse malienne, Abdoulaye Diop. Il a salué dans la foulée « la générosité, la solidarité et la fraternité » de Ryad.

À Paris, l’Arabie saoudite devrait officialiser sa décision. En contrepartie, Ryad, en guerre diplomatique et politique contre le Qatar et l’Iran, souhaite que les pays membres du G5 Sahel, tous musulmans, se joignent ou contribuent plus efficacement à la Coalition antiterroriste, lancée le 26 novembre 2017 à Ryad, et regroupant, pour l’instant, une quarantaine de pays dont le Nigéria, la Turquie, l’Egypte et le Pakistan. Le but de cette coalition est, entre autres, de « mobiliser et coordonner les ressources, faciliter les échanges d’informations et aider les pays membres à bâtir leurs propres capacités en matière de lutte contre le terrorisme ».

Absence de l’Algérie

Pays leader en matière de lutte contre le terrorisme en Afrique et dans la région arabe, l’Algérie n’est présente ni dans la Coalition de Ryad ni dans le G5 Sahel de Paris. Attachée à sa doctrine de ne pas engager des troupes en extérieur, Alger refuse d’adhérer à des alliances qui exigent des opérations en dehors de son territoire.

Lors du sommet Union africaine-Union européenne, fin novembre 2017, le premier ministre Ahmed Ouyahia a rappelé les efforts de l’Algérie menés dans la zone Sahel avec l’octroi de 100 millions de dollars pour les cinq pays de la région (Libye, Mauritanie, Niger, Mali et Tchad) pour lutter contre le terrorisme. « Sur sept ou huit ans, l’Algérie a dépensé plus de 100 millions de dollars d’aide à cinq pays de la sous-région du Sahel pour former une dizaine de compagnies de forces spéciales et leur donner d’énormes équipements. L’implication solidaire de l’Algérie dans la lutte antiterroriste, dans la sous-région sahélienne, est organisée depuis plus de 10 ans à travers le Comité d’état-major opérationnel des armées (CEMOC) (basé à Tamanrasset) et d’autres mécanismes de coopération », a-t-il expliqué.

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Alger, en langage plus simple, ne veut pas d’une autre structure qui évacue le traitement politique en profondeur de la question selon une approche afro-africaine et qui sera « un moyen » pour rendre durable la présence de troupes étrangères à ses frontières dans la mesure où le G5 Sahel ne peut pas fonctionner sans l’appui technique et stratégique français, voire allemand.

« L’Algérie doit être associée au G5 Sahel »

Ouyahia a souligné « la mollesse » de l’Union européenne dans le financement du G5 Sahel. « Sans polémique aucune, l’Union européenne a annoncé une aide de 50 millions de dollars pour la force G5 Afrique. Cette aide provient de 28 pays de l’UE sans être sûr si elle est débloquée ou non », a-t-il noté.

L’Union africaine, de son côté, n’a donné aucun signe de vouloir soutenir financièrement le G5 Sahel dans le futur. À Alger, le président français, en visite courte le 6 décembre 2017, a tenté de convaincre les autorités algériennes de « la nécessité » d’appuyer l’initiative G5 Sahel. Sans succès, visiblement.

À l’Elysée, la présence de l’Algérie dans l’action future du G5 Sahel est perçue comme nécessaire. « L’Algérie est associée et doit être associée au G5 Sahel. Si l’on accroît l’opération militaire au Sahel, il faut que cela se fasse en concertation avec les voisins du Nord », a déclaré, à TSA, une source à l’Elysée.

Sans l’appui de l’Algérie, le G5 Sahel n’aura pas la capacité opérationnelle et l’efficacité de terrain pour contrer et pourchasser les groupes terroristes sur le moyen terme. Mais, l’Algérie ne veut pas y adhérer ne serait que par l’échange d’informations. Un véritable dilemme pour les promoteurs du projet.

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