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Karim Amellal : « La France doit présenter ses excuses au peuple algérien »

Pour Karim Amellal, écrivain et ancien ambassadeur, la France la France doit présenter des "excuses au peuple algérien pour les crimes commis durant la colonisation et la guerre d’Algérie."

Karim Amellal : « La France doit présenter ses excuses au peuple algérien »
« La part algérienne de la France », colonisation, algérophobie : entretien avec Karim Amellal. / DR
Ali Idir
Durée de lecture 4 minutes de lecture
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Karim Amellal vient de publier « La part algérienne de la France » dans un contexte marqué par la précampagne pour la présidentielle de 2027 où l’Algérie est l’un thèmes favoris de la droite et de l’extrême droite.

Ancien ambassadeur et écrivain, Karim Mellal retrace ce que l’Algérie a apporté à la France, ce qui est visible et non visible. Dans cet entretien, il nous dit davantage sur son nouveau livre, et prend une position forte sur ce que la France doit faire pour apaiser sa relation avec l’Algérie.

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Vous venez de publier « La part algérienne de la France ». Quelle est la part la plus significative ?

D’abord, il faut savoir qu’environ 8 à 9 millions de personnes en France ont une part d’Algérie, c’est-à-dire un lien, plus ou moins fort, avec l’Algérie, dont 3 à 4 millions un lien direct.

C’est considérable. Parmi eux, il y a les immigrés et Français d’origine algérienne, qui forment la plus grosse part, mais aussi les pieds-noirs, les anciens combattants, et leurs descendants, ou encore les « pieds rouges », ceux qui sont venus travailler en Algérie après l’indépendance, et plus tard les « coopérants ».

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La part algérienne de la France, c’est un fleuve immense, abondée par une multitude de rivières qui, toutes, entretiennent un certain rapport à l’Algérie, parfois distancié, parfois exacerbé, tu ou revendiqué. C’est une composante de la nation française, dont la richesse est précisément la diversité.

Ce livre est-il lié au climat politique actuel en France, entre présidentielle de 2027 et montée de l’algérophobie ?

Oui, je l’ai d’ailleurs conçu à travers une série d’idées reçues que les médias diffusent et que je déconstruis, par exemple : « les Algériens ne comprennent que le rapport de force », « la diaspora algérienne forme un bloc compact », « les Algériens n’aiment pas la France », « l’immigration algérienne coûte plus qu’elle ne rapporte », etc.

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Je montre par exemple tout ce que l’immigration algérienne, dans ses multiples composantes, a apporté à la France dans d’innombrables domaines.

Alors il y a tous ceux qu’on connaît bien sûr, les vedettes de l’immigration algérienne, à l’instar de Zidane ou de Yasmine Belkaid, la directrice générale de l’Institut Pasteur, ou encore Isabelle Adjani ou tant d’autres, mais il y a surtout les héros ordinaires : les professeurs, les médecins, les fonctionnaires, ceux qui font tourner les entreprises, les soldats qui sont d’origine algérienne et contribuent, chaque jour, à ce qu’est la France.

Je montre aussi de quelle manière ces stéréotypes ont été forgés, comment ils nourrissent aujourd’hui le débat public à travers ce que vous nommez « l’algérophobie ».

Je montre aussi comment l’Algérie est un prétexte commode pour agiter des épouvantails, en particulier à l’extrême droite mais aussi dans une partie de la droite.

A travers elle, de façon subliminale, on parle de l’immigration, de la délinquance, de l’islam et des musulmans, du déclin de la France – un puissant ressort du discours de l’extrême droite. La présidentielle qui arrive tend évidemment un peu plus les débats, mais les composantes de celui-ci étaient déjà présentes, depuis longtemps.

Vous appelez à un changement de regard de la France sur l’Algérie. Concrètement, que proposez-vous pour que les deux pays tournent la page et bâtissent une relation apaisée ?

Concrètement, je pense qu’on n’apaisera jamais vraiment la relation entre ces deux pays sans que la France présente des excuses au peuple algérien pour les crimes commis durant la colonisation et la guerre d’Algérie.

Cela n’a rien à voir avec de la repentance, mais c’est un acte politique et moral de reconnaissance que la France s’honorerait à faire vis-à-vis des Algériens, comme le président Chirac l’a fait à l’égard des Juifs à travers le discours du Vel d’Hiv, comme d’autres pays l’ont fait également, comme l’Australie, le Canada, la Belgique, l’Allemagne vis-à-vis de crimes commis dans leurs anciennes colonies.

Soyons clair, je considère que ce que le président Emmanuel Macron a fait, notamment grâce au concours exceptionnel de l’historien Benjamin Stora, est très important.

Le chemin mémoriel que tous deux ont tracé, les actes de reconnaissance (sur Audin, Boumendjel, Larbi Ben M’hidi, etc.), l’ouverture des archives, tout cela est sans précédent.

Le volontarisme d’Emmanuel Macron sur le plan mémoriel, ses efforts pour instituer, avec le président Abdelmadjid Tebboune, une commission mixte d’historiens, tout cela est un acquis important et a permis d’avancer. Mais je crois qu’on ira au bout du chemin qu’avec des excuses solennelles, pour définitivement tourner la page.

L’Algérie semble incontournable dans cette pré-campagne présidentielle notamment pour la droite et l’extrême droite. Comment expliquez-vous cette fixation ?

Il y a d’abord une raison historique. Une large partie de l’extrême droite française s’est construite dans le traumatisme de la décolonisation et de la perte de l’Algérie française.

Parmi les fondateurs du Front national en 1972, on trouve Roger Holeindre, un membre de l’OAS, tandis que Jean-Jacques Susini, membre fondateur de l’OAS, est approché pour en prendre la tête, avant que Jean-Marie Le Pen soit finalement choisi.

Cette histoire ne résume évidemment pas le Rassemblement national d’aujourd’hui, mais elle fait partie de sa généalogie politique. Il y a ensuite quelque chose de très français : l’Algérie concentre à elle seule plusieurs de nos grandes passions politiques comme l’immigration, l’identité, la colonisation, l’islam, la mémoire, la souveraineté.

Elle devient donc facilement un objet de politique intérieure. Éric Zemmour en est d’ailleurs une illustration presque paradoxale : issu lui-même d’une famille juive d’Algérie, il a fait de l’immigration et de l’identité des thèmes centraux de son discours politique.

Et puis il y a la droite classique. Bruno Retailleau a voulu faire de la fermeté à l’égard d’Alger un marqueur politique et a explicitement défendu une logique de rapport de force.

Il s’est cassé les dents et sa tentative a lamentablement échoué. Elle s’est accompagnée d’expulsions réciproques de diplomates et d’une dégradation des relations sans précédent depuis 1962, avant que le dialogue ne reprenne progressivement en 2026.

Au fond, je crois que l’Algérie est devenue pour une partie de la droite et de l’extrême droite moins un sujet de politique étrangère qu’un miroir dans lequel elle projette ses débats sur la France elle-même.

Si l’extrême droite accède à l’Élysée en 2027, faut-il craindre une rupture pure et simple des relations entre Paris et Alger ?

Non, je ne crois pas. L’Algérie et la France sont deux grands pays souverains qui continueront à se parler quand il le faudra, chacun en faisant prévaloir ses intérêts nationaux.

Ce ne sera probablement pas la lune de miel, il n’y aura pas de grande relance de la coopération, mais ce ne sera pas le néant non plus. En revanche, je crois que les conséquences de la victoire de l’extrême droite en 2027 seront surtout très négatives en France, pour une partie de la société française, pour les musulmans et les étrangers. Ce sont eux qui paieront le prix fort de la politique intransigeante qui sera menée.

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