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Khadija Aoudia, une avocate franco-algérienne face aux ogres au barreau parisien

PORTRAIT. Le 29 mars à Paris s’est dénouée une bataille juridique d’importance. La Cour de cassation, plus haute juridiction française, a confirmé le non-lieu prononcé par la chambre d’instruction de la cour d’appel de Nîmes au bénéfice des frères Mohammed, deux anciens membres des GLD.

Face à un ogre du barreau

Hocine et Abdelkader, enrôlés dans les GLD à Relizane, étaient poursuivis pour les crimes de “tortures et disparitions forcées”, dans le cadre d’une procédure déclenchée en 2004 par la Fédération internationale des droits de l’Homme. Leur victoire est un peu celle de tous ceux qui ont mené la guerre contre le terrorisme. Ils la doivent à la rage d’une avocate franco-algérienne que les magistrats de sa ville surnomment la “panthère noire”.

Me Khadija Aoudia a hérité d’un dossier que n’avait pas réussi à faire avancer son illustre aîné Jacques Vergès. Une affairé héritée du “salaud lumineux” qui plus est face à un ogre du barreau : Me Patrick Baudoin, président d’honneur de la FIDH, doté d’une puissance de feu médiatique et politique qu’est loin de posséder Me Aoudia. Mais c’était sans compter sur la persévérance de l’avocate au long parcours militant.

Me Aoudia, 47 ans et mère de famille, a fourbi ses premières armes de militante dans le cortège de la “marche des beurs” en 1983. Elle n’avait que 13 ans. En 1986, elle était aussi dans la rue contre le projet de loi Devaquet, un des plus puissants mouvements de jeunes en France, marqué notamment par la mort Malik Oussekine.

Née en 1970 dans le sud de la France, d’une mère originaire de Tiaret et d’un père d’Akbou, la Nîmoise n’a pas connu la décennie noire en Algérie. Trois fois seulement dans sa vie elle s’est rendue dans son pays d’origine. La dernière c’était en 1978, elle avait alors huit ans. Mais le lien avec le pays ne s’est jamais rompu en raison d’un lien très fort avec le grand-père maternel, Bachir Bénahmed, qui multipliait les allers-retours entre Mostaganem et Nîmes.

Une étudiante révoltée

L’aïeul “habité par l’orgueil” était le vecteur d’information quand le pays a commencé à sombrer. Et la descendante, aînée d’une fratrie de six frères et sœurs, faisait ses premiers pas d’étudiante à la Faculté de Droit de Montpellier. “J’étais révoltée par l’émergence de mouvements qui légitimaient les violences en Algérie”, se souvient l’avocate dans une référence au “Qui tue qui”.

Dans le sud de la France où sont encore nombreux les anciens -pieds noirs, cette “thèse alimentait la haine de l’extrême droite qui se réjouissait de la situation”. “Ça me faisait bouillir”. Mais la révolte ne trouvait pas de terrain d’expression politique dans une Faculté où les étudiants d’origine maghrébine étaient seulement deux. Pendant dix ans, de 2002 à 2012, il n’y aura que deux avocats d’origine maghrébine au barreau de Nîmes. Ils sont sept aujourd’hui.

Pour être ainsi couronnée, “il fallait être parmi les meilleurs”, affirme cette admiratrice de l’ancien Garde des Sceaux Robert Badinter ou de son aînée Gisèle Halimi, qui défendit les combattants du FLN. Me Aoudia est aussi titulaire d’un doctorat en Droit. Plutôt orientée vers le Droit commercial, elle choisira finalement le pénal quand elle a commencé sa carrière d’avocate, après avoir exercé comme assistance de justice au parquet.

« La justice n’est pas équitable »

Comme beaucoup de jeunes confrères, elle est souvent commise d’office à ses débuts. L’aspect “humain” du métier motive l’avocate, nourrie à la littérature de Zola et de Hugo et au récit de la résistance algérienne. Dès ses débuts, elle découvre les procédures d’urgence, la “défense à bon marché”. “C’est un peu de l’abattage, le droit à la vitesse”, souffle-t-elle. “La plupart des jeunes confrontés à la matière pénale étaient issus de l’immigration. Ils avaient la même couleur que moi”, observe la brune aux cheveux coupés courts, souvent vêtue d’un jeans sur talons et surmonté d’une veste. “La justice n’est pas équitable, j’avais la rage de les défendre”. 

Quand les frères Hocine, installés à Nîmes après avoir quitté Relizane, sont pris dans les filets de justice française, Me Aoudia captait juste des bribes d’information.

C’est un Nîmois comme elle, d’Algérie, pris d’affection pour les deux frères, qui viendra lui confier le dossier. Il s’agit de Abdallah Zekri, militant associatif très connu, Secrétaire général du Conseil français du Culte musulman (CFCM). Mobilisé depuis le début de la procédure, M. Zekri est à bord du désespoir quand la procédure débouche sur le renvoi de la cour d’assises.

Le délai de recours s’amenuise. On était en juillet 2014. Me Aoudia prend connaissance du dossier et manque de défaillir en apprenant que les avocats à qui elle succède n’avaient pas de copie de ce dossier. “Je reçois les clients. Ils sont sous contrôle judiciaire. C’est surréaliste. Dix ans après la mise en examen, ils sont sous contrôle judiciaire”. Pour elle, “c’est une atteinte à un procès équitable, au principe du délai raisonnable”.

L’avocate, qui confesse une “certaine agressivité” de tempérament, déboule dans le bureau du juge d’instruction. “Il fallait les délivrer des chaînes du contrôle judiciaire” pour leur permettre au moins de pouvoir circuler librement. En cinq jours, elle obtenait une victoire. La lutte du pot de terre contre le pot de fer peut dès lors commencer face au géant Patrick Boudoin.

“Je n’avais pas les réseaux politiques de mon adversaire, ni sa puissance médiatique. Ma seule arme, c’était moi-même et le code de procédure pénal”, avoue-t-elle. “J’ai passé un mois à scanner les méthodes de mon adversaire et son cheminement intellectuel, essayer de savoir comment il a pu obtenir la mise en examen” des deux hommes.

La tâche se révéla moins compliquée que prévu parce que Me Baudouin “communique beaucoup”. Pour autant, la bataille s’annonce rude. Mais “plus le combat est difficile plus tu développes en toi des forces insoupçonnables”.  Surprise : c’est du côté algérien que viendront les flèches.

“Les tirs sont venus d’Algérie de manière incompréhensible. Il y a eu des personnes qui ont mis tout en œuvre pour saboter mon travail. Je n’étais pas préparée à cela”.

L’avocate s’y rend à deux reprises mais ne parvient pas à rejoindre Relizane et à mener les investigations qu’elle souhaitait pour nourrir son plaidoyer. Les choses progressent grâce au ministère des Affaires étrangères.  Et à la magistrate de liaison qui y siège. Finalement, l’avocate obtient l’annulation de la mise en examen. Une décision confirmée par la Cour de cassation. Le résultat est “une énorme victoire pour l’Algérie”.  

Sans ce dénouement, “ce procès aurait pu être le premier d’une série”, analyse l’avocate en regrettant le silence assourdissant des médias qui avaient condamné les deux frères. “Ils refusent de faire amende honorable de leurs égarements et c’est dommage ! “.

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