search-form-close

« La France compte beaucoup sur les Émirats et l’Arabie saoudite pour le financement du G5 Sahel »

Hasni Abidi est politologue, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM) et chargé de cours à l’Université de Genève (Suisse). Il revient dans cet entretien accordé à TSA sur la réunion du G5 Sahel organisée ce mercredi à Paris.

| LIRE AUSSIG5 Sahel : l’Algérie absente, l’Arabie saoudite pour apporter un soutien financier

Quel est l’objectif de la réunion du G5 qui se déroule aujourd’hui ?

La réunion a pour objectif d’apporter les ajustements nécessaires suite à une prise de conscience de la part de Paris des difficultés à faire fonctionner cette plateforme, et du manque de ressources financières permettant d’aller de l’avant dans cette initiative.

Pourquoi la France soutient-elle la mise en place de cette force commune ?

La France est le fer de lance de cette opération d’abord par défaut. Quand on voit les cinq États-membres, aucun n’est en mesure de prendre le leadership. De plus, aucun autre pays africain de la région n’est disposé à prendre le leadership, et les pays du G5 ne vont de toute façon pas l’accepter. Malheureusement, cette tutelle française continue sur le plan sécuritaire, militaire et aussi sur le plan de politique étrangère.

Deuxièmement, la France est engagée dans plusieurs terrains de guerre et a une obsession de moduler sa présence militaire à l’étranger. Le Sahel fait partie de ses priorités stratégiques, mais l’opération Barkhane semble être arrivée quelque peu à ses limites. Il fallait donc absolument aujourd’hui associer les États africains, et à ce que cette opération Barkhane profite à ces armées en construction tout en institutionnalisant la coopération militaire française et surtout sa présence dans les pays du Sahel.

Avec la force commune du G5 Sahel, la finalité de la France est-elle le retrait de ses troupes de la région ?

Le retrait est une option sur la table, mais ce n’est pas l’option envisageable par les militaires français, qui ont convaincu le président Macron d’attendre un peu. L’état des armées de ces pays qui vont être le noyau dur de cette force de frappe du G5 n’est pas du tout au point. Les armées de la région n’ont pas encore atteint le niveau de formation qui leur permet de prendre le relai de la présence française et surtout de faire face à des menaces de plus en plus persistantes dans cette région du Sahel.

Le retrait de l’armée française de cette région risque aussi d’intensifier les menaces et probablement d’anéantir tous les acquis militaires qui ont été faits. À terme, l’objectif de la France n’est pas un retrait définitif, mais en tout cas une diminution de leur force militaire et surtout une diminution des coûts.

L’Arabie saoudite a promis 100 millions de dollars d’aide à la Force G5 Sahel et les Émirats arabes unis sont également impliqués financièrement. Pourquoi ?

La France compte beaucoup sur les Émirats et l’Arabie saoudite pour le financement. Il faut savoir que les Émiratis contribuent depuis plusieurs années dans l’opération Barkhane, dans un gage de bonne volonté avec la France. La France a demandé solennellement à l’Arabie saoudite de contribuer à combattre le terrorisme dans la région.

L’Arabie saoudite aujourd’hui se profile comme un État qui combat le terrorisme et la France en a profité pour demander aux Saoudiens de les aider aussi. L’Arabie saoudite a toujours un souci d’acceptabilité et de relégitimation internationale. On ne sait pas quelle est la contrepartie pour l’Arabie saoudite mais aussi pour les Émirats arabes unis contre l’aide qu’ils vont apporter.

Quelles sont les critiques soulevées au sujet de la création d’une force commune G5 Sahel ?

La première critique concerne l’éventualité de créer des doublons, en gardant la mission des Nations unis (Minusma), l’opération Barkhane qui est toujours en cours, les forces américaines qui sont au Niger et au Tchad…

Certes il y a ce qu’on appelle la zone des trois frontières qui est devenue une zone vulnérable et à haut risque, mais finalement pourquoi multiplier les opérations et les initiatives dans la Sahel ? Ne fallait-il pas plutôt intégrer le groupe G5 Sahel dans la mission des Nations unies, qui bénéficie d’une légitimité internationale car elle a été prise lors d’une résolution du conseil de sécurité de l’Onu et qui est à même de mobiliser plusieurs ressources internationales avec l’appui, le soutien et le contrôle des Nations unies.

La deuxième critique concerne le fait que la question de l’instabilité et de la menace djihadiste ne se règle pas seulement avec une réponse militaire. Il faut absolument aussi travailler sur le règlement des contentieux en interne et une participation politique et pas seulement l’approche sécuritaire.

Quel rôle concret peut jouer l’Algérie dans le cadre de cette Force G5 Sahel, compte tenu de ses restrictions constitutionnelles ?

L’Algérie possède à son actif l’accord d’Alger concernant le Mali. Il est important d’associer l’Algérie dans ce processus de G5 Sahel au moins pour la partie du dialogue national. L’Algérie est le seul pays qui a la même distance avec tous les acteurs et qui a depuis longtemps plaidé en faveur d’une construction et d’une cohésion nationale autour de la lutte contre le terrorisme. Déjà parce que l’Algérie en a déjà été victime, et aussi parce que Aqmi ne menace seulement la région du Sahel.

L’Algérie est aux premières loges et est aussi menacée. C’est pour ça que l’Algérie veut absolument intégrer le dialogue national et l’intégration de tous les acteurs. Pas seulement une relation verticale entre les pouvoirs politiques européens et ceux du Sahel, mais aussi tous les acteurs politiques de la société.

| LIRE AUSSI« L’Algérie est associée et doit être associée au G5 Sahel »

close