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Moissons : des bateaux de blé perdus dans les champs algériens

Pour la campagne de moissons 2026, l’Algérie veut récupérer le moindre grain de blé et mettre fin aux pertes colossales estimées à 20%.

Moissons : des bateaux de blé perdus dans les champs algériens
Moissons 2026 : l’Algérie veut récolter le moindre grain. | Par branex / Adobe Stock pour TSA
Djamel Belaid
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Pour la campagne de moisson 2026 qui s’annonce historique, les services agricoles algériens ont décidé de récolter le moindre grain de blé. Ils tablent sur plus d’engins de récolte mais aussi sur la réduction des pertes à la récolte.

Celles-ci atteignent jusqu’à 20% quand les standards internationaux sont de 1 à 2% ; aussi est-il prévu l’amélioration des compétences locales.

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La fabrication locale de moissonneuses-batteuses sous licence Sampo, constitue une véritable révolution technique.

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En 2025, s’exprimant dans la presse locale, un haut cadre du ministère de l’agriculture a dressé ce constat : « on a gagné un mois sur la date de fin des récoltes ». Un gain non négligeable car le blé peut subir des dégâts causés par les moineaux tandis que l’avoine et l’orge sont sensibles à l’égrenage causé par le vent.

Ce matériel moderne permet de réduire la pénibilité du travail grâce à une récolte en vrac. La corvée de la récolte en sac et leur ramassage après passage des moissonneuses-batteuses appartiennent au passé.

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Début avril, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Yacine Oualid a annoncé la signature d’une convention entre PMAT Trading et Agro Drive pour l’acquisition de 331 moissonneuses-batteuses et 1.800 tracteurs agricoles.

 

Perte à la récolte, en cause le facteur humain

 

Cependant, l’utilisation d’engins plus modernes n’a pas permis de mettre fin aux pertes à la récolte. Un fléau qui, selon les spécialistes de l’usine CMA-Sampo de Sidi Bel Abbès, des CCLS et du CNCC, est dû au facteur humain : le manque de maîtrise technique des engins utilisés.

Lors des moissons, rien n’est plus terrible pour les agriculteurs arpentant leur champ derrière les moissonneuses-batteuses de constater les épis imparfaitement battus ou les grains tombés au sol. Des épis qui font le bonheur des brebis pâturant les chaumes après récolte mais qui causent le désespoir des agriculteurs.

Les querelles entre chauffeurs et agriculteurs sont fréquentes. Les désaccords portent aussi sur la hauteur de la barre de coupe comme a pu le constater TSA.

Pour éviter les cailloux et pour aller plus vite, les chauffeurs ont tendance à la relever tandis que les agriculteurs souhaitent que cette hauteur soit moindre afin de récolter plus de paille. Une fois conditionnée en bottes, celle-ci est vendue à prix d’or durant des périodes de soudure.

Les pertes de grains ont pu être quantifiées par des universitaires en disposant au sol des bacs avant le passage des engins de récolte. Après pesée des grains recueillis dans les bacs, il est apparu que ces pertes peuvent atteindre 20% de la production.

Le facteur humain a été souligné lors des sessions de formation des chauffeurs et du personnel de maintenance. Une opération de formation demandée par Yacine Oualid.

Selon l’agence APS, début avril, le ministre a coprésidé avec la ministre de la Formation et de l’Enseignement professionnel, Nacima Arhab, une réunion de coordination consacrée à la formation dans le domaine de la mécanisation agricole. Ce qui a permis l’élaboration d’un plan d’action conjoint pour la formation de formateurs et d’une main-d’œuvre spécialisée dans la conduite et la maintenance du matériel agricole.

 

Séance de formation pour « une saison sans perte »

 

Divers témoignages sur les réseaux sociaux permettent de rendre compte du constat dressé par les animateurs de ces formations. Des formations à l’intitulé explicite : « Une saison sans perte ».

Au niveau de la CCLS de M’sila, Nasredine El Hadi, le directeur de l’Institut technique de la station ITGC de Sétif est récemment intervenu et a pris à témoin les participants : « Représentez-vous l’ensemble des bateaux d’importation de blé. Ils transportent chacun en moyenne 100.000 quintaux de blé. Dans la wilaya de M’sila les pertes en grains à la récolte représentent 300 à 400.000 qx ».

En bon pédagogue, il a énuméré l’origine des pertes : barre de coupe mal aiguisée et rabatteur mal positionné, ce qui représente 2% à 3% des pertes. Dans ces cas la moissonneuse-batteuse passe mais une partie des épis restent sur leur tige.

Ensuite : mauvais réglage de la vitesse du batteur et contre batteur. Résultat, des épis non battus ou des grains cassés, soit 5 à 6% des pertes.

Viennent également le nécessaire nettoyage des grilles appelées « sauterelles » souvent encombrées de débris de paille qui ne laissent pas filtrer les grains. Soit 3 à 4 % de pertes. Au total conclut l’intervenant : « on peut arriver facilement à 20% ».

Concernant la vitesse de battage. « Pas plus de 540 tours par minute » insiste Benyato Lazhar, un membre de la direction de la CCLS, sinon « c’est gaspiller du carburant et pénaliser l’agriculteur du fait des pertes de grains occasionnées ».

 Nasredine El Hadi intervient : « il est important de consulter le compte-tour du batteur » tout en brandissant le cadran en question. La discussion avec les chauffeurs démarre : « Il en existe de nouveaux modèles équipés d’un laser au prix d’un million de centimes (10.000 DA)».  Un chauffeur demande : « Où les trouve-t-on ». L’animateur conseille de s’adresser aux boutiques spécialisées en électronique et souligne qu’il s’agit de le fixer à proximité de l’axe du batteur.

À Sétif, Hadj Sahraoui AbdelKarim, le directeur régional du Centre de contrôle des Semences a eu l’occasion d’intervenir sur les conséquences d’un réglage inadéquat du batteur et contre-batteur. Les grains sont alors impropres à l’utilisation comme semences certifiées. En cause, de micro-fissures invisibles à l’œil nu responsables d’un taux de germination inférieur à 85% obtenu lors des tests en laboratoire.

Le formateur est revenu sur le nécessaire nettoyage des engins après la récolte faisant remarquer que certains chauffeurs privés ne se préoccupent que de moissonner le maximum d’hectares. « Les grains coincés dans les recoins peuvent germer et faciliter la rouille des tôles mais plus grave, héberger des charançons », souligne-t-il.

Aussi, il conseille aux agriculteurs de ne pas hésiter à payer au propriétaire de la machine une heure consacrée au nettoyage de l’engin avant son entrée sur le champ. Un nettoyage que les spécialistes recommandent de faire avec un jet d’air comprimé voire avec un jet d’eau. Le but étant d’éviter que des graines de mauvaises herbes coincées dans les rouages viennent polluer les parcelles à récolter.

À travers cette opération de formation le ministère de l’agriculture a donc décidé d’agir sur un autre levier que le seul renforcement en moyens matériel : le renforcement des compétences techniques des utilisateurs.

Lien permanent : https://tsadz.co/1cu3j

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