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Présidence de la FAF : Belmadi, un enjeu crucial malgré lui

Contrairement aux années passées, c’est en dehors des terrains que le football algérien vit une crise, sur fond de course à la présidence de la FAF et de bras de fer entres les instances footballistiques et les autorités politiques.

Malgré lui, le sélectionneur Djamel Belmadi se retrouve au centre des tiraillements, beaucoup voyant en lui l’homme qui peut faire pencher la balance.

Des tiraillements qui ont profité au Maroc

Kheireddine Zetchi, élu président de la Fédération algérienne de football (FAF) en 2017 en remplacement de Mohamed Raouraoua, a fait de la formation son cheval de bataille, lui que le public sportif algérien a découvert à travers son travail au niveau du Paradou AC, devenu sous sa coupe une pépinière de talents.

Mais en tant que premier responsable du football algérien, son principal fait d’armes est d’avoir su convaincre Djamel Belmadi de prendre en mains une sélection nationale moribonde, même si ses détracteurs lui reprochent toujours de l’avoir mis en bas de ses priorités, ne lui faisant appel qu’après avoir « essayé » d’autres coachs, avec les échecs qu’on connait.

Tout ce qui est venu après, notamment le sacre miraculeux en Coupe d’Afrique des nations en 2019, est le fruit de l’engagement de Belmadi. C’est pourquoi le coach des Verts est devenu aujourd’hui un enjeu important dans la course à la présidence de la FAF et dans le bras de fer que se livrent Kheireddine Zetchi et le ministre de la Jeunesse et des Sports Sid Ali Khaldi.

Garder Belmadi ou avoir son soutien, c’est l’assurance de faire pencher la balance de son côté. Jamais peut-être dans l’histoire du football algérien un sélectionneur n’a autant fait l’unanimité. Zetchi et les principaux prétendants à sa succession l’ont compris.

Début février dernier, le président de la FAF devait se rendre à Sidi-Bel-Abbès pour l’inauguration d’une académie de football. Il ne s’est pas empêché de faire un coup double en matière de communication, en se faisant accompagner  du coach national.

« Je refuse que mon nom soit aligné avec l’un des candidats »

En plein bras de fer avec le MJS et soumis à une terrible pression après le rejet de son dossier de candidature au conseil exécutif de la FIFA (avant d’être réhabilité par le TAS), Zetchi avait grandement besoin de Belmadi à ses côtés. Ce que celui-ci n’a pas hésité à faire. Bien entendu la question sur la prochaine élection à la tête de la FAF lui a été posée.

« Les candidats pour les élections de la FAF doivent montrer leurs projets et convaincre tout le monde pour être élu. De mon côté, je refuse que mon nom soit aligné avec l’un des candidats. Je suis sélectionneur de l’EN et je ne peux pas me permettre d’exprimer un avis sur le prochain président », a-t-il répliqué.

Si certains ont pris cette déclaration pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une neutralité à laquelle l’astreignait son statut, d’autres y ont vu une réponse aux deux candidats déclarés qui avaient d’emblée impliqué le nom du coach dans la campagne en insistant sur son maintien pour le bien de l’EN.

Il s’agit de Walid Sadi, ancien membre du bureau fédéral sous Mohamed Raouraoua, et Mahfoud Kerbadj, ancien président de la ligue de football professionnel (LFP).

Une déclaration de Belmadi faite à la même occasion avait été interprétée comme un soutien franc à Kheireddine Zetchi dont le projet d’amendement des statuts de la FAF butait (et bute toujours) sur l’opposition du MJS.

Le sélectionneur national avait évoqué la grave conséquence qui pourrait découler d’une telle immixtion des pouvoirs publics dans les affaires de la fédération, soit la disqualification de l’équipe nationale de toutes les compétitions internationales. Ce n’est un secret pour personne, l’objet réel du litige, c’est l’issue des prochaines élections de la Fédération algérienne de football.

| Lire aussi : FAF : le bras de fer entre Zetchi et Khaldi se durcit

Une conférence annulée et des interrogations

« Si réellement cette menace existe, que les personnes chargées de ces affaires-là prennent leurs responsabilités pour mettre un terme à ce jeu. Normalement, ce sont des choses auxquelles je n’ai même pas besoin de penser », avait asséné Belmadi.

Moins de deux mois après, rien ne s’est arrangé et les choses sont allées très vite. Zetchi s’est retiré à la dernière minute de l’élection au poste de membre de l’exécutif de la FIFA, l’Algérie est revenue bredouille du congrès de la CAF à Rabat, avec un énorme scandale dans l’escarcelle : une résolution concoctée par le Maroc pour barrer la route à une éventuelle demande d’adhésion du Sahara occidental à l’instance africaine est passée comme une lettre à la poste.

En plus, c’est le candidat du Maroc qui a été élu au Conseil de la FIFA. Les divisions qui minent le football algérien ont clairement profité au Maroc, dans un contexte de fortes tensions politiques entre les deux pays.

À son retour, Zetchi profère des soupçons à l’égard du MJS concernant une lettre fuitée et quelques jours après, il annonce qu’il ne briguera pas un second mandat à la tête de la fédération.

C’est dans ce contexte qu’est survenu le retour de Belmadi au pays à l’occasion du stage des Verts en prévision des deux derniers matchs des éliminatoires de la CAN pour laquelle ils sont déjà qualifiés.

Les deux rencontres étant sans enjeu, il était évident que le gros de la conférence de presse habituelle du coach allait tourner autour de toutes ces affaires extra-sportives.

| Lire aussi : FAF – MJS : le bras de fer prend une autre tournure

Un malaise qui couve

D’où sans doute sa décision de l’annuler, à la surprise générale. D’autant que le communiqué de la FAF annonçant son annulation n’avance aucune explication.

« Le sélectionneur national, M. Djamel Belmadi a décidé d’annuler la conférence de presse qu’il devait animer demain dimanche (11h00) au Centre technique national (CTN) de Sidi Moussa. M. Djamel Belmadi s’excuse auprès de la presse nationale », s’est contenté d’indiquer la fédération samedi dernier. Une attitude qui soulève moult interrogations.

Le coach a-t-il évité la presse pour rester dans son rôle et ne pas avoir à se positionner sur les luttes en cours au sommet du football national ? A-t-il au contraire un avis tranché ou même une décision prise, mais qu’il estime que le moment n’est pas opportun pour l’annoncer ? Preuve du malaise qui couve au sein de la sélection, ce lundi à la zone mixe au centre de Sidi Moussa, Belmadi a mis fin brutalement à une rencontre avec des journalistes, après avoir reproché à l’un d’eux de franchir la ligne de sécurité Covid.

On n’en sait rien, mais il est certain qu’un professionnel de sa trempe ne peut lier son avenir et celui de la sélection à d’autres critères que ceux qui régissent et déterminent les choix à ce niveau.

Il faut juste espérer que les différents protagonistes fassent preuve de « responsabilité », comme l’a exigé le sélectionneur lui-même en février dernier.

Car si les choses arrivent à l’arbitrage de la FIFA et par malheur débouchent sur des sanctions, le poids de Belmadi ne servira aucune partie.

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