
En France, l’extrême droite et la droite maintiennent la pression sur le président Emmanuel Macron pour dénoncer l’accord franco-algérien de 1968.
Et si l’Algérie prenait l’initiative de le faire unilatéralement ? C’est la question que pose le diplomate et ancien ministre algérien Abdelaziz Rahabi.
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Mardi, le premier ministre français, Sébasien Lecornu, a réitéré une nouvelle fois le refus du gouvernement d’abroger cet accord, mais il a exprimé son souhait de le renégocier rapidement avec Alger. Cette demande exprimée moins d’une semaine après l’adoption par le Parlement français jeudi 30 octobre d’une résolution présentée par le Rassemblement national (RN, extrême droite) d’une résolution, sans contraignante, visant à le dénoncer.
Mercredi, la présidence du groupe parlementaire du RN, Marine Le Pen est revenue à la charge pour exiger du président Macron de mettre fin à cet accord, qui, selon ses détracteurs, accordent des avantages aux ressortissants algériens en France.
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Le sens de la déclaration de Lecornu sur l’accord de 1968
« Le Premier ministre français, Nicolas Lecornu, a exprimé son souhait de voir reprendre au plus vite la renégociation de l’accord de 1968, le jugeant « caduc à bien des égards ». « Selon les usages et les convenances en règle entre les États, ceci est une abrogation unilatérale de cet Accord par la France », estime M. Rahabi qui ajoute que le gouvernement algérien « n’a pas encore reçu de demande officielle mais, il « n’est pas moins préparé à cette courte perspective. »
Dimanche, le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf a indiqué en effet que l’Algérie n’a reçu aucune demande de la France concernant l’accord de 1968. Le chef de la diplomatie algérienne a estimé que l’adoption de la résolution du 30 octobre sur l’accord de 1968 est « une affaire franco-française », et a dénoncé une « course à l’échalote » à l’approche de la présidentielle de 2027.
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Abdelaziz Rahabi a fait un rappel pertinent. Il raconte un épisode très tendu de la relation franco-algérienne. En décembre 1979, l’Algérie s’est retrouvée confrontée à une « situation plus grave et urgente sur le fond, mais plus respectueuse dans la forme », explique-t-il.
Un grave précédent avec Giscard D’Estaing
« L’Algérie a été informée de la décision de l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing, qui se plaisait à évoquer sa nostalgique de l’Algérie française, d’expulser 35.000 citoyens algériens par an. Notre pays, qui était prêt à les accueillir, n’a demandé aucune garantie autre que le respect de leur dignité. Ces mesures ont été abrogées après la défaite de Giscard d’Estaing à l’élection présidentielle de 1981 » face au socialiste François Mitterrand.
Revenant à la demande de Sébastien Lecornu, Rahabi explique que si elle a été introduite dans le « cadre conventionnel, elle recevrait sans aucun doute une réponse positive » de l’Algérie, car l’accord de 1968 « n’accorde aux Algériens que des avantages minimes et, dans bien des cas, le droit national leur est plus favorable en matière de circulation, de travail et de séjour » en France.
Pour l’ancien ministre de la Communication, l’instrumentalisation de cet accord par les droites françaises a fait des ressortissants algériens un « enjeu central du débat politique intérieur » en France et a « alimenté la haine envers eux, en les présentant comme les principaux responsables de la crise migratoire et de ses conséquences, notamment l’insécurité et le chômage. »
« Si la France n’abroge pas l’Accord de 1968, l’Algérie le fera. Ceux qui ont fait d’elle l’ennemi utile devront alors trouver une autre rente mémorielle avant l’échéance de 2027 », avertit M. Rahabi.