
Depuis que le ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Seghir Saâdaoui, a dévoilé les aménagements pédagogiques prévus pour la rentrée 2026-2027, la polémique autour de la réforme de l’école ne cesse d’enfler.
L’introduction de l’anglais dès la troisième année primaire, le report du français à la quatrième année ainsi que la réorganisation de certaines matières au secondaire, notamment la philosophie pour les candidats au Bac dans les filières scientifiques, ont donné lieu à une passe d’armes et à des échanges enflammés sur la toile.
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La controverse s’est particulièrement intensifiée après l’entretien du pédagogue et ex-conseiller de la ministre de l’Éducation nationale, Nouria Benghebrit, Ahmed Tessa, qui s’est interrogé sur certains choix du ministère, notamment autour de la place de la philosophie, de l’éducation islamique et du français.
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Depuis, les réactions se multiplient à un rythme soutenu, y compris au sein de la classe politique. Entre les défenseurs de la réforme, ceux qui réclament un débat national avant toute mise en œuvre et ceux qui contestent certaines orientations, le consensus paraît encore loin.
Les islamistes soutiennent le virage vers l’anglais
Les formations issues de la mouvance islamiste ou conservatrice sont, comme attendu, parmi les plus favorables aux orientations annoncées par le ministère.
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Le secrétaire général du Mouvement Ennahda, Mohamed Douibi, a apporté un soutien « inconditionnel » à la démarche du ministère de l’Éducation. Il s’est félicité des mesures visant, selon lui, à « lever le handicap linguistique » qui pèse sur les compétences algériennes et à renforcer leur ouverture sur la recherche scientifique et la communication internationale.
On l’aura compris : Douibi désigne explicitement le français. Le responsable d’Ennahda défend ainsi la consolidation de l’anglais comme première langue étrangère et estime que le français devrait être repoussé au secondaire, où il serait enseigné au même titre que l’allemand, l’italien ou l’espagnol.
Dans la même veine, le Front de l’Algérie nouvelle (FAN) de Djamel Benabdesslam estime que le maintien du français dans les programmes scolaires « profite essentiellement à la France et que cette langue est dépassée dans les domaines de la science, de la connaissance et de la technologie ».
Même soutien au ministre du côté du parti El-Karama. Ce parti estime qu’il ne faut pas « faire de la résistance à la réforme un destin qui se répète en Algérie ».
Il appelle à laisser le ministre engager son chantier, tout en demandant que la réforme demeure « participative, scientifique et progressive », associant enseignants, experts, professionnels de l’éducation et parents.
El-Karama met surtout en garde contre une campagne qui viserait à faire échouer le projet avant même son entrée en vigueur.
Pour sa part, le Parti de la liberté et de la justice considère la réforme du système éducatif comme une « nécessité nationale » et soutient l’amélioration de la qualité de l’enseignement ainsi que l’adaptation des programmes aux évolutions scientifiques et technologiques.
Il défend également le renforcement de l’enseignement des langues étrangères, notamment de l’anglais, tout en mettant en garde contre une transformation du débat linguistique en affrontement idéologique.
Sans se positionner aussi directement que les partis politiques, l’Association des oulémas musulmans algériens a, elle aussi, appelé à sortir de la polémique idéologique.
Dans un communiqué consacré aux nouveaux aménagements pédagogiques, elle estime que les divergences en matière de pédagogie relèvent de « choix et d’appréciations, et non de divergences de religion ou de valeurs ».
Elle affirme par ailleurs que l’arabe constitue « une patrie et une identité », tout en considérant les autres langues comme des acquis scientifiques à exploiter selon leur utilité pour le pays.
Le PT réclame un débat national
À l’inverse de ces formations politiques, le Parti des travailleurs de Louisa Hanoune demande le report du projet de réforme et l’ouverture d’un débat national sous l’égide du président de la République.
Louisa Hanoune considère que la philosophie demeure une matière centrale et refuse qu’elle soit réduite à une question de répartition horaire entre les différentes filières.
Sur les langues, elle défend une approche fondée sur la complémentarité entre l’arabe, le tamazight, le français et l’anglais.
Pour la secrétaire générale du PT, le remplacement précipité d’une langue par une autre ne saurait être décidé sans réunir les conditions pédagogiques nécessaires. Elle demande que les experts, universitaires et spécialistes puissent faire entendre leurs arguments dans les médias publics et privés.
Le président de Jil Jadid met en garde
Pour Lakhdar Amokrane, président de Jil Jadid, le débat qui traverse aujourd’hui l’Algérie autour des dernières décisions du ministère de l’Éducation nationale, qu’il s’agisse de la place des langues étrangères, notamment du français et de l’anglais, ou de la révision de certaines matières scolaires, « ne doit pas être réduit à une polémique passagère sur les réseaux sociaux. »
« Il s’agit d’un débat qui concerne l’avenir de générations entières. Mais pour dépasser les querelles autour des programmes, des matières et des langues, il faut commencer par l’essentiel : l’élève. La question centrale devrait être simple : que doit savoir, que doit savoir faire et que doit savoir penser un jeune Algérien lorsqu’il quitte l’école ? », a-t-il dit dans une contribution adressée à TSA.
Le RCD veut sortir la question des langues de l’idéologie, silence du FLN et du RND
S’il ne rejette pas le principe d’une réforme, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) insiste, pour sa part, sur la nécessité de fonder les choix pédagogiques sur l’expertise scientifique et la concertation.
Dans un long post publié sur son compte Facebook, le président du parti, Athmane Mazouz, estime que la politique linguistique ne doit pas être construite autour d’une opposition entre le français et l’anglais.
Il réclame également que la question du tamazight soit intégrée à la réflexion sur la politique linguistique de l’école algérienne.
Il faut relever que les partis de la majorité, notamment le FLN, le RND, El Bina, El Moustakbal ou encore le FFS, ne se sont pas prononcés et ne se sont pas encore positionnés sur les choix les plus controversés du ministre.