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Sellal, un premier ministre consensuel qui a oublié l’économie

New Press

Abdelmalek Sellal a quitté le palais du gouvernement après cinq ans d’exercice sans présenter son bilan. Sellal laisse l’Algérie dans une situation économique très délicate. La chute du pétrole, qui dure depuis maintenant trois ans, y est pour quelque chose. Mais l’absence de réformes et les errements de la politique économique du gouvernement ont aggravé les choses.

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Pourtant, dès sa prise de fonction en septembre 2012, Sellal avait promis de faire l’impossible pour relancer une économie nationale entièrement dépendante de la rente pétrolière. Mais l’homme ne semblait pas mesurer l’ampleur de la tâche. Il ne disposait pas d’une vision claire pouvant aboutir à la concrétisation de ses promesses.

Interrogé par la presse, en 2012, sur les priorités de son gouvernement, en marge de la présentation de son plan d’action à l’APN, Sellal a eu cette réponse : « Il y a tellement de priorités que tout est prioritaire ».

Pendant cinq ans, Sellal s’est certes démarqué de son prédécesseur Ahmed Ouyahia, dans le discours et la méthode. Un discours populiste qui a eu le mérite de ramener une certaine sérénité et un apaisement au sein de la société. Il donnera l’image tout au long de son mandat d’un personnage affable et consensuel. Parfois un peu trop. Tout le contraire d’Ouyahia : un personnage clivant et autoritaire.

Un premier ministre consensuel

Sous Sellal, la tension sur le front social a sensiblement baissé. À plusieurs reprises, le Premier ministre sortant est intervenu personnellement pour désamorcer des conflits. En 2014, il se rend dans le quartier du Golfe pour rencontrer les policiers qui manifestaient devant l’entrée de la présidence de la République.

Plus récemment, en février dernier, il accepte de rencontrer le représentant des étudiants en pharmacie et chirurgie dentaire. Des instructions ont été données à ses ministres pour rencontrer à chaque fois les protestataires et régler les problèmes de manière douce. Dans son bureau, Sellal recevait aussi régulièrement les chefs de partis politiques qui venaient discuter des questions politiques et économiques. Ils les écoutaient attentivement.

Abdelmalek Sellal donne l’image d’un premier ministre généreux. Dans son message d’adieu posté sur Facebook, il a dit avoir le souffle « léger ». « Car ma vie durant je n’ai eu de cesse que de faire du bien et d’éloigner la haine pour rapprocher les cœurs », a-t-il assuré avant de souhaiter un bon ramadan aux Algériens.

Mais si son style a eu pour effet d’apaiser un peu les tensions sur le front social, il s’est avéré désastreux et contre-productif sur le plan économique. En voulant à tout prix rassurer sur les capacités du pays à faire face à la crise et à diversifier son économie, Sellal a beaucoup déçu. Souvent, il a formulé des promesses surréalistes comme celle de faire de Mascara « la Californie de l’Algérie », d’instaurer une véritable industrie automobile en Algérie, ou d’éradiquer le chômage.

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En cinq ans à la tête du gouvernement, Sellal affiche un bilan économique difficile à défendre. Certes, ces trois dernières années ont été très difficiles du fait de la crise pétrolière qui a fait chuter de moitié les revenus du pays. Mais les deux premières années de son gouvernement (2012-2014) ont été marquées par une flambée historique des prix du pétrole, qui ont dépassé les 100 dollars.

Or, si la manne a été utilisée pour maintenir la paix sociale, elle n’a pas permis de sortir du statu quo économique. Par manque de courage ou de marge de manœuvre, Sellal n’a mené aucune réforme économique. Il faut dire aussi que le secteur de l’investissement et de l’industrie lui échappait totalement.

Un manque d’autorité

Justement, sur le plan de la gouvernance, beaucoup reprochent à Sellal son manque d’autorité. Certains ministres donnaient l’impression de ne pas lui obéir. Son manque d’autorité s’est également traduit par les déclarations contradictoires de ses ministres et des épisodes de cacophonie gouvernementale.

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Abdelmalek Sellal s’est aussi illustré par ses blagues. Certaines ont fait rire les Algériens d’autres les ont choqués, à l’image de sa fameuse phrase sur les Chaouis dite à partir de Constantine en 2014 durant la campagne électorale pour les présidentielles ou la dernière sortie à Sétif sur les femmes et le vote.

Comme ses prédécesseurs, Abdelmalek Sellal quitte le Palais du gouvernement sans avoir réellement pesé sur le cours des choses. Au-delà des lacunes personnelles de l’homme, c’est aussi la preuve qu’un premier ministre en Algérie ne gouverne pas réellement et ne décide pas. Il coordonne une « politique » décidée ailleurs.

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