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Subventions de l’État : l’arbre qui cache la forêt du gaspillage

Subventions de l’État : l’arbre qui cache la forêt du gaspillage

Après quelques jours de doutes, Ahmed Ouyahia a rassuré tout le monde : non, l’État ne supprimera pas les subventions qu’il accorde. « J’ai entendu dire que l’État va supprimer les subventions. C’est un mensonge », a affirmé le chef du RND ce vendredi 16 février à Biskra.

Le Premier ministre a ainsi tenté de mettre fin à une polémique qui gronde depuis près d’une semaine, lorsque son ministre des Finances Abderrahmane Raouya a évoqué l’éventualité de supprimer les subventions de l’essence dès 2019.

« Après des déclarations d’un responsable (Raouya) dans des médias, les marchands de la politique ont sauté sur l’occasion pour accuser l’État de chercher à appauvrir le peuple », a dénoncé Ahmed Ouyahia, en assurant qu’il « n’y aura pas de levée des subventions, ni sur l’essence, ni sur le pain, ni sur le lait, ni sur l’électricité ou autres ».

Avec ses déclarations, le Premier ministre a ainsi semble-t-il voulu garantir au citoyen la continuité de l’État-providence. Selon la rhétorique du gouvernement, la « générosité » de l’État continuera donc à perdurer et garantir la gratuité des soins et de l’éducation, mais aussi du pain, de l’essence, de l’électricité, du gaz, du lait, du sucre à des prix abordables. Plus que tout autre chose, la politique des subventions a été érigée en véritable programme politique.

Mais en réalité, que reste-t-il des subventions accordées par l’État et à qui ils profitent ? Car à y regarder de près, les acquis sociaux « offerts » à l’Algérien par le pouvoir ne s’apparentent pas à grand-chose.

La plus grande illusion concerne l’idée que les soins en Algérie sont gratuits. Toute personne ayant eu le déplaisir de tomber malade en Algérie se rend compte à quel point cette affirmation est un mensonge. Lorsque le patient doit prendre à sa charge les différents examens médicaux dans le privé (scanner, IRM) car les machines des hôpitaux publics sont à l’arrêt, lorsqu’il doit rentrer chez lui car il n’y a pas de place aux urgences, lorsqu’il doit apporter ses propres médicaments, son propre sang, son propre garde malade… Que reste-t-il de gratuit ?

Le même constat peut être effectué au sujet du secteur de l’éducation. Les élèves n’auront effectivement rien à débourser pour accéder au savoir. Mais à quelle qualité d’enseignement ont-ils vraiment accès ? Au bout de parcours, quels débouchés ont-ils vraiment ? Quelles opportunités, si ce n’est du cynisme face aux promesses non tenues d’un avenir radieux ?

Et lorsque le pouvoir vante les subventions de certains produits comme le pain, le sucre, l’essence et autres, à qui profitent-elles réellement ? Pour le simple citoyen, il ne s’agit pas d’acquis sociaux mais de miettes qu’on lui laisse tandis que certains acteurs s’enrichissent de manière indécente de la « générosité » de l’État.

C’est le cas des céréales, dont une partie est détournée par la contrebande et les spéculateurs, qui revendent le blé tendre subventionné sur le marché noir comme aliment de bétail.

Les subventions coûtent à l’Algérie 15 à 20 milliards de dollars par an, ce qui représente entre 9% et 12% du PIB national. Une partie de cet argent est gaspillé par les citoyens et les pouvoirs publics qui ne font pas attention aux dépenses, et ne bénéficie pas aux vrais nécessiteux. Tous les secteurs sont concernés : le logement, l’alimentation, l’énergie, l’eau, la santé, l’éducation…

Le gouvernement dit qu’il veut mettre en place un système de subventions ciblées pour réduire la facture des aides directes et indirectes de l’État aux citoyens, et surtout faire bénéficier les vrais nécessiteux. Mais il évolue sur un terrain miné, en raison des risques d’explosion sociale, et ne semble pas encore prêt à le faire, comme en témoigne, le désaveu d’Ouyahia à l’égard de son ministre des Finances sur la suppression des subventions de l’essence.

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