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Tebboune, le CPA et la « Banque de l’habitat »

Tebboune, le CPA et la « Banque de l’habitat »

Tebboune New Press
Abdelmajid Tebboune, premier ministre algérien.

« Les banques publiques, en l’état actuel, fonctionnent comme des guichets de gestion des comptes. Elles ont besoin, de façon indispensable et urgente, d’une réforme de leurs modes de gestion, afin qu’elles deviennent des instruments efficaces au service de l’économie nationale ». Ce constat sévère et sans concession n’est pas celui d’un leader de l’opposition. Ces propos ont été tenus par le premier ministre, Abdelmajid Tebboune, lors d’une conférence de presse animée après l’adoption par les membres du Conseil des ministres du Plan d’action du gouvernement.

Pourtant, M. Tebboune n’a pas toujours été de cet avis. Par le passé, l’ancien ministre de l’Habitat louait avec beaucoup de conviction le rôle des banques publiques dans le financement du logement .

Avril  2013 : lune de miel entre les  banques et le Trésor public

Au printemps 2013, Abdelmadjid Tebboune et le PDG du Crédit populaire d’Algérie (CPA) annonçaient triomphalement  « la plus grosse opération de financement par  concours bancaire dans l’histoire de l’Algérie et l’une des plus importantes à l’échelle mondiale » (sic). La banque du boulevard Amirouche venait de prendre la tête de financements syndiqués assurés par l’ensemble des banques d’État  au profit de la relance des programmes AADL et de logements promotionnels .

Au total, 1.200 milliards de dinars (près de 11 milliards de dollars) devaient être versés par l’ensemble des banques publiques pour mener à bien ces projets immobiliers qui concernent au total la réalisation de plus de 400.000 logements .

Cette  décision était commentée avec enthousiasme par le ministre de l’Habitat : « L’Algérie venait, grâce à ces conventions, de franchir une étape extrêmement importante dans la reconversion de l’économie nationale  grâce à la nouvelle stratégie du secteur de l’habitat qui vise à alléger les charges sur le Trésor en impliquant les banques publiques dans la réalisation de ses projets ».

Mai 2017 : Tebboune charge les banques publiques

Quatre ans plus tard, en mai dernier, le même ministre de l’Habitat accusait publiquement le CPA et sa tutelle, le ministère des Finances, d’être à l’origine de l’accumulation des créances impayées dans le BTP. Ces créances étaient estimées à 120 milliards de dinars, selon le ministre qui confirmait ainsi les informations livrées par notre site.

« Plus de 1,2 milliard de dollars d’arriérés de paiement dans le secteur du BTP »  avait annoncé TSA  dès la fin du mois d’avril. Une situation qui pénalisait très fortement les entreprises du secteur et qui aurait été à l’origine de l’arrêt de beaucoup de chantiers et la cause des retards de livraisons de nombre de programmes.

Toujours en mai dernier, un bilan, cette fois très officiel, dressé par le ministère de l’Habitat faisait un point précis de la situation. Selon un communiqué du ministère de Abdelmadjid Tebboune, « le manque de financements des travaux d’aménagement extérieur et de voirie entrave la livraison de 164.000 logements de différentes formules (location-vente, LPP, etc.) à travers le territoire national. Par ailleurs  185.000  logements dont le taux d’avancement des travaux dépasse 60% pâtissent du manque de ces mêmes financements », ajoutait  le communiqué diffusé via l’agence officielle.

Tebboune premier ministre : fin des arriérés de paiement 

La troisième étape de ce feuilleton bancaire s’est déroulée en juin dernier, quelques jours après la désignation de M .Tebboune au poste de Premier ministre. Le 16 juin, une convention était signée, à Alger, entre le ministère de l’Habitat, le Crédit populaire d’Algérie (CPA) et la Caisse nationale du logement (CNL). Au terme de cette convention, la CNL s’engage à effectuer un décaissement de 329 milliards de dinars (près de 3 milliards de dollars ) dans le cadre de financements destinés à la réalisation des  120.000 derniers logements du programme AADL non encore couverts par une convention de financement.

À cette occasion, le nouveau ministre de l’Habitat, Youcef Chorfa, rappelait que la CNL avait déjà débloqué, au cours des semaines précédentes, 134 mds de dinars en deux tranches (74 mds de DA et 60 mds de DA) pour régler la situation des impayés du secteur. Ces derniers concernaient, d’ailleurs , à la fois le programme AADL et les logements sociaux de type LPL (logements publics locatifs). « Désormais, le financement du logement en Algérie se poursuivra très normalement », avait  assuré le ministre.

Omar Boudieb, PDG du CPA : « Une  période un peu difficile » 

De son côté, le PDG  du CPA , Omar Boudieb, chef de file des six banques publiques concernées par le financement du programme AADL et LPP, avait rappelé, très opportunément, toujours le 16 juin dernier, que les banques publiques algériennes avaient déjà financé deux programmes AADL, remontant à 2013 et 2015 et portant respectivement sur 100.000 logements et sur 80.000 logements, pour un engagement global de 150 milliards de DA.

Il précisait  en outre que les besoins de financements bancaires globaux du programme AADL sur trois ans s’élèvent au montant considérable de 552 milliards de DA dont 239 milliards à débloquer durant le seul deuxième semestre de l’année en cours, 236 milliards pour 2018 et 78 milliards pour 2019.

« Nous (les banques) avons traversé une période un peu difficile dernièrement, mais, grâce au nouveau Gouvernement et aux décisions du nouveau Premier ministre, nous avons pu ressouder la cohésion entre nous », s’est-il réjoui en assurant, à son tour, que « tout ce qui reste comme impayés sera réglé dans les deux ou trois semaines à venir ».

Une « nouvelle banque » dans les cartons

Des assurances qui manifestement ne semblent pas avoir convaincu ni rassuré le Premier ministre. Après avoir dit, voici quelques jours devant les sénateurs, tout le bien qu’il pensait des banques commerciales, qualifiées par lui de simples « guichets » tout juste capables de gérer les comptes bancaires, Abdelmadjid Tebboune annonçait, dans la foulée, que des « études sont en cours pour la création d’une nouvelle banque qui portera le nom de « Banque de l’Habitat », en commun entre la Caisse nationale d’épargne et de prévoyance (CNEP-Banque) et la Caisse nationale du logement (CNL) et qui prendra en charge tous les dossiers en relation avec le financement de l’habitat et de l’immobilier » selon les comptes rendus de presse.

Une « banque de l’habitat » pour quoi faire ? 

On est en réalité dans le scénario classique d’un mariage qui finit mal.  Après la lune de miel de 2013 et la brouille de 2017, M. Tebboune s’apprête sans doute à demander, voire prononcer lui-même, le divorce entre le Trésor public et les banques commerciales d’État dans le domaine du financement du logement.

Fort de l’expérience des derniers mois, le Premier ministre a pris acte de l’incapacité actuelle des banques commerciales à financer les programmes de logements publics. Les 130 milliards de dinars dégagés pour régler la « crise des impayés » aussi bien que les  329 milliards de dinars mobilisés dernièrement pour financer la poursuite du programme AADL sont entièrement fournis par la CNL, bras financier de l’État dans le domaine du logement et réceptacle unique des ressources budgétaires affectées au secteur de l’habitat .

Pour les  banques commerciales publiques, la situation de forte  surliquidité de 2013 n’est plus qu’un souvenir. Les 150 milliards de dinars ( 1,4 milliard de dollars)  évoqués par Omar Boudieb, à propos du financement par les banques du programme AADL, sont un maigre bilan en comparaison des 1200 milliards de dinars ( 11 milliards de dollars) promis en 2013 .

Un enjeu de 3 milliards de dollars par an

Même si les « études sont encore en cours  », le Premier ministre a déjà donné des indications sur le nouveau schéma d’organisation du secteur qui semble avoir  sa préférence. Les banques commerciales publiques ou privées en situation de concurrence seront cantonnées au rôle classique de fournisseurs de crédits immobiliers hypothécaires  moyennant sans doute la poursuite de la politique de bonification des taux qui a permis au crédit immobilier de franchir la barre du milliard de dollars au cours des dernières années.

Les financements fournis par la CNL ( hors bonifications)  entreront dans un circuit plus court impliquant une seule « banque de l’habitat ».

 

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