
Une enquête d’envergure secoue le consulat d’Espagne à Alger, révélant un possible réseau de trafic de visas Schengen et de graves irrégularités administratives au cœur de la représentation consulaire espagnole en Algérie, selon le média espagnol The Objective.
Le vice-consul du consulat d’Espagne à Alger et une personne proche de lui ont été arrêtés ce vendredi 25 avril dans une affaire de trafic de visas Schengen.
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Selon le média espagnol, la Cour nationale espagnole a ordonné l’arrestation du numéro deux du consulat d’Espagne à Alger, Vicente Moreno, ainsi qu’« un autre suspect et une personne mise en examen au sein de la mission diplomatique ». L’une des personnes concernées est de nationalité algérienne.
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Vicente Moreno a exercé les fonctions de vice-consul en tant que chancelier jusqu’à il y a quelques semaines.
L’Unidad de Delincuencia Económica y Fiscal (UDEF), unité spécialisée de la Police nationale espagnole chargée de la lutte contre la délinquance économique et financière, a mené l’enquête.
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C’est le tribunal central d’instruction, dirigé par María Tardón, qui est à l’origine de ces arrestations. Les interpellations sont liées à des activités criminelles au sein du consulat d’Espagne à Alger, selon la même source.
Les suspects auraient facilité l’obtention de visas Schengen en échange d’une compensation financière. Les gains auraient été blanchis en Espagne via des achats de véhicules, selon des sources policières citées par The Objective.
Ce coup de filet intervient en pleine régularisation massive d’immigrés en Espagne. L’opération, appelée Jazira-Cova, est le fruit d’une collaboration entre plusieurs services : l’UDEF, l’Unité centrale des réseaux d’immigration illégale et de falsification de documents (UCRIF) et la Direction adjointe de surveillance douanière (DAVA) de la Police nationale.
Cette affaire a alerté l’Audience nationale et le parquet anticorruption.
Les deux personnes interpellées sont actuellement dans les locaux de la police, dans l’attente de leur présentation devant la justice. Une troisième personne du consulat d’Espagne à Alger est également mise en cause, sans avoir été interpellée.
10.890 €, téléphones et ordinateurs saisis
Lors de deux perquisitions menées à Sagunto (Valence) et Torrevieja (Alicante), les forces de l’ordre ont saisi 10.890 euros en espèces, quatre téléphones portables, deux ordinateurs portables et 17 clés USB. Un bien immobilier à Madrid ainsi que plusieurs produits financiers ont également été bloqués.
L’UDEF a également demandé à la justice espagnole, via le ministère des Affaires étrangères, la conservation des dossiers administratifs et des courriels professionnels liés à l’octroi de ces visas « frauduleux ».
The Objective indique, en citant des sources du Bureau d’information diplomatique (OID), que le ministère des Affaires étrangères espagnol avait été informé de l’affaire et qu’elle fait également l’objet d’une enquête interne.
Ce qui a alerté le ministère des Affaires étrangères, ce sont des soupçons de signatures irrégulières. Selon le média espagnol, ces éléments sont suivis depuis mars.
Le journal a eu accès à plusieurs courriels internes montrant que Vicente Moreno validait par sa signature un document officiel du consul à la mi-2022, avant de refuser cette même procédure à d’autres fonctionnaires.
Dans le même registre, le vice-consul a déjà été au centre d’une polémique en novembre. The Objective révélait alors une enquête sur une possible délivrance irrégulière de visas, après la découverte de demandes rejetées au nom de la consule Miriam de Andrés alors qu’elle avait déjà été remplacée par Gauden Villas.
Des protestations d’entrepreneurs espagnols
Selon le même média, plusieurs entrepreneurs espagnols avaient adressé des lettres de protestation à Madrid, accusant la mission diplomatique de « saboter » les relations bilatérales en refusant systématiquement de délivrer des visas de travail à des Algériens.
Le consulat d’Espagne à Oran est également dans le viseur des autorités espagnoles, après que le ministère des Affaires étrangères a démis une responsable des visas de ses fonctions.
Le successeur de la consule bloqué
Miriam de Andrés a été relevée de ses fonctions à Alger en septembre. Son successeur, Gauden Villas, n’a pas pu entrer immédiatement en fonction.
Selon The Objective, il est resté plusieurs jours à Alger sans pouvoir exercer, faute d’avoir reçu l’exequatur des autorités algériennes.
Signature contestée et usurpation présumée
Vicente Moreno aurait continué à utiliser le cachet de Miriam de Andrés alors qu’elle n’était plus en poste. Il aurait signé à sa place des documents officiels, notamment pour rejeter une demande de visa d’un ressortissant algérien.
La signature de Miriam de Andrés est par ailleurs différente de celle du chancelier, comme le montrent plusieurs documents officiels consultés par le journal, notamment une décision de recrutement du 10 août et un refus de visa signé de sa main le 24 août.