Un journaliste raconte son interpellation musclée par la police — TSA
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Un journaliste raconte son interpellation musclée par la police

Un journaliste raconte son interpellation musclée par la police

Mustapha Bendjama, rédacteur en chef du journal Le Provincial d’Annaba, témoigne sur les conditions de son interpellation lors de la marche du vendredi 28 juin 2019 par des agents des Renseignements généraux (RG) de la police. Il a été gardé à vue pendant huit heures.

Quelles sont les conditions de votre interpellation à Annaba ?

J’étais en train de diffuser un live sur Facebook du début de la marche du côté de la Cour de la Révolution (centre d’Annaba), vendredi vers 13h30. C’est une manière pour nous d’informer les gens du début de la manifestation. Parfois, je reprenais certains slogans.

À un moment donné, sans me rendre compte, un agent de police en civil m’a pris de force le téléphone et stoppé le live. Une dizaine de policiers en civil m’ont pris avec brutalité. Des manifestants ont tenté de s’interposer, on leur dit qu’ils allaient m’emmener juste pour me parler et me libérer après.

Que s’est-il passé après ?

Les policiers des Renseignements généraux m’ont poussé vers le commissariat du 2e arrondissement au niveau de la vieille ville. Ils m’ont giflé, j’ai même subi une rafale de gifles, en plus des coups de pieds et de coups de poing. Je n’ai jamais été frappé de cette manière de toute ma vie.

Les policiers savaient-ils que vous étiez journaliste ?

Oui, ils le savaient. L’un d’eux m’a appelé avec mon nom et prénom lors de l’interpellation. J’étais ciblé. Le vendredi d’avant (21 juin), un policier en civil voulait m’arracher l’emblème amazigh. J’ai refusé en rejoignant la foule. Il m’a menacé. J’ai alors posté sa photo sur Facebook. Ils ont contacté des personnes que je connais pour que j’enlève ce post. J’ai refusé en disant que j’assumais tout ce que je publiais sur Facebook. J’ai consulté les avocats qui m’ont assuré que ce n’était pas illégal. Visiblement, ils n’ont pas oublié cela en me tenant rancune.

Comment s’est déroulé l’interrogatoire à l’intérieur du commissariat ?

Lors de mon interpellation violente, je portais le drapeau national. Ils n’avaient aucune excuse pour me conduire au commissariat. À l’intérieur des locaux, ils m’ont complètement déshabillé. J’ai enlevé le pantalon et le caleçon. Mon pull était déjà déchiré. Ils ont fait une fouille au corps.

Pourquoi vous ont-ils déshabillé ?

Aucune raison. Ils m’ont dit que c’était réglementaire. Ils m’ont dit qu’ils voulaient vérifier si je ne cachais rien. Que pouvais-je cacher par exemple ? L’officier du commissariat du 2e arrondissement a demandé à ce que deux agents des RG restent dans la salle au moment de la fouille en nu intégral. Ils étaient douze.

Ils m’ont mis les menottes au moment de me conduire du commissariat du 2e arrondissement vers le commissariat central. On m’a mis les menottes avec force. Ils cherchaient à me faire mal en serrant au maximum les menottes.

Comment avez-vous été reçu au commissariat central ?

Je dois dire qu’au niveau du commissariat central, la police judiciaire a fait son travail d’une manière réglementaire. Mais, ils m’ont obligé leur donner mon smartphone pour une fouille approfondie. Ils ont relu tous mes messages sur Messenger et vérifié ma liste de contacts. Ils m’ont posé des questions sur les personnes avec qui je discute sur Facebook et voulaient vérifier l’identité de chacun, savoir si je tenais des conversations avec des étrangers. Je leur ai alors dit qu’il est tout de même compliqué de faire un interrogatoire à un citoyen qui n’a rien à se reprocher.

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