
Dans cette tribune adressée à TSA, Azzedine Gaci, recteur de la mosquée de Villeurbanne en France, juge urgent de mettre fin au désordre des fatwas en Algérie et la mise en place d’une loi pour éviter les dérives.
Une urgence nationale
Tribune. En Algérie, la prolifération des fatwas est devenue une source de confusion et de division. Entre radicalisation, affairisme et dérives numériques, ces avis religieux, émis sans contrôle ni légitimité, fragilisent l’unité nationale et menacent la stabilité du pays.
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Aujourd’hui, l’adoption d’une loi encadrant et réglementant l’émission des fatwas s’impose comme une nécessité urgente.
Quand la fatwa a légitimé la violence armée
La décennie noire des années 1990 trouve ses racines dans des fatwas jihadistes nées après la guerre d’Afghanistan. Des centaines de jeunes Algériens, partis combattre l’armée soviétique, revinrent radicalisés dans un pays miné par la crise sociale.
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Ce terreau donna naissance aux premiers groupes armés, puis au GIA, (groupe islamique armé), qui multiplia attentats, massacres et assassinats, plongeant l’Algérie dans la terreur. Derrière cette tragédie, des fatwas justifiant le jihad contre l’État.
De la guerre aux affaires
Dans les années 2000, les fatwas changent de registre. Avec la réconciliation nationale initiée par le président Abdelaziz Bouteflika (1999-2019) et l’envolée des prix du pétrole, d’anciens terroristes rejoignent la vie civile… sans renoncer à leur idéologie.
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Reconvertis dans le commerce, certains n’hésitent pas à produire des fatwas justifiant la corruption, considérée comme licite dans un État jugé « non islamique ».
La religion devient alors un alibi pour couvrir des pratiques affairistes.
La dérive numérique
Depuis 2020, une nouvelle génération d’influenceurs salafistes occupe l’espace numérique. Sur YouTube ou TikTok, ils multiplient vidéos et injonctions religieuses, ciblant particulièrement les femmes.
Obsédés par les notions de halal et de haram, ils érigent des interdits sans fondement solide. Résultat : une inflation de fatwas anarchiques et contradictoires qui alimentent la confusion et attisent les tensions sociales.
Pour un cadre légal et légitime
Il est urgent de mettre fin à ce désordre. L’émission des fatwas doit relever exclusivement du ministère des Affaires religieuses et des Waqfs et être confiée à une instance composée de savants qualifiés et reconnus.
Une loi claire, assortie de sanctions contre les manipulateurs, souvent financés de l’étranger, permettrait de restaurer la crédibilité du discours religieux et de protéger la société.
Un tournant décisif
L’évolution des fatwas en Algérie illustre l’histoire récente du pays : d’abord instrument de légitimation du jihad armé, puis outil d’enrichissement, elles sont désormais une arme idéologique entre les mains d’influenceurs sans formation.
L’adoption d’une loi encadrant strictement l’émission des fatwas constituerait un tournant historique. Elle contribuerait à apaiser le débat religieux, de restaurer la confiance dans les institutions et à offrir enfin aux Algériens ce qu’ils réclament : un islam apaisé, moderne et en phase avec les réalités de leur pays.
Azzedine Gaci est recteur de la mosquée Othmane de Villeurbanne en France
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