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Réforme des subventions : le gouvernement fait-il fausse route ?

Le collectif Nabni en est convaincu : le gouvernement algérien fait « fausse route » sur le dossier de la réforme des subventions. Il l’a expliqué, dimanche 25 mars, à un parterre de…

Réforme des subventions : le gouvernement fait-il fausse route ?
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Le collectif Nabni en est convaincu : le gouvernement algérien fait « fausse route » sur le dossier de la réforme des subventions. Il l’a expliqué, dimanche 25 mars, à un parterre de journalistes de la presse nationale réunis à Alger au siège de « Maghreb Émergent » en appelant à un débat national sur ce qu’il considère comme le principal « chantier de la décennie ».

Comme à leur habitude, les animateurs de Nabni ne se sont pas contentés d’émettre des doutes sur la démarche de l’Exécutif. Ils ont aussi exposé une feuille de route abondamment détaillée, chiffrée et argumentée sur ce que devrait être une véritable réforme progressive du système national de subventions.

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La principale nouveauté des propositions faites par Nabni repose sur la mise en place, dès 2019, d’une sorte de « Smic social » ciblant une large part de la population et destiné à compenser par étape l’augmentation des prix des produits subventionnés.

Les risques d’une stratégie dilatoire

Sur le dossier jugé ultra sensible des subventions, le gouvernement prend tout son temps. Il annonce prudemment – pour 2019 ou 2020 – le lancement, dans une wilaya pilote, du premier jalon d’un projet de transfert monétaire ciblé. Les responsables économiques expliquent depuis déjà plusieurs années qu’un système d’information et de ciblage adéquat doit être mis en place au préalable.

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Pour Nabni, cette option « porte le risque de retarder davantage cette réforme, sous prétexte que nous ne serions pas prêts ». Le think tank « met en garde sur le fait que cette temporisation sine die de la réforme des subventions nous expose au risque d’être plus tard obligés de la mettre en œuvre dans l’urgence, sur un échéancier plus serré et sous contrainte budgétaire sévère ».

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Ceci risque d’être le cas « si la crise budgétaire perdure et que les prix du pétrole ainsi que nos exportations d’hydrocarbures n’augmentent pas autant que nous l’espérons. Ceci aurait des conséquences sociales que nous devons prévenir ».

Les conférenciers de Nabni rappellent que plusieurs années ont déjà été perdues ajoutant que nous avons encore la possibilité de « lisser la hausse des prix subventionnés sur une période raisonnable ». Ils préviennent : « Retarder cette réforme ou la déployer trop lentement l’expose aussi au risque d’être encore interrompue par le cycle électoral qui s’approche ».

La réforme des subventions : pourquoi ?

Le texte d’une soixantaine de pages publié ce dimanche par les experts de Nabni documente largement l’importance des subventions dans les dépenses publiques. Il y est question de plus de 23 milliards de dollars par an (13% du PIB) dont plus 13 milliards rien que pour les subventions énergétiques. Un niveau de dépenses devenu « insoutenable » avec la chute des prix pétroliers, commente les conférenciers du think tank.

Ils rappellent aussi le cortège impressionnant de « distorsions économiques » véhiculé par un système subventions national qui tient lieu depuis des décennies de protection sociale universelle pour les Algériens de toutes les couches sociales. Au premier rang figure la surconsommation et le gaspillage des ressources énergétiques qui menace déjà notre capacité à faire face à nos engagements à l’exportation et annonce une disparition précoce du surplus exportable. Sans oublier les détournements divers dont font l’objet les produits alimentaires subventionnés et la contrebande aux frontières. La liste est loin d’être exhaustive.

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Les subventions, ou comment en sortir ?

Pour Nabni, il ne s’agit « naturellement pas d’éliminer immédiatement toutes ces subventions sans discernement ». La priorité est clairement « d’augmenter les prix du carburant et de l’électricité et, dans une moindre mesure, celui du gaz ».

Ce sont surtout les carburants qui sont dans le viseur des experts algériens : « Le prix du litre d’essence en Algérie est parmi les plus bas du monde. À 42 DA le litre il est 30% plus cher au Nigéria ; 50% plus cher en Arabie saoudite et en Malaisie ; deux fois plus cher en Tunisie et en Russie (grand pays producteur), 3,3 fois plus cher au Maroc et 4 fois plus cher en Turquie. La comparaison avec les pays voisins est importante, car y sont écoulées d’énormes quantités de carburant algérien via la contrebande.

Le texte de Nabni suggère que « le prix du carburant pourrait au moins doubler pour se rapprocher progressivement du prix du litre d’essence en Tunisie. À ce niveau-là, il se situerait au niveau d’autres pays producteurs d’hydrocarbures, comme la Russie, l’Indonésie, les États-Unis ou la Malaisie. La différence de prix avec la Tunisie serait en outre suffisamment faible pour réduire le trafic aux frontières ».

Les conférenciers de Nabni estimaient hier qu’un tel objectif pourrait être atteint « en 5 ans , peut-être 4 »…

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Une critique radicale des options du gouvernement

La grande nouveauté de la dernière contribution de Nabni réside dans le système de compensation proposé. Bien que le texte du think tank se réjouisse très diplomatiquement « de l’annonce faite par le gouvernement d’opter pour un programme de transferts monétaires directs pour réorienter le système actuel de subventions vers les plus nécessiteux », la critique des options retenues par l’Exécutif dans ce domaine est en réalité radicale.

« Le modèle annoncé par le gouvernement s’inspire d’expériences internationales de transferts monétaires directs qui sont totalement inadaptées à note contexte. Un système basé sur la sélection administrative au niveau local va inévitablement exclure un grand nombre de citoyens et de ménages pauvres qui auront le plus besoin de transferts monétaires compensatoires. De plus, ces programmes couvrent des parts faibles de la population (souvent moins de 10 ou 20%), alors que nous devons mettre en place un système de transferts qui compense beaucoup plus de citoyens ; au minimum les 40% les plus pauvres ».

La menace qui se profile est évoquée à demi-mots. Un système potentiellement générateur de frustrations et d’émeutes à l’image de la distribution des logements sociaux.

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Un « smic social » à 12 000 dinars

La solution proposée par Nabni est aux antipodes des pratiques classiques en Algérie. Il est question de mettre en place «  un système entièrement déclaratif (initialement), sans exclusion administrative à son lancement. D’où la possibilité de le généraliser rapidement, sans risque d’exclusion, au prix de devoir y inclure initialement bien plus que les 40% les plus pauvres qui constituent la tranche de population dont le pouvoir d’achat devrait être protégé de manière prioritaire ».

Le coût d’un tel dispositif, à mettre en place progressivement dès 2019, ne serait pas en réalité faramineux : à peine un peu plus de 3% du PIB à son apogée au bout de 3 années .Soit beaucoup moins que les montants potentiellement récupérables sur les subventions aux seuls carburants qui pourraient atteindre jusqu’à 5 ou 6% du PIB au cours de la même période.

Pour fixer les idées et en simplifiant beaucoup un document très touffu et très élaboré, il s’agirait, dans une sorte de scénario central, d’attribuer en plusieurs étapes une allocation d’un montant de l’ordre de 12 000 dinars par mois à chaque ménage algérien disposant d’un revenu déclaré de moins de 60 000 dinars mensuels.

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