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À Toulouse, l’imam algérien Mohamed Tataï met en colère le préfet, le Crif et la mosquée de Paris

À Toulouse, l’imam algérien Mohamed Tataï met en colère le préfet, le Crif et la mosquée de Paris

Son nom aurait pu rester inconu en dehors du cercle de ses fidèles. Mais l’imam algérien Mohamed Tataï qui officie dans une mosquée de Toulouse fait l’actualité depuis quelques jours. Dans la ville rose qui reste traumatisée par les attentats de Mohamed Merah en 2012, le religieux se retrouve pris dans le piège d’un de ses prêches plusieurs mois après l’avoir prononcé. Il expliquait un hadith attribué au compagnon du Prophète (QSSL) Abou Horeira et où il est question de la bataille finale, avant le jugement dernier, où “les musulmans doivent battre les juifs”.

Les propos diffusés par la chaine Memri TV n’ont pas échappé aux représentants de la communauté juive. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a condamné “avec la plus grande fermeté les appels à la haine prononcés par l’imam de Toulouse Mohamed Tatai”. Alerté, le préfet a saisi le parquet qui a ouvert une enquête pour “des faits susceptibles de constituer une incitation à la haine” des juifs.

Dans un premier temps, l’imam est soutenu par le recteur de la Grande mosquée de Paris Dalil Boubakeur qui le recoit. À Alger, le ministre des Affaires religieuses Mohamed Aïssa le défend aussi contre ce qu’il appelle des”accusations mensongères”. “L’imam Mohamed Tataï est le fils d’une famille d’oulémas (théologiens) (…) il est inconcevable qu’il commette le péché de souiller les lois ou valeurs du pays dans lequel il travaille”, a déclaré Mohamed Aïssa, inspiré peut-être par Dalil Boubakeur. Surprise : le recteur opère un revirement en exprimant sa “condamnation ferme et sans équivoque” du prêche controversé.

Plus que l’imam, c’est Abou Horeira lui-même qui est désavoué par le recteur. “Nous condamnons très fermement ses propos relatifs à un hadith rapporté par un auteur traditionaliste”, rejeté par la dynastie de califes des Omeyyades au VIIe siècle, et qui n’aurait pas dû “être exhumé de son oubli”, écrit M. Boubakeur.

De son côté, l’imam publie le 14 juillet un long communiqué où il se livre à une étude de texte de son prêche. Il dénonce “un procès injuste contre un récit prophétique sacré, ayant le plus haut degré d’authenticité”. Abou Horeïra divise donc Tataï et Boubakeur.

Pour se mettre à l’abri de toute suspicion, le recteur affirme que l’imam n’est pas affilié à son institution. Ce qui est une vérité partielle.

Mohamed Tataï a fait partie dans les années 80 d’un cortège d’imams envoyés par l’Algérie en France. Avec l’ascension de l’islamisme, il a rallié les thèses du FIS. Ce qui lui vaut d’être rappelé en Algérie. Mais à l’instar de nombre de ses pairs, il retrouve la France où il officie dans une salle de prière gérée par une association. Il y a une quinzaine d’années, il négocie avec la municipalité la construction d’une mosquée. Dalil Boubakeur se joint à lui pour rencontrer le maire de l’époque Philippe Douste-Blazy. La Grande mosquée de Paris contribue au financement de la mosquée d’Empalot à Toulouse. Des représentants de Dalil Boubakeur se sont même rendus à son inauguration le 24 juin dernier.

Ceci sans compter que l’imam s’est présenté aux élections du CFCM sous les couleurs de la Grande mosquée. Alors que se prépare une réorganisation de l’islam de France voulue par le président Emmanuel Macron, son compagnonnage se révèle désormais encombrant.

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