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Avoir 20 ans sous Bouteflika : témoignages d’étudiants qui manifestent contre le 5e mandat

Avoir 20 ans sous Bouteflika : témoignages d’étudiants qui manifestent contre le 5e mandat

Les étudiants de différentes universités d’Alger ont une nouvelle fois battu le pavé ce mardi 05 mars. Ils se sont donné comme point de ralliement la Place Maurice Audin. Ils étaient des milliers à brandir des slogans hostiles au pouvoir et à protester contre le 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika.

Ces étudiants ont un point en commun : en majorité, ils n’ont connu que Bouteflika comme président. « Je suis née en 1999, je n’ai connu comme président que Abdelaziz Bouteflika. Aujourd’hui, nous voulons tourner la page », s’écrie une étudiante en biologie à l’USTHB. Très remontée, elle déplore le peu de considération affiché envers les étudiants et donc les élites de demain. « Les conditions de vie des étudiants sont des plus déplorables. Imaginez une université comme l’USTHB, avec ses 40.000 étudiants, ne dispose même pas de toilettes décentes. Beaucoup de nos camarades ne survivent que de leur bourse universitaire, comment vont-ils faire surtout si leurs parents sont pauvres ? », poursuit-elle.

Lors des manifestations, beaucoup d’étudiants crient à la hogra et à la mise au ban des compétences. « Beaucoup de postes d’emplois sont occupés par des sans niveau alors que les diplômés sont réduits au chômage ? », poursuit l’universitaire. Sa camarade, également étudiante en biologie, abonde dans le même sens, évoquant un « avenir incertain ».   Elle lance : « Il n’y a pas d’avenir chez nous. Les tenants du systèmes envoient leurs enfants étudier à l’étranger tout en leur assurant des débouchés, alors que nous sommes, nous, condamnés à la précarité ».

Une autre étudiante se veut plus politique dans sa revendication. « Où est le président, moi je ne le vois pas ? » peut-on lire sur sa banderole. « Ce n’est pas une question de 5e mandat seulement, le système en entier doit partir », suggère-t-elle tout en proclamant : « Nous voulons qu’on nous donne notre chance, nous sommes tout de même une élite ! ».

Interrogée sur la lettre lue par Abdelghani Zaâlane, le directeur de campagne du président-candidat, lors du dépôt du dossier de candidature, un autre étudiant en informatique à l’USTHB n’y voit qu’une tentative de la part du « système de piller encore les richesses pour ensuite s’en aller ». « Pour qui nous prennent-ils ? Le président est inconscient de ce qui se passe, d’autres gouvernent à sa place », lance son camarade de chambre. « Il y a trop de corruption, les tenants du système pensent que nous sommes dupes », assène-t-il.

Il y a lieu de noter que les étudiants ont magnifiquement mené leur manifestation dans le calme sans toucher aux commerces dont certains sont restés ouverts. Signe que les étudiants ont atteint un degré de maturité et d’organisation irréprochables.  On note également que les étudiants redoublent à chaque fois d’imagination dans la conception et la rédaction des slogans et même dans différentes langues.

[Photo à Place Audin : Imane Aouimeur – TSA]

[Photo à Place Audin : Imane Aouimeur – TSA]

« They buried us, but they dit not know that we were seeds (Ils nous ont enterrés mais ils ne savaient pas que nous étions des graines) », peut-on lire sur une banderole portée par une étudiante en langue anglaise. « Quand m’appelle le devoir je réponds présent. Que la paix t’enveloppe ma douce Algérie », lit-on en italien sur une pancarte portée par un étudiant, marquant ainsi un attachement indéfectible à la patrie. Un autre étudiant a, lui, emprunté un célèbre refrain d’une chanson de Bob Marley avec une légère modification pour coller à l’actualité algérienne : « No Boutef No cry». « Summer is coming, libérez Club des Pins », demande instamment un autre étudiant.

[Photo à Place Audin : Imane Aouimeur – TSA]

À noter que les étudiants de l’université de sciences de Technologie Houari Boumediene ont décidé d’un arrêt des cours entamé hier 4 mars et jusqu’au 8 mars en signe de protestation contre le 5e mandat et pour exiger le départ du « système ».

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