
Après la fin des moissons au sud, l’Algérie, qui s’attend à une récolte historique de 5 millions de tonnes de céréales, redéploie son dispositif. Les services agricoles annoncent que les wilayas du nord poursuivent la redistribution des moissonneuses-batteuses, à mesure que de nouvelles machines arrivent en provenance des wilayas du sud ou fournies par la société Agrodrive.
La mobilisation est générale face à ce qui apparaît comme une récolte exceptionnelle de céréales cette année en Algérie. Les demandes en engins de récolte ne cessent d’affluer. Le risque de pertes est d’autant plus grand qu’à l’égrenage naturel s’ajoutent les risques d’incendies et les orages.
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Sur les réseaux sociaux, à Batna, des professionnels mettent en ligne les dégâts causés par ces orages au niveau des champs de blé non encore moissonnés où de nombreux épis jonchent le sol.
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Les orages ont été importants à l’est du pays comme à Tébessa où les rues de la ville ont été inondées durant quelques heures. À Djelfa, des crues soudaines ont emporté des moutons retrouvés par la suite sans vie.
Récolte de céréales en Algérie : une mobilisation sans précédent
Face à la demande en engins de récolte, les grands moyens sont engagés. Le 29 juin dernier, le ministère de l’Agriculture du Développement rural et de la Pêche a annoncé la mise en place d’une plateforme numérique Hassad.dz dédiée à « la demande de moissonneuses-batteuses et la mobilisation d’un nombre supplémentaire de ces équipements ».
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À cette occasion le ministère a rappelé dans un communiqué la « mobilisation de plus de 1300 moissonneuses-batteuses par l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) et la société AgroDrive ».
Ces jours-ci on a pu voir à Sidi Bel Abbès, AgroDrive mettre à la disposition des agriculteurs de nouvelles moissonneuses-batteuses à bac de type Verato.
Le ministère a également décidé « d’autoriser les agriculteurs ne disposant pas de la carte d’agriculteur à livrer leurs récoltes aux Coopératives des céréales et des légumes secs (CCLS), sur simple déclaration de leur production via la plateforme hassad.dz, ou auprès des chefs des subdivisions agricoles les plus proches ».
De même qu’a été annoncé « l’ouverture de centres de stockage et de réception des récoltes tout au long de la semaine, y compris les jours de repos hebdomadaires ainsi que durant les fêtes nationales et religieuses, avec un prolongement des heures de travail ».
Le ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports est également mobilisé. Le ministre Saïd Sayoud a présidé le 1er juillet une réunion par visioconférence avec les walis « au cours de laquelle il a donné des instructions pour prendre toutes les mesures nécessaires en vue d’assurer le bon déroulement de la campagne », est-il indiqué dans un communiqué.
Le ministre a rappelé que « l’objectif de collecte de plus de 50 millions de quintaux de céréales (5 millions de tonnes) exige une mobilisation générale et un engagement effectif de tous les intervenants, sous la supervision directe des walis, afin de garantir une coordination rigoureuse et une prise en charge immédiate de l’ensemble des préoccupations sur le terrain ».
Avec cinq millions de tonnes en 2025-2026, la récolte algérienne de céréales devrait fortement augmenter de 66 % par rapport à la campagne 2024-2025 ( 3 millions de tonnes).
Location de matériel entre privés
Outre le matériel des CCLS, la solidarité entre agriculteurs s’organise. À l’intérieur du pays, au niveau de l’exploitation Baroudi, la récolte est bien avancée.
Deux moissonneuses-batteuses à bac récoltent une parcelle de blé aux épis nombreux. Dès leur trémie pleine, elles la déversent dans la remorque d’un camion à deux essieux qui attend en bout de champ. À l’arrière, un tracteur tirant une ramasseuse-presse débite à un rythme soutenu des bottes de paille. L’ensemble est suivi d’un tracteur attelé à une citerne d’eau pour faire face à d’éventuels incendies. On est loin de l’improvisation, tout indique un réel professionnalisme.
L’agriculteur Abdelli Mohamed témoigne de l’avancée des moissons. Il souligne l’aide apportée par les pouvoirs publics en matière de semences, engrais et machines. Il indique disposer de 4 moissonneuses-batteuses dont 2 sont louées à un agriculteur voisin. Il espère terminer la moisson d’ici 3 jours et déplacer le matériel au niveau d’autres exploitations.
Le chauffeur d’un engin de récolte dit travailler depuis 4 ans chez cet agriculteur et témoigne de l’organisation du chantier : « Le matin on refait le plein de carburant et d’huile, on graisse, on procède aux réglages puis à 10 h 30 on commence à moissonner ».
Le blé a en effet besoin d’un faible taux d’humidité pour que les engins puissent récolter.
CCLS, des moissonneuses-batteuses à sac inutilisées
Dans les CCLS les moissonneuses-batteuses à bac ne chôment pas. À raison d’une location de 6.000 DA/hectare contre 6 500 à 7 300 DA chez le privé, la demande est forte. À peine la récolte finie chez un agriculteur, les engins sont demandés par un autre.
De façon paradoxale, avec un tarif de location de 4 000 DA par hectare, les moissonneuses-batteuses à sac ne trouvent pas toujours preneur et certaines restent parfois non utilisées au niveau du parc des CCLS.
En cause, le coût de la main d’œuvre et la pénibilité du travail avec les fortes chaleurs. En plus du chauffeur, ces engins nécessitent une personne sur la plate-forme de l’engin pour gérer le remplissage des sacs. Il s’agit d’ajuster les sacs au niveau des 3 sorties de grains prévues à cet effet et de les fermer avec de la ficelle une fois pleins puis de les faire glisser au sol le long d’une glissière métallique.
Les sacs se retrouvent alors éparpillés dans le champ et doivent ensuite être récupérés par un minimum de 3 personnes : le chauffeur d’un tracteur tirant une remorque et 2 ouvriers qui se saisissent des sacs de 50 kg et les hissent sur la remorque. À raison de 5 salaires journaliers à verser, le calcul est vite fait par l’agriculteur.
Dans les wilayas situées au nord, des agriculteurs témoignent que des CCLS louent seulement des moissonneuses-batteuses mais sans les camions pour amener les grains jusqu’aux silos. L’agriculteur doit alors louer un camion ou utiliser des remorques agricoles de faible capacité à un seul essieu et sans relevage hydraulique. L’essor récent de la récolte en vrac n’a pas encore été accompagné par la construction de remorques à 2 essieux et à relevage hydraulique.
Au sud, face aux distances entre les champs sous pivot et les centres de collecte, le représentant du Conseil national de la filière céréales a récemment proposé que les gros investisseurs puissent réaliser un stockage provisoire à la ferme. Tous les agriculteurs se félicitent de la directive du président Abdelmadjid Tebboune visant à la construction de centres de collecte des céréales.
Un bilan de fin de campagne permettra certainement de remédier aux dysfonctionnements qui accompagnent cette récolte exceptionnelle. Pour le moment le mot d’ordre est de mettre à l’abri le moindre grain de blé.