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Ces pays où la planche à billets a tourné au drame

Ces pays où la planche à billets a tourné au drame

Le gouvernement Ouyahia a décidé d’amender la loi sur la monnaie et le crédit afin d’introduire le financement non conventionnel au profit du Trésor public. Avec cette réforme, la Banque d’Algérie sera notamment autorisée « à prêter directement au Trésor public, afin de permettre à ce dernier de financer les déficits du budget de l’État et de financer la dette publique interne ».

En d’autres termes, la Banque d’Algérie va recourir au processus de création monétaire, connu également sous l’expression « faire tourner la planche à billets ». Naturellement, l’idée d’imprimer de l’argent pour couvrir les déficits a suscité l’inquiétude et les critiques de nombreux experts et économistes. Ces derniers ont principalement mis en garde contre le risque d’une inflation importante, voire même d’une hyperinflation, que risque de subir l’Algérie si la planche à billets venait à être actionnée sans contrepartie de création de richesses.

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En réponse aux critiques, le premier ministre Ahmed Ouyahia a affirmé que son gouvernement « ne va rien inventer » en faisant recours à la planche à billets. Effectivement, plusieurs pays ont eu recours au financement non conventionnel, l’assouplissement quantitatif ou tout autre terme désignant l’usage de la planche à billets. Des pays développés se trouvent dans la liste, parmi lesquels les États-Unis qui n’ont pas eu à subir de conséquences néfastes de son usage. Ces pays néanmoins sont créateurs de richesses, ce qui n’est pas le cas de l’Algérie, où le gouvernement veut utiliser le financement non conventionnel. Il faut donc chercher une analogie auprès d’autres pays.

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L’exemple du Venezuela 

L’exemple le plus récent et le plus proche de la situation algérienne est le Venezuela, dont l’économie s’est effondrée en même temps qu’une grave crise politique s’est installée. Le Venezuela, comme l’Algérie, tire l’écrasante majorité (96%) de ses ressources de l’exportation du pétrole. La chute drastique des cours du pétrole en 2014 a eu comme résultat de voir le gouvernement du président vénézuélien Nicolas Maduro instruire la banque centrale vénézuélienne de faire tourner la planche à billets.

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Conséquence : la valeur du bolivar, monnaie officielle du pays, s’effondre au marché parallèle. Alors que 20 dollars américains valaient 629 bolivars en 2013, ce même montant valait 1521 bolivars en 2014, puis 13.648 en 2015 et 20.216 bolivars en 2016. Le bolivar s’effondre encore plus en 2017, puisqu’il faut cette année 195.755 bolivars pour 20 dollars.

Malgré la chute de la valeur du bolivar, l’État vénézuélien continue de maintenir le taux de change officiel artificiellement bas, à raison de dix bolivars pour un dollar américain. L’écart très important entre le marché officiel et parallèle a permis l’émergence de la « bolibourgeoisie », des affairistes proches du pouvoir ayant accès aux réserves de change qui profitent pour surfacturer les importations afin de les revendre au marché noir à un taux avantageux. Entre temps, les pénuries alimentaires et de médicaments sont devenues parties intégrantes du quotidien des vénézuéliens.

Zimbabwe : des brouettes remplies de billets pour une baguette

L’autre exemple de la tournure dramatique de l’usage de la planche à billets par un pays provient du Zimbabwe, pays du sud-est de l’Afrique, lui également riche en ressources naturelles. Robert Mugabe, 93 ans aujourd’hui, règne sur le Zimbabwe depuis 37 ans dans ce qui semble être à ne plus douter une présidence à vie. Dès l’an 2000, Mugabe a fait tourner sans interruption la planche à billets dans l’optique d’endiguer une grave crise économique qu’il a lui-même enclenchée en confisquant les terres agricoles des propriétaires blancs pour les donner aux proches du pouvoir, pour la plupart sans aucune expérience dans le domaine. Cela a eu pour conséquence la chute drastique des exportations.

L’abus de la planche à billets a causé la perte totale de la confiance de la population en le dollar zimbabwéen, menant à une hyperinflation aux proportions historiques. Le pic est atteint en 2008 avec une inflation estimée à 500 milliards de pourcent. Des brouettes remplies de billets de banque de centaines de milliards de dollars zimbabwéens étaient alors nécessaires pour acheter ne serait-ce qu’une baguette de pain.

Dans un pays où 80% de l’économie est informelle, les zimbabwéens ont alors d’eux-mêmes arrêté d’utiliser leur monnaie nationale, privilégiant le dollar américain ou le rand, monnaie du voisin sud-africain. Constatant l’échec absolu de leur politique, le gouvernement du Zimbabwe autorise en 2009 l’utilisation officielle de devises étrangères, et finit par démonétiser, c’est-à-dire tuer, sa monnaie en 2015.

La banque centrale du Zimbabwe propose alors de racheter aux citoyens leurs dollars zimbabwéens restants à un hallucinant taux de 1 dollar américain pour 250 millions de milliards de dollars zimbabwéens. Si le taux d’inflation s’est calmé depuis la fin du dollar zimbabwéen, la crise économique est quant à elle durable au Zimbabwe. Si elle continue d’affecter les couches les plus fragiles, la caste proche du pouvoir continue à vivre dans le luxe et l’aisance. À 93 ans, Robert Mugabe demeure en effet toujours au pouvoir jusqu’à ce jour.

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