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Comment la Banque d’Algérie veut moderniser le marché interbancaire des changes

C’est sans doute la conséquence de l’accession pour la première fois d’un ex- banquier commercial, Mohamed Loukal, dont la plus grande partie de la carrière s’est déroulée au sein de la BEA, au poste de Gouverneur de la Banque d’Algérie. À partir du 2 janvier prochain, les banques publiques et privées seront appelées à jouer un rôle plus actif dans la gestion des ressources en devises nationales.

L’instruction de la Banque d’Algérie du 26 novembre 2017 qui définit « l’organisation et le fonctionnement du marché interbancaire des changes, les opérations de change au comptant, les opérations de change à terme de couverture du risque de change et les opérations de trésorerie devise » va ainsi réformer une réglementation qui datait de 1995 et suscitait de nombreuses critiques.

Parmi les mesures contenues dans cette nouvelle instruction figure une ancienne connaissance évoquée à plusieurs reprises au cours des dernières années par les responsables de la Banque d’Algérie. Il s’agit du marché à terme des devises.

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Une vieille revendication des opérateurs

La création d’un marché à terme de la devise est une revendication déjà ancienne des opérateurs économiques algériens et des associations patronales. Le change à terme permet de fixer aujourd’hui un cours d’achat ou de vente de devises pour une échéance future. L’importateur, pour se couvrir contre le risque de change lié à l’appréciation éventuelle d’une devise, achète à terme les devises correspondant au montant de sa transaction. Il connaît ainsi avec précision le montant en monnaie nationale qu’il devra payer.

L’impact attendu de cet instrument est la réduction des pertes de change que subissent tous les jours les importateurs en Algérie (des pertes considérables rapportées aux 45 milliards de dollars annuel du commerce extérieur de marchandises prévus cette année et aux fluctuations du dinar).

Le futur marché à terme de la devise avait expliqué voici quelques mois Mohamed Loukal « constitue un jalon important dans l’amélioration du climat des affaires en permettant aux opérateurs économiques et investisseurs d’avoir ”une meilleure lisibilité et visibilité” quant à la maîtrise des coûts et risques liés aux transactions internationales, durant toutes les étapes de leur réalisation. »

Les produits de la revente en l’état exclus du dispositif

À la fin de l’année dernière, il avait également  souligné qu’il « permettra aux exportateurs d’avoir une meilleure visibilité en maîtrisant leurs coûts et aux importateurs de biens d’équipement et de demi-produits de se prémunir  contre une éventuelle dépréciation du dinar ».

Cette formulation semblait déjà indiquer que seules les importations destinées à l’approvisionnement de l’appareil de production seront concernées par le nouveau dispositif . C’est ce que vient de confirmer la nouvelle réglementation : les banques  « sont autorisées à effectuer, pour leur propre compte ou pour le compte de leur clientèle, des opérations d’achat et de vente à terme de devises contre dinar. Ces opérations portent exclusivement sur la couverture du risque de change au titre des opérations réalisées avec l’étranger. Il s’agit des opérations liées à l’importation d’intrants, de biens d’équipement et du perfectionnement actif et à l’exportation de biens ».

Les opérations d’importation liées à la revente en l’état ne sont donc pas éligibles à ce nouveau dispositif.

Les banques commerciales sont invitées à calculer le cours de change à terme des devises contre dinar, appliqué aux opérations à terme avec leur clientèle, « en tenant compte du différentiel de taux d’intérêt devise/dinar et du taux de change au comptant prévalant lors de la mise en place du contrat entre les deux parties ».

Les achats et les ventes à terme ne peuvent s’effectuer qu’à partir de la date de domiciliation des opérations de commerce extérieur. Le délai de couverture va de trois jours à maximum douze mois, selon le texte.

Plus de 3 milliards de dollars dans les comptes devises

Avec l’introduction de ce nouveau type de transactions, les banques commerciales vont avoir besoin de ressources en devises supplémentaires. C’est la raison pour laquelle, au chapitre de la réglementation des opérations de trésorerie en devises, la nouvelle réglementation introduit une autre grande nouveauté : « les ressources en comptes devises de la clientèle sont laissées à la disposition des banques et intermédiaires agréés ». Toutefoisles banques sont tenues de laisser « au moins 30 % de l’encours total des comptes en devises de leur clientèle en compte courant auprès de la Banque d’Algérie  ».

Actuellement, les banques commerciales algériennes n’ont pas le droit d’utiliser les ressources des comptes devises de leur clientèle qui étaient mises intégralement à la disposition de la Banque d’Algérie « moyennant une rémunération symbolique de 0,25 % qui ne couvrait même pas les frais de gestion », selon une source bancaire.

Cette réglementation qui faisait des banques commerciales, des intermédiaires complètement passifs en matière de gestion de leur ressources en devises, était très critiquée depuis de nombreuses années et rendue notamment responsable du manque de dynamisme des banques algériennes dans le domaine de la collecte de l’épargne en devise des particuliers, dont le montant dans les comptes des banques algériennes se situe actuellement à un niveau supérieur à 3 milliards de dollars  .

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