
Les nouvelles plantations de figuiers surgissent un peu partout au pied du mont Takintoucht, qui surplombe, du haut de ses 1.600 mètres d’altitude, la région de Bousselam. Cette commune, située à près de 80 kilomètres au Nord-Ouest de Sétif, est réputée depuis toujours pour la qualité de ses figues sèches.
De nombreux habitants de cette région ont investi dans cette filière. Ils ont mis en valeur des parcelles de terrains accidentées, jusqu’ici réservées comme pâturages pour les chèvres.
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Ruée vers le figuier
Cette ruée vers le figuier s’explique par la hausse que connaissent, depuis plusieurs années déjà, les prix de ce produit de terroir. À Aïn Dokar, chef-lieu de la commune de Bousselam, Bilel Izri profite des premiers rayons du soleil de cette fraîche matinée de fin octobre.
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Il attend calmement, devant son local, l’arrivée des derniers producteurs qui n’ont pas encore vendu leurs figues. Le commerçant saisonnier, également agriculteur, achète la figue de la variété « Taâmriwt » à un prix allant de 1.700 à 2.000 dinars le kilogramme. Mais il peut offrir jusqu’à 2.300 DA pour les figues de qualité supérieure, appelées « toufrinte » par les villageois, ce qui signifie celle qui a été soigneusement sélectionnée.
Il propose pour le 2ᵉ choix de « Taâmriwt » un prix qui tourne autour de 1.100 DA le kilogramme. Les prix dégringolent jusqu’à 700 dinars pour « Taâoulit », à savoir les figues de moindre qualité. « Takherboucht », qui regroupe les figues des différentes variétés représentant des défauts, il l’achète à 300 dinars le kilogramme. Le grossiste, qui cumule une douzaine d’années d’expérience dans ce commerce, dit se contenter d’un bénéfice de 100 à 200 dinars par kilogramme.
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Supporter les charges et faire preuve de générosité
Certains producteurs estiment que les prix pratiqués par les grossistes ne sont pas forcément « justes ». C’est le cas de Yahia Aouchice qui exige 2.300 dinars le kg, pour sa « taâmriwt ». Le producteur, également fonctionnaire à l’APC, récolte quelque 10 quintaux par an, dont près de la moitié est considérée comme de bonne qualité.
« Certains pensent que nous exagérons parce qu’ils ignorent tout des charges et de la pénibilité du travail qui pèsent sur nous », confie-t-il à TSA. L’homme, qui exploite une centaine de figuiers, dit dépenser pas moins de 250.000 dinars rien que pour la caprification qu’il effectue jusqu’à quatre fois en une seule saison. Cela, sans compter le tracteur qu’il loue à 3.000 dinars l’heure et l’ouvrier agricole payé à 3.000 dinars la journée.
Le figuier, une source de revenus pour de nombreuses familles
Et ce n’est pas tout. « On mobilise toute la famille, y compris les femmes et les enfants, lors de la collecte et du séchage des figues », explique-t-il. Selon lui, « le figuier constitue un soutien indispensable pour de nombreuses familles de la région et dont le revenu leur permet d’engager des travaux de construction, de marier leurs enfants ou d’acheter un véhicule… ».
Le quadragénaire, accompagné de ses deux garçons, renchérit : « Mais le figuier exige des soins et ne donne pas pour celui qui l’abandonne. » Il laisse entendre qu’il faut aussi se montrer généreux : « Les figues fraîches, on ne les vend jamais. On les offre gracieusement. Quiconque n’a pas de figuiers peut venir manger sans aucun problème ».
Un avis partagé par Said Mokrane, un jeune agriculteur qui exploite avec ses frères un champ de plusieurs centaines de vieux figuiers. Le rendement de ses arbres vieillissants est en baisse, faute de soins et de caprification.
« Nous avons récolté cette année quelque 30 quintaux alors qu’on aurait pu avoir au minimum 40 quintaux », dit-il. « Le figuier est un arbre qui exige des soins. Les travaux de labour, de taille et de caprification que nous avons effectués n’étaient pas à la hauteur », reconnaît le jeune agriculteur, en expliquant la baisse du rendement de son exploitation.
Entre « qualité prémium » et « Concurrence déloyale »
Dans les commerces de Bousselam, la figue sèche est présente partout, y compris auprès de certains buralistes. Dans une épicerie de Aïn Dokkar, un sachet de 800 grammes de belles figues rouges, conditionné par la société locale « Olefig », est proposé à 2.000 dinars. Le produit porte l’indication « Qualité prémium » avec la mention « Bousselam » et « Product of Algeria ».
Mais au-delà de la marque « Olefig » connue dans la région, l’extension des surfaces de figuiers, à Bousselam, Bouandas et Tala Ifassen, a entraîné une prolifération des ateliers de conditionnement, dont le sérieux est parfois mis en doute.
« L’activité a été envahie par de nombreux fraudeurs qui mélangent les produits de tout genre. Ils achètent des figues de Tizi Ouzou, de Bouira et de l’Ouest du pays et les mélangent avec les figues de Bousselam. Cette pratique frauduleuse a porté préjudice à la réputation de nos figues », révèle Halim Bara, ancien gérant de la SARL Tino, spécialisée dans le conditionnement des produits de terroirs, qui a cessé ses activités en 2025.
« Durant la période allant de 2014 à 2022, nous commercialisons jusqu’à 70 tonnes par saison, mais la filière n’a pas tardé à attirer les fraudeurs qui mélangent toutes sortes de produits, avant de les vendre à des prix cassés », dénonce-t-il.
Selon lui, « les pratiques frauduleuses sont encouragées par l’ignorance des commerçants et des consommateurs qui favorisent le prix bas au détriment de la qualité ».
Quant aux perspectives d’exportation de la figue sèche d’Algérie, il estime que « dans les conditions actuelles, la figue locale arriverait trop chère sur le marché européen et elle ne pourrait pas concurrencer la figue turque ».
Pour y remédier, il préconise de s’inspirer de l’expérience du groupe Ifri dans l’oléiculture pour l’appliquer dans la culture de figuiers. « Il faut des investissements importants sur de grandes surfaces, pour harmoniser les méthodes de collecte et de séchage. Il faut introduire des séchoirs industriels et réaliser des unités de conditionnement modernes pour garantir de bonnes conditions de conservation du produit, avant d’aller sur les marchés extérieurs », développe-t-il.
Pour l’ancien gérant de la SARL Tino, le label Beni Maouche (qui englobe les figues produites dans 11 communes de la wilaya de Béjaïa et 10 communes de la wilaya de Sétif) devrait changer de nom, pour « adopter une appellation qui représenterait mieux cette vaste région des Babors ».