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Deux mois après le début de la révolte, le pays est pratiquement à l’arrêt

Deux mois après le début de la révolte, le pays est pratiquement à l’arrêt

Les Algériens qui marchent depuis plus de deux mois pour un changement de système maintiennent leur revendication d’une vraie transition non contrôlée par le pouvoir et celui-ci ne désespère pas, malgré l’ampleur des manifestations, d’imposer sa solution dans laquelle la rue et l’opposition soupçonnent une tentative de reproduire le système avec une légère mue mais sans véritable rupture.

Ce bras de fer qui s’éternise n’est pas sans conséquences. Certes le pacifisme de la contestation a permis de maintenir le fonctionnement des institutions et de la machine économique, mais sans plus. A ce rythme, le pouvoir risque d’avoir à gérer dans les prochains mois ou semaines de graves troubles sociaux qui viendront se greffer à une contestation politique déjà très forte.

Le gouvernement hérité de Bouteflika et rejeté par le peuple gère à peine les affaires courantes. Ses ministres sont littéralement pourchassés sur le terrain. Quotidiennement, il ne fait que parer à l’urgence avec des décisions sur des questions qui ne peuvent attendre, mais secondaires, comme celle annoncée cette semaine et portant retrait de certains produits de la liste des marchandises concernées par les fortes taxes douanière (DAPS).

Le chef de l’Etat, dépourvu des prérogatives du président de la République qu’il est censé remplacer, se limite à des limogeages et des désignations de hauts cadres de l’Etat, destinées plus à tenter de contenter les manifestants qu’à insuffler une nouvelle dynamique aux institutions et aux grandes entreprises publiques. Sur les grands dossiers qui engagent son avenir, le pays est pratiquement à l’arrêt. Il ne s’est jamais retrouvé à la merci des hydrocarbures comme il l’est en ces jours de révolte.

La seule bonne nouvelle dans cette situation d’incertitude, c’est justement l’embellie des prix du pétrole qui viennent de dépasser pour la première fois en 2019 la barre des 75 dollars le baril. Sinon, les réserves de change continuent leur inexorable érosion et on ne sait pas ce qu’il adviendra de la solution miracle de la planche à billets maintenant que ses deux initiateurs sont entre les mains de la justice.

Quand bien même les institutions actuelles feraient fi de leur illégitimité pour engager les grands chantiers de réforme et relancer l’investissement productif, elles buteront inéluctablement sur des résistances internes fortes et le scepticisme des partenaires étrangers du pays. On a vu par exemple comment une grande compagnie pétrolière mondiale a suspendu ses discussions avec Sonatrach sur un important projet de partenariat au tout début de la contestation.

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Déjà qu’ils ne se bousculaient pas lorsque le pays se targuait d’être un havre de stabilité dans la région, les investisseurs n’ont aucune raison de le faire maintenant que l’Algérie connait de fortes tension politiques et une grande incertitude sur son avenir immédiat. La vague d’arrestations d’investisseurs et d’hommes d’affaires est à mettre aussi dans la case de ces mesures prises pour calmer la rue et rien d’autre. Car sur le plan économique, ce n’est pas très porteur.

C’est même contre-productif quand on sait l’opacité qui entoure, du moins jusque-là, cette opération « mains propres ». Les investisseurs réfléchiront à deux fois avant de mettre un sou dans un projet en Algérie et beaucoup se demandent déjà quel sort attend les entreprises des hommes d’affaires emprisonnés. Des entreprises qui emploient, pour certaines, des milliers de travailleurs.

De leur côté, les banques n’accordent plus de crédits à l’économie, de crainte d’avoir à rendre des comptes. Les managers publics ne prennent plus de décision. La machine économique se grippe.

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