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Emmanuel Macron, « un ami de l’Algérie », élu président de la France

Emmanuel Macron, « un ami de l’Algérie », élu président de la France

ANALYSE. Emmanuel Macron, 39 ans, a été élu dimanche soir président de la République. Sans surprise, le candidat d’En Marche ! a remporté le second tour de l’élection présidentielle française face à la candidate du Front national Marine Le Pen. Emmanuel Macron obtient plus de 65% des suffrages exprimés, contre 35% pour Marine Le Pen, selon les premières estimations des instituts de sondage. En nombre de voix, Emmanuel Macron obtient plus de 21 millions de voix contre 10 millions pour sa rivale, le plus haut score jamais enregistré par l’extrême droite en France.

La victoire de l’ancien ministre de l’Économie de François Hollande n’est pas une surprise puisque tous les sondages le donnaient gagnant dès le soir du premier tour. L’écart entre les deux candidats et surtout le taux de participation étaient donc les vrais enjeux du scrutin de ce dimanche.

De l’ampleur de cet écart dépendait, en effet, sa capacité à constituer une majorité présidentielle et à gouverner. Le deuxième tour de cette élection restera aussi associé à un taux de participation historiquement bas, à 75%. Il faut remonter au scrutin de 1969 pour trouver une participation plus faible (69%) à un second tour.

Cette campagne inédite marquera aussi la fin d’un cycle politique. Elle aura vu le naufrage des formations politiques traditionnelles, et l’avènement de partis « anti-système », révélateurs de la grogne sociale du pays qui représentent presque la moitié de l’électorat. Si Marine Le Pen est parvenue à se qualifier au second tour avec 21,4%, « l’insoumis » Jean-Luc Mélenchon a obtenu 19,6% des voix au premier tour. En additionnant leurs voix avec les 4,9% de Nicolas Dupont-Aignan, un autre candidat hostile à l’Europe et à l’immigration (Il a soutenu Marine Le Pen au second tour), on atteint 46%.

Quant à François Hollande, qui voulait être un « président normal », il a battu tous les records d’impopularité. Le bilan de son quinquennat est médiocre : le chômage reste élevé, la croissance molle. Il a également dû faire face à un contexte sécuritaire extrêmement tendu avec une vague d’attentats inédite en 2015 et 2016. Le pays est toujours sous le régime de l’état d’urgence dix-huit mois après les attaques du 13 novembre.

Cette élection présidentielle aura aussi montré le visage d’une France qui a beaucoup changé. Contrairement à 2002, la présence de la fille de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle a suscité peu d’émoi, et aucun front républicain anti-FN ne s’est constitué.

C’est dans ce contexte qu’Emmanuel Macron doit maintenant déclencher une dynamique suffisante pour espérer constituer une majorité au Parlement en juin, et pouvoir gouverner ces cinq prochaines années. Certes, il a promis le renouvellement aux Français, et sa campagne s’est essentiellement jouée sur la mort du logiciel classique gauche-droite. Mais le nouveau Président fait désormais face à la réalité du pouvoir et doit composer avec les autres forces politiques, au risque de tomber dans le piège du recyclage politique qu’il a toujours dénoncé. D’ailleurs, l’ancien Premier ministre socialiste Manuel Valls devrait être investi sous l’étiquette En Marche ! aux élections législatives. Tout un symbole.

Le nouveau locataire de l’Élysée aura également pour mission de redynamiser la relation entre Paris et Alger, en perte de vitesse depuis plus d’un an après le fameux tweet de Manuel Valls. Plusieurs dossiers économiques restent bloqués entre les deux pays. Sa victoire face à Marine Le Pen est accueillie avec un ouf de soulagement par Alger où le ministre des Affaires étrangères l’a qualifié il y a quelques jours d’« ami de l’Algérie ».  « Emmanuel Macron est notre ami, c’est un ami de l’Algérie », avait réagi Ramtane Lamamra, avec un large sourire au lendemain du premier tour de la présidentielle française.

Emmanuel Macron est, en effet, le seul candidat à avoir pris position de façon aussi tranchée sur l’histoire coloniale de la France, quitte à susciter l’ire d’une grande partie de la classe politique française. Reste à savoir si cette « amitié » va transformer durablement les relations entre les deux pays et les faire sortir des turbulences régulières. Au soir du 6 mai 2012, François Hollande avait lui aussi suscité beaucoup d’espoir après les années Sarkozy. Avant de décevoir…

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