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Empêchement des activités artistiques : un nouveau mode de contestation ?

L’empêchement des activités artistiques est devenu un mode d’expression populaire par excellence. Jeunes et moins jeunes semblent dénoncer la mal vie par le refus de « danser » sous les tambours du ministère la Culture.

À Ouargla, c’est un emploi décent et de l’énergie gratuite durant les périodes des grandes chaleurs qui ont été derrière la compagne « Khalih ighani wahdou » (laisse-le chanter seul). Une compagne qui s’est propagée comme une traînée de poudre pour faire reculer les organisateurs d’autres festivités.

Ainsi, l’Office national des droits d’auteur (Onda) a tout simplement annulé les activités programmées les 2 et le 3 août prochains dans la ville d’El Oued. Kader Japonais, Cheba Zehouania et Cheb Bilal, qui étaient au programme, devront trouver d’autres occupations pour le week-end.

Ce nouveau moyen d’expression – aussi de pression – est également employé par des élus pour faire entendre leurs doléances. C’est le cas du maire de Bejaia qui a décidé d’annuler le festival de la chanson amazighe qui se tient annuellement, depuis une quinzaine d’années.

Le maire, qui est revenu sur l’annulation en parlant de report, a avancé un argument plutôt facile à comprendre : les 40 millions de dinars (4 milliards de centimes) alloués au festival de la chanson amazighe serviraient mieux à collecter les déchets qui jonchent les ruelles de la ville. C’est un peu la même logique à laquelle ont obéi les annulations d’Ouargla et de Béchar.

La culture, un luxe et… une dépravation

En somme, la culture est considérée comme un luxe qu’on ne peut s’offrir qu’après avoir vaincu le chômage, la chaleur, les ordures… Mais est-ce tout ?

Il faut rappeler que l’annulation des activités artistiques ne date pas d’aujourd’hui et n’avait pas toujours pour motif des revendications socio-économiques. Avant « laisse-le chanter seule », il y a eu « ne le laisse pas chanter ». Cela s’est passé en octobre 2017 quand le wali de Constantine s’est retrouvé contraint d’annuler un gala que devait animer Houari Manar. La raison ? Le chanteur en question est un habitué des cabarets. Le pire dans tout cela est peut-être le fait que des élus locaux et des artistes se soient joints à la compagne menée notamment sur les réseaux sociaux.

Quelques mois plus tard, en mai de l’année en cours, c’était au tour de la direction de la maison de la culture de la ville de Béjaïa d’annuler une soirée musicale. La raison ? La soirée allait être animée par des « chanteurs de cabarets », qu’on n’a pas hésité de traiter d’« impurs » et de « dépravés ».

Que les activités artistiques soient taxées d’inutilement budgétivores et – pis encore – de contraires aux valeurs risque bien d’élargir le désert culturel dont l’Algérie baigne depuis déjà longtemps.

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