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En l’absence de la classe politique, l’armée occupe la scène médiatique

En l’absence de la classe politique, l’armée occupe la scène médiatique

Ce n’est peut-être pas à tort que l’ANP récuse le qualificatif de « grande muette ». Parfois, elle sait se montrer plus loquace et plus présente sur la scène médiatique que des entités dont la vocation première est de communiquer.

Depuis le début de l’année, l’armée, par la voix de son chef d’état-major et d’autres canaux, parle, explique, dénonce et met en garde, au moment où, paradoxalement, les partis politiques, notamment ceux de la majorité, se murent dans le silence. La faute à l’illisibilité qui marque la situation politique à l’approche de l’élection présidentielle et, bien sûr, à Ali Ghediri.

Depuis que ce général-major à la retraite a demandé publiquement à Ahmed Gaid-Salah de s’impliquer dans le jeu politique, le ministère de la Défense n’en finit pas de crier son indignation.

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L’interview du général Ghediri à El Watan est parue le 25 décembre et la première réponse cinglante lui fut signifiée cinq jours après par le biais d’un communiqué au vitriol mis en ligne sur le site du MDN. S’ensuivra un éditorial de la revue El Djeich, l’organe central de l’armée, qui exprime les mêmes griefs dans une rhétorique tout aussi crue, avant que le chef d’état-major ne se charge lui-même, mardi 8 janvier, de remonter le caquet à cet ancien officier qui, parait-il, aurait eu le malheur de nourrir des « ambitions démesurées pas en rapport avec (ses) véritables capacités sur plus d’un plan ».

A Oran où il est en visite depuis quatre jours, Ahmed Gaïd Salah est revenu à la charge ce mercredi 9 janvier pour soulever « une question qui mérite réflexion et méditation », à savoir « pourquoi certains individus ne sont pas satisfaits, voire sont dérangés par la stabilité de l’Algérie ».

L’occasion aussi pour le chef de l’armée nationale de livrer un message politique important : « L’Algérie qui a donné au monde ce peuple fier de sa prestigieuse histoire nationale, est la même qui a donné au monde ce peuple attaché à l’esprit des lois qui le régissent, à savoir sa loi principale qu’est la Constitution. » Comprendre : Ceux qui attendent de lui un rôle autre que celui que lui trace la loi fondamentale du pays doivent repasser. Le message est d’une limpide clarté et maintes fois réitéré du reste.

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Sauf que cette forte présence médiatique dans un contexte pré-électoral et surtout ces charges répétées à l’égard d’un personnage qui a exprimé une opinion politique nette, soit son refus de voir le président en exercice rester en poste à l’issue de l’expiration de son mandat, sont de nature à frapper l’attitude de l’armée du sceau de la suspicion.

Le RCD estime même que tout cela ne travaille pas « à rassurer les citoyens sur la neutralité de l’armée vis-à-vis de tous les acteurs politiques ». L’argument du parti de Mohcine Belabbas est infaillible et il le puise de l’attitude même du MDN depuis le déclenchement de ce qu’on peut désormais appeler l’affaire Ghediri : « Autant l’interpellation adressée à un officier supérieur à la retraite surprend par sa célérité et sa fermeté, autant le silence qui a accompagné un autre officier proche du cercle présidentiel interpelle. »

L’allusion est à l’autre officier à la retraite, le colonel Larbi Chérif, tenu en principe lui aussi par le devoir de réserve mis en avant plus d’une fois par l’armée dans sa communication, mais qui s’est permis de proférer sur Ennahar TV de graves accusations à l’égard de l’ancien chef du DRS, désigné comme étant cette « main invisible » qui agiterait le général Ghedri. Le colonel Larbi Cherif n’a jamais été rappelé à l’ordre, du moins publiquement.

Ce genre de critiques et de conjectures était inévitable dès lors que l’armée a fait le choix d’investir l’arène du débat public. D’autant plus qu’elle le fait avec une confusion des genres qui n’a pas lieu d’être en présentant, dans les communiqués officiels rendant compte de ses activités, le général de corps d’armée Ahmed Gaid-Salah sous la double casquette de chef d’état-major et de vice-ministre de la Défense. Quand on s’adonne de façon démesurée à un exercice qui n’est pas sa vocation première, son cœur du métier, le risque de maladresse n’est jamais loin.

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