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Entretien avec Seddik Chiheb : « Le retour des harkis est une éventualité qui ne nous vient même pas à l’esprit »

Entretien avec Seddik Chiheb : « Le retour des harkis est une éventualité qui ne nous vient même pas à l’esprit »

ENTRETIEN. Seddik Chiheb est le porte-parole du RND. Dans cet entretien, il revient sur la polémique autour de la promotion de Tamazight, la contestation en Kabylie, la visite de Macron et le retour des harkis, etc.

Le RND et le FLN ont voté contre l’amendement proposé par le PT concernant la promotion de la langue amazigh. Pourquoi ?

Aujourd’hui, la constitution est très claire sur cette question. Elle dispose que l’État doit donner tous les moyens pour que Tamazight soit développée au même niveau que la langue arabe. Notre parti ne va jamais entraver la généralisation de notre langue. Mais nos députés ont rejeté cet amendement parce qu’il ne cadrait pas avec l’esprit du texte (loi de Finances 2018).

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Il y a une contestation populaire en Kabylie. Que pouvez-vous dire aux contestataires ?

Aux jeunes qui sont descendus hier, on peut leur assurer que la généralisation de la langue de nos ancêtres progresse bien. Par conséquent, nous devons tous veiller pour qu’elle soit à l’abri de la surenchère et d’une instrumentalisation à des fins politiciennes. Le Tamazight est consacré par la Constitution comme langue nationale et officielle. L’État fait tout ce qui est en son pouvoir pour qu’il soit au diapason avec la langue arabe.

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Accusez-vous le PT de surenchère ?

Au RND, nous n’accusons jamais un parti qui milite et active légalement. Mais la politique est faite de vérités et de contre-vérités, d’amalgames entretenus pour tel ou tel objectif. Et c’est de bonne guerre. Pour notre part, nous continuons à croire en Tamazight comme un élément fondamental de notre identité nationale.

Le FLN a noué des alliances contre le RND dans les APC et les APW. L’alliance présidentielle a-t-elle toujours un sens ?

Je pense qu’il faut faire la part des choses entre les différents niveaux d’alliances qui existent. Il faut faire le distinguo entre une alliance stratégique et des alliances locales. Au niveau de l’exécutif, nous nous sommes engagés avec le président et son programme. Nos partis travaillent très bien au sein du gouvernement et coordonnent bien au niveau du parlement.

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Comment deux partis politiques alliés peuvent-ils travailler très bien au sein de l’Exécutif quand l’un d’eux (FLN) noue des alliances au détriment de l’autre (RND) ?

Tout d’abord, je vous signale que cette opération est totalement décentralisée et que nos structures locales ont le libre choix de nouer des alliances. Il ne faut pas oublier que les alliances locales se font et se défont au gré d’autres paramètres dont les relations personnelles, les affinités et les liens du sang. Toutefois, la direction a suggéré à ses structures de privilégier les alliances avec la majorité présidentielle. À notre grand regret, nous avons constaté qu’il y a des alliances qui se sont faites par nos alliés en dehors de cette alliance. À ce stade-là, on constate, on enregistre et on fera, le moment venu, une évaluation globale de cette démarche.

Est-ce que vous ne voyez pas dans cette démarche une volonté de neutraliser le RND ?

Le jeu politique est fait d’alliances et de contre-alliances. Ce n’est pas quelque chose qui nous étonne. Cependant, nous restons confiants parce que nous sommes dans une phase ascendante. En 2002, le RND est reparti presque de rien et s’est reconstruit sur des bases solides. Nous avons un ancrage. À chaque mandature, nous améliorons notre score. Les résultats sont là pour le prouver. Le RND se distingue dans la classe politique par son sérieux, son organisation, sa vision et sa constance.

Le Secrétaire général du RND a dénoncé des dépassements à l’issue des élections locales. Vos militants ont tenu des rassemblements à travers plusieurs wilayas. Le RND a-t-il été victime de fraude ?

Le mot fraude n’existe pas dans notre vocabulaire politique parce que nous avons nous-même souffert de cette accusation. Cette fois-ci, nous avons malheureusement enregistré beaucoup d’irrégularités, de dépassements et de manquements à l’application de la loi électorale. Je pense que certains n’ont pas très bien compris la démarche du président de la République qui, tout au long de ces dernières années, voulait faire comprendre à tout le monde qu’on ne peut pas construire une démocratie si on n’agit pas d’abord sur la crédibilité et si on ne redore pas le blason de l’acte électoral. Il a pris toutes les dispositions pour que cela se fasse dans la légalité et la transparence parce que nous avons besoin d’institutions élues crédibles si nous voulons leur faire jouer un nouveau rôle.

Pourquoi vous ne voulez pas parler de fraude ?

Parler de fraude, c’est remettre en cause l’ensemble du processus. Au RND, nous estimons que les élections se sont passées globalement dans des conditions acceptables et que les manquements ou certains dépassements ne sont pas au niveau d’une remise en cause du processus électoral.

Ouyahia a rencontré la diaspora algérienne et annoncé d’importantes mesures en sa faveur. Est-ce qu’il cherche à corriger le tir, lui qui a soutenu l’article 51 de la Constitution ?

Nous soutenons toujours cet article qui concerne l’accès des binationaux à un nombre bien déterminé de hautes responsabilités de l’État. Beaucoup d’autres pays plus démocratiques l’ont fait. Le Premier ministre a eu l’occasion de s’adresser à notre communauté pour la rassurer et lui dire combien l’Algérie a besoin d’elle, de son engagement et de son patriotisme. D’après les échos que nous avons eu, c’est un appel qui a été entendu. Les membres de notre communauté sont très présents dans les structures organiques du parti. Ils jouent très bien leur rôle.

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Lors de sa visite à Alger (mercredi 6 décembre), le président français Emmanuel Macron s’est dit être contre le déni et contre la repentance. Il a estimé qu’il ne faut pas être otage de son passé. Est-ce que vous adhérez à cela au RND ?

Je pense que M. le Premier ministre a très bien répondu à cette question à l’issue de la réunion du comité intergouvernemental de haut niveau à Paris. Nous n’abordons pas cette question pour s’enfermer dans le passé mais pour pouvoir alléger et construire de nouveaux rapports qui sont bénéfiques aux deux peuples.

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Macron a plaidé à Alger pour le retour des harkis et des pieds noirs. Le FLN a dit non, quelle est la position du RND ?

Pour rappel, le RND est un parti nationaliste. Il a été fondé par des Moudjahidine, les enfants de chouhada et l’ensemble de la famille révolutionnaire. Il se réclame pleinement du novembrisme. Et par conséquent, le retour des harkis est une éventualité qui ne nous vient même pas à l’esprit.

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