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Exclusif- Entretien avec l’ambassadeur d’Algérie en France

Exclusif- Entretien avec l’ambassadeur d’Algérie en France

L’ambassadeur d’Algérie en France, Salah Lebdioui, évoque dans cet entretien exclusif à TSA plusieurs sujets d’actualité, du rapatriement des Algériens bloqués en France à la question mémorielle en passant par son rappel par le gouvernement en mai dernier…

Les Algériens bloqués en France ont fait parler d’eux ces dernières semaines. Où en est l’opération de leur rapatriement et qu’est-ce qui a fait que, plus de quatre mois après le début de la crise sanitaire, certains n’ont toujours pas rejoint le pays ?

Dans le cadre de la mise en œuvre de la décision du président de la République de rapatrier tous les Algériens bloqués à l’étranger en raison de l’épidémie Covid-19, les représentations diplomatiques et consulaires de notre pays dans le monde ont été mobilisées en coordination avec la compagnie nationale Air Algérie pour assurer le bon déroulement de l’opération.

Il convient d’indiquer que, jusqu’à présent, cette opération de rapatriement est organisée sur trois phases. La première, qui a débuté le mois de mars et qui s’est étalée sur quatre mois, a permis de rapatrier 13.841 Algériens bloqués dans 18 pays à travers le monde. Lors de la deuxième phase, qui s’est déroulée du 20 au 31 juillet 2020, 9536 ressortissants algériens ont été rapatriés de 32 pays différents. Quant à la troisième phase, qui est toujours en cours et qui a débuté le 3 août courant, il est prévu le rapatriement de plus de 4000 ressortissants bloqués dans de nombreux pays à travers le monde.

Aussi, faut-il rappeler qu’en France cette opération de rapatriement a débuté dès le 18 mars 2020, au lendemain de l’annonce de la suspension des liaisons aériennes et maritimes entre l’Algérie et la France. Elle s’est poursuivie le 30 mai dernier et elle continue depuis le 21 juillet à travers un vaste programme de vols et de desserte maritime à partir des villes françaises de Toulouse, Bordeaux, Metz, Lille, Marseille, Montpellier, Lyon et Paris.

L’organisation du rapatriement sur plusieurs périodes s’explique par le fait que les demandes de nos concitoyens ont été formulées à différents intervalles de temps. Si beaucoup de nos ressortissants ont pu s’inscrire sur la plateforme mise en ligne par les autorités publiques, du 15 au 23 avril 2020, un nombre très important d’entre eux n’a exprimé le souhait de rapatriement que ces dernières semaines, voire ces derniers jours. De nombreuses nouvelles demandes de rapatriement continuent à ce jour d’être enregistrées au niveau de nos services diplomatiques et consulaires.

Dans quelles conditions ont-ils vécu cette longue période de blocage ? Quelles actions l’ambassade et les consulats d’Algérie ont initiées pour leur venir en aide ?

Conscientes de la difficulté dans laquelle se trouve toute personne bloquée à l’étranger, nos représentations diplomatiques et consulaires en France sont restées à l’écoute de nos concitoyens pour les accompagner et leur assurer soutien dès l’annonce de la fermeture des frontières aériennes et maritimes.

Ainsi, en coordination avec bon nombre de nos compatriotes et d’associations d’Algériens établis en France, fidèles aux valeurs de solidarité de la société algérienne, il a été rendu possible la concrétisation de plusieurs actions de soutien et d’aides sous différentes formes : des prises en charges des catégories démunies en hébergement et en nourriture ; consultations médicales pour ceux qui en avaient besoin, l’achat de médicaments aux personnes souffrant de maladies chroniques, aide financière pour les plus nécessiteux…

Les Algériens constituent l’une des plus fortes communautés étrangères en France. Comment vivent-ils la crise de Covid-19 et ses retombées sanitaires et économiques ?

Effectivement, la communauté algérienne est l’une des plus importantes communautés étrangères vivant sur le territoire français. Elle est constituée de nationaux et de binationaux. À l’instar des autres communautés, nos ressortissants ont également été impactés par cette pandémie, en raison des conditions de vie dures imposées par le confinement : restrictions d’activité, télétravail ou travail sur site, problèmes de prise en charge des enfants en bas âge, dégradation de la situation financière, pénibilité ressentie, dépôt de bilan, fermeture partielle ou définitive de commerces pour cause de baisse du chiffre d’affaires et manque d’activité, etc.

En dehors de la crise sanitaire, il se dit que la communauté algérienne fait face à d’autres problèmes, notamment les difficultés socio-économiques et la montée du discours xénophobe et des amalgames. Qu’en est-il de la réalité ?

Les difficultés socio-économiques sont une réalité qui touche l’ensemble des communautés établies sur le territoire français et ne sont pas l’apanage des seuls Algériens. Elle est de ce fait inhérente à la situation socio-économique que traverse la France durant ces moments de pandémie.

Quant au discours xénophobe et aux amalgames, ils ne datent pas d’aujourd’hui. Ils sont la conséquence de propos haineux propagés par certains milieux connus pour leur hostilité et leur extrémisme à l’égard de l’Algérie et qui ne ratent aucune occasion pour fustiger certaines communautés étrangères.

Quels sont les projets en cours ou à venir pour rapprocher la communauté nationale de son pays et de sa culture ?

Tel qu’il a été affirmé par M. le président de la République dès son investiture et consigné dans le plan d’action du gouvernement, la communauté nationale à l’étranger, partie intégrante de la communauté nationale, est au cœur des préoccupations de l’État.

Ainsi, nos hautes autorités accordent l’importance la plus élevée à la mobilisation et l’implication des compétences nationales à l’étranger dans le processus de renouveau national.

La nomination d’un conseiller auprès du président de la République chargé du mouvement associatif et de la communauté nationale à l’étranger en est une parfaite illustration qui s’ajoute à bien d’autres : nomination de compétences parmi la diaspora à la présidence de l’Agence nationale de sécurité sanitaire ; création d’un portail en ligne dédié à l’enregistrement d’experts algériens à l’étranger dans la perspective de leur intégration à l’effort national visant le développement du pays, l’avant-projet de la constitution qui abrogerait l’article 63 excluant les binationaux de la gestion des affaires publiques.

Outre la modernisation de l’administration consulaire avec notamment l’introduction du numérique et de l’administration électronique pour mieux prendre en charge la gestion consulaire de nos ressortissants, les efforts de notre réseau consulaire en France, conjugués à ceux de l’Ambassade, sont, sans cesse, déployés en vue du renforcement de la relation de nos compatriotes établis en France avec la mère patrie. Cela s’illustre, entre autres, à travers le soutien à l’émergence d’un mouvement associatif représentatif et dynamique.

En matière économique, plusieurs mesures ont été prises pour accompagner les Algériens résidant à l’étranger souhaitant créer des micro-entreprises en Algérie. Dans ce cadre, ils bénéficient au même titre que les nationaux résidents, des avantages du code des investissements, de l’accès aux différents dispositifs de promotion immobilière…

Il convient de souligner aussi le projet d’ouverture de filiales de banques publiques algériennes en France, qui est à l’étude.

Pouvez-vous nous dresser un bilan chiffré de la situation des sans-papiers, des reconduites aux frontières ?

La situation qui prévaut dans le monde ces dernières années a conduit à une augmentation exponentielle du nombre des sans-papiers sur le territoire français et notamment des demandeurs d’asile. Cette situation, en effet, a créé un engorgement au niveau des centres d’accueil des étrangers et ce phénomène, associé à l’état des personnes en situation irrégulière, a accentué la courbe ascendante du nombre des sans-papiers.

Pour ce qui concerne les reconduites à la frontière des Algériens en situation irrégulière, celles-ci sont régies par l’accord algéro-français de réadmission de 1994. Une collaboration étroite lie les préfectures françaises et les différents postes consulaires sur ce dossier important et un protocole opérationnel est appliqué, que ce soit pour les auditions des retenus ou de la délivrance des laissez-passer consulaires après audition et vérification de l’identité des concernés.

Il convient de souligner que le nombre des retours volontaires est en constante augmentation, dont notamment des jeunes Algériens arrivés clandestinement en France et qui se sont rapprochés de nos représentations consulaires pour demander avec insistance de rentrer au pays.

On a assisté à une période de froid dans les relations algéro-françaises qui a atteint son paroxysme avec l’épisode des reportages sur le hirak et le rappel par l’Algérie de son ambassadeur en France. Tout est rentré dans l’ordre ?

Comme chaque relation entre deux pays partenaires, il y a des moments de froid, mais le contact entre l’Algérie et la France n’a jamais été rompu. D’ailleurs, quelques jours seulement après la diffusion des documentaires cités dans votre question, M. le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a reçu un appel téléphonique de la part de son homologue français, M. Emmanuel Macron et se sont engagés le 2 juin dernier, à « œuvrer à une relation sereine et à une relance ambitieuse de la coopération bilatérale ».

Concernant le volet médiatique, l’on constate malheureusement qu’un grand nombre de médias de l’Hexagone ne s’attardent pas sur les progrès enregistrés par notre pays dans divers domaines et occultent les données factuelles positives, leur préférant, à dessein, les couvertures « sensationnalistes » n’ayant que peu de valeur informative, voire une certaine hostilité.

La question mémorielle a connu des gestes concrets ces dernières semaines avec le rapatriement des restes des résistants algériens et la désignation de part et d’autre d’un spécialiste pour mener le travail de mémoire. Cela augure-t-il d’avancées plus significatives sur ce dossier ?

Le rapatriement des restes mortuaires des premiers résistants algériens conservés au Muséum national d’Histoire naturelle en France constitue une nouvelle phase positive dans la relation algéro-française. L’action de M. le président de la République Abdelmadjid Tebboune qui a sensibilisé politiquement son homologue français sur cette question historique, a été déterminante dans la concrétisation de cette opération de restitution, laquelle, organisée dans le cadre de la célébration du 58ᵉ anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, a été suivie de la désignation par les présidents des deux pays de deux spécialistes algérien et français, en vue de se pencher davantage sur le dossier « mémoire ».

Ce sont des avancées notables qui vont permettre de faire face à cette question sensible longuement instrumentalisée par certains lobbies qui ne souhaitent pas voir un quelconque rapprochement entre les deux pays.

Des touristes, journalistes et hommes d’affaires étrangers se plaignent de difficultés pour obtenir le visa d’entrée en Algérie. Qu’en est-il au niveau des consulats d’Algérie en France ? Ne pensez-vous pas que l’Algérie devrait abandonner le principe de réciprocité pour une démarche plus pragmatique ?

Les touristes et hommes d’affaires ont toujours bénéficié de visas d’entrée en Algérie en un temps plus au moins court et ce, en toute non-réciprocité.

Des mesures de facilitation supplémentaires ont été également prises par le gouvernement algérien à l’endroit des hommes d’affaires et d’acteurs économiques intéressés par le développement de la relation bilatérale algéro-française. Ces derniers peuvent bénéficier de visas allant jusqu’à deux ans de validité avec entrées multiples leur permettant d’effectuer des déplacements fréquents en Algérie sans aucune astreinte.

Par ailleurs, l’octroi des visas aux journalistes obéit à une procédure d’accréditation définie par un texte réglementaire distinct. Là aussi, il est bon de signaler que toutes les demandes introduites sont étudiées avec toute la sollicitude qui s’impose. Contrairement à ce qui se répand dans les médias, de nombreux journalistes français ou de médias étrangers accrédités en France ont pu bénéficier de visa de presse pour se rendre en Algérie, y compris pour la couverture des manifestations hebdomadaires durant l’année écoulée.

Nous avons même enregistré des désistements. Par décision de leur média, certains journalistes ayant reçu l’accord d’accréditation et obtenu les visas de presse, ne se sont finalement pas déplacés en Algérie, préférant les « papiers » que leur transmettent leurs pigistes locaux.

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