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Exode des médecins : l’Algérie opte pour la « coercition »

Exode des médecins : l’Algérie opte pour la « coercition »

Bien qu’aucune note officielle n’ait été émise dans ce sens, les diplômés en médecine algériens ne se font plus délivrer la certification de leur diplôme par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

Une situation qui fait réagir les syndicats du secteur qui crient au bafouement d’un droit universel.

La mesure, qu’aucune partie officielle n’assume, est évidemment destinée à lutter contre l’exode des médecins algériens vers l’étranger. Chaque année, ils sont des milliers de spécialistes et de généralistes, anciens ou nouveaux diplômés, à quitter l’Algérie pour s’installer à l’étranger.

Leur destination traditionnelle est la France, mais ils sont de plus en plus nombreux à opter pour d’autres pays d’Europe, l’Amérique du Nord ou du Golfe.

Il y aurait plus de 15 000 médecins formés en Algérie qui exercent en France. En février 2022, sur 2.000 médecins étrangers retenus à l’issue de l’examen de validation des diplômes, 1.200 étaient des Algériens.

La tendance est dénoncée comme une hémorragie pour l’Algérie qui dépense des sommes colossales dans la formation de médecins que d’autres pays récupèrent gratuitement.

Pour remédier à cette situation, les autorités semblent avoir opté pour la « coercition« , pour reprendre le mot de Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP).

Cette année, de nombreux jeunes diplômés se sont vu refuser la certification de leur diplôme par les services du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Or, aucun texte officiel n’est venu acter la suppression de la certification. La procédure aurait été gelée sur une simple instruction verbale.

Médecins algériens : le gel de l’authentification des diplômes pour stopper l’exode

Dans une lettre au ministre de l’Enseignement supérieur, Kamel Baddari, le Syndicat national des médecins (SNM-UGTA) a exprimé sa « préoccupation« , d’autant plus que, souligne-t-il, le gel, qui dure depuis quatre mois, ne concerne que les diplômés des facultés de médecine, de pharmacie et de chirurgie dentaire.

Pour le SNM, il s’agit d’une atteinte aux libertés individuelles. Dans sa lettre, le syndicat cite l’article 55 de la constitution qui garantit la libre circulation et le droit pour tous les citoyens de sortir et d’entrer sur le territoire national. Le SNM sollicite en outre une rencontre avec le ministre pour débattre de cette « importante question« .

Joint par TSA, le Dr Lyes Merabet aborde le sujet dans le même sens, estimant que les médecins algériens ont le droit de poursuivre leurs études ailleurs et de choisir le pays dans lequel ils souhaitent s’installer. « C’est un droit universel qu’on doit préserver« , dit-il.

Outre son caractère illégal, le président du SNPSP estime que cette « mesure ne va rien régler et va créer des tensions inutiles« .

Il explique que la plupart des médecins qui quittent l’Algérie vont en France où la certification du diplôme n’est pas exigée.

Pour le Dr Merabet, « les solutions sont ailleurs« , précisément dans l’amélioration des conditions socioprofessionnelles des médecins, la revalorisation de leurs salaires, la formation, l’évolution de leur carrière hospitalo-universitaire…

Le syndicaliste souligne par exemple que les médecins spécialistes affectés dans les wilayas de l’intérieur du pays dans le cadre du service civil, n’ont pas accès au logement bien que ce soit garanti par la loi. « Il ne faut pas privilégier la coercition« , conclut-il.

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