
Le cinéma de la ville française d’Elne (Pyrénées-Orientales) ne portera plus le nom du cinéaste René Vautier, connu pour ses positions anticolonialistes et en faveur de l’indépendance de l’Algérie.
La décision a été prise par le maire de la ville, classé à d’extrême droite. L’association France-Algérie (AFA) a exprimé son regret et sa tristesse tandis qu’une centaine d’établissements à travers toute la France ont décidé de prendre symboliquement le nom du cinéaste ami de l’Algérie.
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René Vautier, cinéaste anticolonial et ami de l’Algérie
C’est le maire d’extrême droite Steve Fortel qui a décidé de débaptiser le cinéma d’Elne qui portait depuis 20 ans le nom de René Vautier, et de le rebaptiser “La Bobine illibérienne”.
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“Si demain je dois retirer d’autres noms de rues, d’endroits, de personnes qui ont soutenu le FLN, je le ferai, ça c’est clair”, a persisté le maire devant le conseil municipal.
Vautier (1928-2015) est “un résistant, engagé dès l’âge de 16 ans et décoré de la Croix de guerre, avant de devenir un réalisateur et scénariste dont l’œuvre a profondément marqué l’histoire du cinéma documentaire et anticolonial”, décrit l’association France-Algérie dans un communiqué. Il est notamment le réalisateur du film “Avoir vingt ans dans les Aurès”.
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AFA : “La mémoire n’appartient à aucun camp politique”
L’association rappelle particulièrement l’engagement de René Vautier en faveur de l’indépendance de l’Algérie et son travail sur la mémoire de la guerre. L’AFA a d’ailleurs donné son nom avec celui du réalisateur algérien Mohamed Bouamari à son Prix du cinéma (Prix Bouamari-Vautier), “en hommage à l’œuvre et au combat de ces deux hommes pour faire connaître une histoire parfois difficile à regarder en face.”
L’association présidée par Ségolène Royal a ajouté dans son communiqué qu’elle considère que “la mémoire n’appartient à aucun camp politique”.
“Débaptiser un lieu de culture, c’est aussi faire un choix de mémoire”, a indiqué l’AFA en souhaitant que cette mémoire puisse demeurer “un espace de connaissance, de débat et de transmission, notamment entre la France et l’Algérie” et en s’engageant à continuer à “faire vivre le nom et l’œuvre de René Vautier”.
Une centaine de cinémas prennent le nom de René Vautier par solidarité
Par ailleurs, 14 associations et syndicats de l’industrie du cinéma ont initié une action d’ampleur nationale pour dénoncer l’initiative du maire extrémiste d’Elne. Ces organisations ont appelé tous les cinémas de France “à afficher, le temps d’une journée (le 2 octobre), le nom de René Vautier en soutien au cinéma d’Elne”.
“Nos organisations condamnent fermement cette décision à la portée hautement symbolique, qui traduit non seulement une volonté d’invisibiliser l’œuvre et les luttes de René Vautier, mais qui altère également l’identité de la salle”, peut-on lire dans l’appel signé entre autres par la Société des réalisatrices et réalisateurs de films (SRF), l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (Acid) ou encore l’Association française des cinémas d’art et d’essai (AFCAE).
L’initiative a rencontré un large succès. Selon le journal Télérama, citant des membres du collectif, une centaine de cinémas à travers la France, notamment en Île-de-France et à Marseille, avaient répondu à l’appel en fin d’après-midi du 2 octobre.