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Gérard Depardieu, l’Algérie dans le cœur

Gérard Depardieu, l’Algérie dans le cœur

Gérard Depardieu est au cinéma français ce que la tour Eiffel est à Paris : un monument et monstre sacré. Mais n’allez pas lui dire qu’il est avant tout Français.

L’homme, dont la réputation s’est aussi construite à travers ses extravagances et ses propos parfois abrupts, aime à se revendiquer comme un « citoyen du monde ».

En 2013, tandis qu’il s’était exilé en Belgique et avait déjà acquis la nationalité russe, Depardieu déclarait vouloir adopter la nationalité de sept pays au total, dont celle de l’Algérie.

L’acteur, qui confiait à ses amis que Bouteflika lui avait proposé un passeport, selon Le Figaro, demandait d’ailleurs la nationalité algérienne sur grand écran dans le film « Les Invincibles », sorti cette même année.

Depardieu y incarnait Jacky, un entraîneur de pétanque qui se liait d’amitié avec Mokthar Boudhali, alias « Momo ». Un Algérien très doué à la pétanque. Mais sans papier, il allait être renvoyé dans son pays. Par soutien, Depardieu demandait donc à devenir Algérien.

Un clin d’œil qui aurait pu s’arrêter au stade de l’anecdote cinématographique si l’on ne connaissait pas l’amour de Depardieu pour l’Algérie.

Un amour tissé dès sa jeunesse, égrenée à Châteauroux (centre de la France), entre petites combines et débrouillardise. Né en 1948 et issu du milieu prolétaire, le jeune Gérard fréquentait la communauté algérienne, celle qui vivait près de son quartier.

« J’ai grandi dans une cité proche de celle où vivaient des Algériens avec des jeunes qui revenaient de la guerre d’Algérie et qui avaient été traumatisés par des ordres de leurs supérieurs », confiait-il en 2016 au journal Le point.

Avant de poursuivre : « Je prévenais les Algériens quand il allait y avoir une ratonnade. » Depardieu, qui a abandonné l’école à 13 ans et évoluait dans un environnement où la culture était fantomatique, apprendra réellement le français à Paris, relatait le journal, grâce à Monsieur Souami, un Algérien handicapé qui lui faisait réciter les œuvres de Corneille.

Une conversion temporaire à l’islam

De l’Algérie, l’homme s’est approché un peu plus de sa culture à travers la religion. Depardieu est devenu musulman dans les années 1970. Ce cheminement vers l’islam, il l’a dû à sa jeunesse, à la philosophie et à ses lectures, disait-il à la presse.

Mais c’est surtout après avoir été touché par la voix et les textes de la célèbre chanteuse égyptienne Oum Kalsoum, que se convertir à l’islam lui a semblé essentiel. Dès lors, « il se convertit, prépare ses prières, fait ses ablutions, lit le Coran et fréquente la Grande mosquée de Paris », détaillait encore Le Point. Une période qui a duré deux ans. « C’était difficile, les cinq prières quotidiennes de l’islam », déclarait-il en 2016 dans les colonnes du Parisien, revenant sur cette période de sa vie.

Une installation prochaine à Alger

L’homme aime l’Algérie, « un pays splendide », selon ses dires. Si bien qu’il envisage bientôt de s’installer à Alger, à en croire ses propos tenus dans le quotidien La Provence.

Certes, Depardieu, qui annonçait en 2017 à Canal naf Télévision posséder un vignoble de 150 hectares à Tlemcen, a des affinités avec des personnages comme Vladimir Poutine.

Côté algérien, était inscrit sur son carnet d’adresses le nom de Rafik Khalifa, homme d’affaires condamné en 2015 « à dix-huit ans de prison ferme pour association de malfaiteurs », rappelait Le Monde.

Certes, encore, il a la verve qui parfois fait grincer des dents. Comme ce 13 février lorsqu’il déclarait sur un plateau de télévision que les Algériens vivant à Marseille (une ville plombée par le trafic de drogue et les règlements de compte) ne pourraient pas se comporter comme ils le font en Algérie. L’acteur a depuis explicité sa pensée : « Ce que j’ai voulu dire, c’est que les Algériens de Marseille n’oseraient pas dire le quart de ce qu’ils disent, en Algérie. Le sens du respect se perd. Il est beaucoup plus marqué là-bas », a-t-il ainsi déclaré à La Provence.

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Mais Depardieu, aujourd’hui âgé de 69 ans, aime surtout affirmer son soutien aux Algériens et à leur passé douloureux avec la France. « C’est un peuple d’une grande intelligence qui a été bousculé par une armée d’analphabètes en 1830 », a-t-il conclu l’entretien avec La Provence.

Il prenait déjà le parti du peuple algérien il y a deux ans, à l’occasion de la sortie du « Tour de France », un film réalisé par le franco-algérien Rachid Djaïdani et dans lequel Depardieu a tenu un rôle : « C’est tellement beau de partager ou simplement signifier l’indifférence, ce qu’a été la souffrance de tous ces Algériens et de tous ces gens qui ont été envoyés en Indochine », annonçait-il. Avant de lâcher : « Moi, j’ai honte. J’ai honte d’être Français. »

Voilà donc qui est Gérard Depardieu. Un homme sans concession, aux paroles quelquefois crues. En cela il ressemble à Éric Cantona (qui vivrait visiblement au Portugal, et non à Oran, comme l’a déclaré l’acteur). Tout comme Depardieu, l’ex-footballeur français se revendique « citoyen du monde », lui qui avait tourné en 2015 « Looking for Alger », un documentaire évoquant la rivalité entre l’USMA et le Mouloudia.

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