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Le casse-tête chinois de la Grande Mosquée d’Alger

Le casse-tête chinois de la Grande Mosquée d’Alger

Le projet de la Grande Mosquée d’Alger est revenu sur le devant de la scène ce samedi après la publication d’un article par l’agence de presse chinoise Xinhua, dans lequel se sont exprimés deux responsables du groupe public chinois chargé de la construction de la Mosquée, la China State Construction Engineering Corporation (CSCEC).

C’est la première fois que le maître d’œuvre chinois prend la parole de manière aussi publique et directe pour évoquer le plus grand projet de l’histoire de l’Algérie dont il a la charge.

Le chef de projet Liangxue Wang a ainsi affirmé qu’il sera possible « dès la fin de l’année [de] remarquer de l’extérieur que tous les travaux seront achevés », et indique que pour des soucis de respect des délais « les travailleurs ont été soumis à un rythme accéléré à tel point qu’ils n’auront que deux jours de repos à l’occasion de la fête du Printemps chinoise. Ils se relaient 24/24h et seules les intempéries les empêchent de travailler à l’extérieur ».

Le directeur adjoint au département de planification au niveau de la Grande Mosquée, Qi Cao, a abondé dans le même sens en précisant qu’« il restera les travaux de décoration et toutes les finitions qui nécessitent une coordination avec nos partenaires algériens et européens qui interviennent sur les volets étude et choix des motifs décoratifs », affirme Qi Cao à Xinhua.

L’article de l’agence de presse chinoise révèle par ailleurs subrepticement que « le projet a déjà enregistré du retard, à cause notamment de la complexité du projet, de la multitude des intervenants, ainsi que la crise financière que traverse l’Algérie ces dernières années ».

Du retard, le projet de la Grande Mosquée en a connu. La construction a débuté en août 2012 et devait durer 42 mois, pour se terminer en octobre 2015. Les délais n’ont toutefois pas cessé de s’allonger au fil des mois, avec des annonces de livraison du projet de plus en plus fantaisistes de la part des autorités.

En février 2015, le ministre de l’Habitat de l’époque, Abdelmadjid Tebboune, annonçait que la Grande mosquée d’Alger serait livrée en septembre 2016. En avril 2016, il affirmait que le projet de réalisation de la Grande mosquée d’Alger serait livré entre fin 2016 et fin du premier trimestre de l’année 2017.  En janvier 2017, le même Tebboune affirmait que le projet serait réceptionné à la fin de l’année 2017.

En novembre 2017, l’actuel ministre de l’Habitat Abdelwahid Temmar a annoncé que le projet de la Grande mosquée d’Alger serait livré « avant la fin du quinquennat, avant 2019 ».

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Les déclarations du géant public chinois du BTP jettent de l’eau froide sur les ambitions du gouvernement algérien. En annonçant que les travaux de l’extérieur ne seraient complétés que d’ici la fin de l’année, la CSCEC laisse ainsi entendre que les travaux de finition de l’intérieur de la Grande Mosquée pourraient durer encore quelques temps.

Surtout que de l’avis des spécialistes, les finitions à l’intérieur de la mosquée constituent l’aspect le plus pointilleux et sensible du projet, à moins que l’on souhaite un résultat bâclé et dépareillé.

Les déclarations du constructeur chinois semblent, dans le même contexte, préparer en quelque sorte l’opinion sur tout retard supplémentaire pouvant subvenir, notamment en s’en lavant les mains.

En indiquant qu’« il restera les travaux de décoration et toutes les finitions qui nécessitent une coordination avec nos partenaires algériens et européens qui interviennent sur les volets étude et choix des motifs décoratifs », la CSCEC renvoie la balle dans le camp de la partie algérienne, maître de l’ouvrage, et des autres partenaires en les interpellant par rapport à tout obstacle pouvant se présenter durant les travaux de décoration et de finitions, partie la plus complexe du projet. La tâche s’annonce ardue.

En attendant, aucune partie impliquée dans le projet ne semble en mesure d’avancer une date sur la réception définitive de la Grande mosquée. Rien n’empêche donc d’imaginer que la Grande mosquée ne sera pas terminée avant la fin non pas du quatrième mandat, mais plutôt du cinquième.

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