
Alors que la polémique ne s’est pas encore estompée autour d’une prière improvisée, il y a une semaine, à Marrakech, par des juifs pèlerins, voilà que le Maroc annonce une initiative qui ne manquera pas de faire jaser : une motion dans le domaine législatif visant à octroyer la nationalité marocaine à tous les enfants et petits-enfants des juifs marocains émigrés.
Dans une démarche aussi inattendue que curieuse, le ministère marocain chargé des relations avec le Parlement a indiqué mercredi avoir transmis à la Chambre des représentants une « motion dans le domaine législatif » dont les initiateurs demandent « l’octroi de la nationalité marocaine à tous les enfants et petits-enfants des juifs marocains émigrés », ont rapporté plusieurs médias.
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Dans le détail, il ne s’agit pas d’un projet de loi gouvernemental classique, mais d’une « initiative citoyenne », déposée dans le cadre d’une disposition de la Constitution marocaine, qui permet aux Marocains de proposer des textes législatifs.
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Cette motion vise à accorder la nationalité marocaine à l’ensemble des enfants et petits-enfants des juifs marocains établis à l’étranger.
Arguments avancés par les initiateurs, dont l’identité n’a pas été révélée : « faire bénéficier les enfants et petits-enfants des juifs marocains de leurs droits constitutionnels, politiques, religieux, culturels, économiques, sociaux et autres », ainsi que de « favoriser leur intégration dans la société ».
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D’après cette proposition, « un grand nombre » d’enfants et de petits-enfants de juifs marocains émigrés ont été « privés de la conservation de leur nationalité », contrairement aux juifs marocains résidant dans le pays, en raison de « l’éloignement géographique, des difficultés de déplacement et de la complexité des situations politiques, sécuritaires ou économiques dans les pays de résidence ».
Pour aboutir, la proposition devrait recueillir, selon la loi locale, 20 000 signatures de citoyens inscrits sur les listes électorales.
Une fois ce seuil atteint, la proposition pourra être transmise à la Chambre des représentants, qui dispose d’un délai de 15 jours pour statuer sur sa recevabilité.
Une proposition qui divise l’opinion
Mais, sitôt divulguée, cette proposition n’a pas manqué d’enflammer les réseaux sociaux marocains. Entre interprétations politiques des uns, accusations de normalisation accélérée avec Israël des autres ou encore ceux qui replacent le débat sur le terrain identitaire, le consensus est loin de se dessiner.
Cette effervescence intervient alors que la vidéo montrant une trentaine de religieux juifs en train de prier en pleine rue, près de Bab Doukkala, à Marrakech, continue à être relayée, cumulant plusieurs centaines de milliers de vues.
Beaucoup parmi les politiques, mais aussi des acteurs sociaux, qui peinent encore à digérer la normalisation de 2020, y ont vu une « provocation », d’autant qu’elle intervenait dans un contexte où les blessures morales, conséquences de la guerre de Gaza, n’ont pas encore guéri.
Face à la polémique, un éditorialiste d’un quotidien proche du palais a tenté d’apaiser le débat en rappelant l’ancrage historique de la présence juive au Maroc, vieille de plusieurs millénaires.
Six ans après, force est de constater que la décision de normalisation du Maroc avec l’État sioniste, sous l’égide américaine, continue de diviser l’opinion marocaine, comme en témoignent ces remous cycliques autour de tout ce qui évoque cette proximité avec Israël.
Dans ce contexte, conjugué à la guerre dévastatrice à Gaza, la portée de l’initiative interroge. S’agit-il d’une simple démarche citoyenne visant à réparer une injustice administrative, ou d’un signal politique s’inscrivant dans la dynamique de renforcement de l’axe Rabat-Tel-Aviv ?