
En marge de la 29ᵉ édition du Salon international d’Alger (SILA 2026) auquel il participe à l’occasion de la parution de son tout nouveau roman Le prieur de Bethléem (Casbah Editions), Yasmina Khadra s’est confié à TSA.
De la tragédie en Palestine occupée au piège du fanatisme en Israël, en passant par son boycott en France et la montée de l’extrême droite, le célèbre écrivain algérien s’exprime sans concession.
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TSA : Dans votre nouveau roman ‘Le prieur de Bethléem’, vous abordez le drame que vit le peuple palestinien, à travers l’histoire d’un éditeur parisien kidnappé par un moine palestinien, dont le manuscrit a été rejeté. Pourriez-vous nous en dire plus ?
Yasmina Khadra : Est-ce qu’on peut appeler ça un drame ? C’est encore plus terrible, il faut trouver un néologisme pour vraiment expliquer ce qui se passe dans ce pays martyrisé.
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C’est abominable, c’est inacceptable, il n’y a pas de vocable pour parler de cette chose horrible qui arrive au peuple palestinien.
Ce roman est aussi une fresque sur la déshumanisation. Comment préserver son humanité lorsque la violence est partout ?
Yasmina Khadra : Ce n’est pas la violence qui nous déshumanise, c’est le fanatisme. On peut être violent, avoir des regrets et demander pardon.
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Mais là où c’est impossible d’accéder à quelques scrupules ou à quelques raisonnements, c’est dans le fanatisme. En Israël, il y a des gens qui sont complètement fanatisés, et quand on est fanatique, on est dépossédé de sa propre âme, de soi-même et on devient un outil d’extermination. On devient de l’antimatière : tout ce qu’on touche disparaît.
Que pensez-vous des jeunes écrivains algériens qui émergent ? Quel conseil pouvez-vous leur donner ?
Yasmina Khadra : Il y a beaucoup de jeunes qui écrivent dans les trois langues : tamazight, arabe et français, c’est merveilleux !
Le conseil que je me permets de leur donner, c’est de s’accrocher à cette vocation parce qu’elle est livrée à pas mal d’indifférences et de rejets.
Nos écrivains, comme nos artistes, ne sont pas encouragés dans ce pays. Quand on écrit, on s’épuise, on se donne à fond, on a de l’espoir et puis d’un seul coup, il n’y a pas de répondant, il n’y a pas un espace où on peut être fiers de ce qu’on a écrit.
Parfois, on est confrontés à de l’incompréhension, de la censure. Le conseil que je leur donne, c’est de continuer à écrire malgré tout et de ne rien attendre des autres.
Vous dites que vous avez été exclu et boycotté en France. Pourquoi ce sentiment ?
Yasmina Khadra : Ce n’est pas un sentiment, c’est un constat. Je ne me plains pas, je dénonce seulement une attitude incompréhensible pour le commun des mortels, mais qui a certainement un sens bien établi par des gens, par des réseaux, par des lobbies.
C’est une vérité, ça crève les yeux. Depuis 2008, je suis exclu par toutes les institutions et tous les jurys littéraires.
Pourtant, je n’écris pas n’importe quoi, chaque année, j’écris l’un des meilleurs, sinon le meilleur livre de l’année. En France, on me dit Monsieur Khadra, quand on vous lit, on a du mal à lire les autres ! Et peut-être que c’est ça qui m’exclut.
Allez-vous rester dans une France gouvernée par l’extrême droite qui est plus que jamais proche du pouvoir ?
Yasmina Khadra : Moi, je vis en Algérie, j’y suis pendant 8 à 9 mois. Je me rends en France uniquement à l’occasion de la sortie d’un nouveau livre ou lorsque j’ai une tournée.
Cette France, moi, ne m’effraie pas. J’ai six millions de lecteurs en France, cela prouve que la France n’est pas raciste. Certes, il y a des racistes en France, l’extrême droite est un peu partout.
C’est un peu tout l’Occident qui est en train de sombrer dans cette mouvance dévastatrice qui va finir par le détruire. Il y a beaucoup de Français qui sont contre l’extrême droite et surtout la jeunesse. La preuve, dans les récentes manifestations, on a vu tous ces jeunes qui sont absolument hostiles à ces dérives qui ne sont que des vocations carriéristes.
L’extrême droite n’a pas de projet de société. Quand on entend un prétendant à la présidentielle dire : ‘Moi, mon travail c’est de supprimer wech et wallah’, qu’est-ce que cela va changer dans la vie et le pouvoir d’achat des Français ? Rien. Ce sont des gens qui sont dans une sorte d’euphorie, fascinés par leur propre violence et qui croient faire peur. Moi, je ne crains pas ces gens-là et personne ne devrait avoir peur de ces gens-là !
L’algérophobie est-elle réelle en France ?
Yasmina Khadra : L’algérophobie n’existe pas en France. Il y a une paranoïa qui est véhiculée par les médias qui sont à la solde de certains lobbies et réseaux, mais les Français sont un peuple très éveillé et très éclairé.
Il y a une mouvance avec des gens comme Éric Zemmour, Jordan Bardella ou Marion Maréchal qui ne savent pas ce qu’ils font ou qu’ils veulent faire du tort à la France et non aux Maghrébins.
Ce sont des mouvements extrémistes, racistes, et c’est leur vocation. J’espère que les Français sont sur leurs gardes. J’interviens toujours dans ce genre de débats pour essayer de mobiliser les Français contre cette mouvance qui est un véritable péril pour le devenir de la France.