
L’Algérie a introduit dans la Loi de finances pour 2026 une taxe carburant sur tout véhicule qui quitte le territoire national par voie terrestre vers la Tunisie.
A lire aussi : Air Algérie casse les prix avec une nouvelle promotion
La mesure est destinée à lutter contre le phénomène de contrebande de carburant, dont les prix sont très abordables en Algérie et très élevés dans les pays voisins.
A lire aussi : Algérie : la galère des importateurs de véhicules
https://www.youtube.com/watch?v=nzJLEmdDKx0
A lire aussi : La France s’intéresse à la pomme de terre algérienne
L’impact de la taxe est particulièrement ressenti du côté de la Tunisie où les frontaliers avaient l’habitude de faire le plein d’essence ou de gasoil en Algérie, pour leur consommation ou pour la contrebande.
L’écart des prix dans les deux pays est abyssal, sachant que l’Algérie pratique des prix de carburant parmi les moins chers au monde. Même avec l’augmentation, insignifiante, appliquée depuis jeudi 1er janvier, les prix demeurent très bas par rapport à ce qui se fait ailleurs, y compris chez les pays riverains.
Les prix des carburants en Algérie et en Tunisie
Depuis jeudi 1er janvier en Algérie, un litre d’essence est vendu à 47 DA (environ 0,36 USD), le diesel à 31 DA (0,25 USD) et le gaz de pétrole liquéfié (GPL) à 12 DA (0,09 USD).
En Tunisie, un livre d’essence est vendu à 2,53 dinars tunisiens, soit 0,88 dollars, soit une différence de plus d’un demi-dollar avec l’Algérie. Pour un plein de 50 litres, le gain est de 26 dollars.
Pour le gasoil, un litre est vendu à l’équivalent de 0,76 dollars en Tunisie contre 0,36 en Algérie, doit une différence de 0,4 USD. Pour 100 litres, le gain est de 40 dollars, soit près de 10.000 dinars algériens.
La taxe est instituée en vertu de l’article 81, alinéa 1, de la LF 2026. “Il est institué une taxe sur la consommation des carburants des véhicules, camions et autobus à chaque sortie des frontières du pays, pour la compensation de l’écart entre le prix administré et le prix international des carburants”, est-il stipulé dans l’article.
La disposition ne fait pas de distinction entre les ressortissants algériens, résidents ou expatriés, et les étrangers. Elle vise particulièrement ceux qui traversent la frontière spécialement pour faire le plein de carburant, notamment ceux qui le font plusieurs fois dans la même journée à des fins évidentes de revente.
Elle vise aussi les transporteurs algériens qui à l’occasion de leurs missions en Tunisie remplissent un réservoir supplémentaire de carburant pour le vendre dans le pays voisin.
La technique est connue : avant de franchir la frontière pour livrer des marchandises, les routiers algériens font le plein et certains remplissent des jerricans supplémentaires pour vendre le gasoil au prix en Tunisie.
D’où la fixation d’un barème de tarifs augmentant à chaque sortie supplémentaire et en fonction de la capacité du réservoir.
La taxe est en effet fixée à 5 000 DA par rotation pour les véhicules utilitaires et camions de moins de 10 tonnes, 12 000 DA par rotation pour les camions de plus de 10 tonnes et autobus, et entre 1000 et 25 000 Da pour les véhicules de tourisme : 1 000 DA pour une sortie, 5 000 pour deux, 10 000 pour trois et 25 000 DA pour quatre sorties et au-delà.
Taxe carburant en Algérie : un coup d’arrêt à la contrebande ?
Même pour ceux qui effectuent une seule sortie, l’impact est fort et le bénéfice escompté est annihilé, 1000 dinars étant à peu près la moitié du prix d’un plein d’essence.
Effectuer plusieurs sorties par jour reviendrait carrément à perdre de l’argent au vu de la forte taxe prévue. C’est la panacée trouvée par les autorités algériennes face au fléau de la contrebande et du détournement des produits subventionnés, au lieu des opérations de surveillance et de traque aux frontières, coûteuses et pas totalement efficaces.
Si l’Algérie maintient bas les prix des carburants, et de nombreux autres produits, c’est pour le bien-être de ses citoyens qui financent eux-mêmes les subventions par leurs impôts.
Un coup dur pour les contrebandiers tunisiens et les transporteurs algériens
Les Tunisiens, mais aussi les transporteurs algériens sont les plus touchés par la restriction induite par la taxe imposée par les autorités algériennes. Les Tunisiens se plaignent des conditions d’application.
En raison du flux importants de véhicules dans les deux sens, la presse tunisienne a rapporté d’importantes files d’attente devant les recettes des impôts en Algérie. Cette taxe ne peut pas être au niveau des postes frontaliers, ont décidé les autorités algériennes. Les concernés peut s’y acquitter en ligne ou dans les recettes des impôts.
La mesure a d’ailleurs fait l’objet d’une communication de l’ambassade de Tunisie en Algérie et de nombreux médias de ce pays ont rapporté et commenté l’information de la mise en application de la nouvelle taxe dimanche 4 janvier. Certains, peut-être pas suffisamment informés, ont été pris au dépourvu en se voyant réclamer la somme due en quittant le territoire algérien.
Sur les réseaux sociaux, beaucoup de Tunisiens ont fait part de leur dépit. Les plus concernés sont évidemment les frontaliers, ceux qui habitent non loin de la bande frontalière.
Certains traversent la frontière pour faire le plein à moindre frais, d’autres, Algériens ou Tunisiens, individuellement ou en réseaux organisés, en ont fait carrément une activité très lucrative.
Ce sont sans doute ces derniers qui inondent les réseaux sociaux de commentaires dénonçant un soi-disant frein à la libre circulation entre les deux voisins maghrébins.
L’intégration ne se fait pas par la contrebande et au détriment des finances publiques de l’un ou de l’autre pays.
L’Algérie a même beaucoup tardé pour prendre cette mesure que les observateurs jugent d’une redoutable efficacité pour tordre le cou à la contrebande transfrontalière de carburant.