
Nora Boukhechba et son associée Raoda Meziani sont deux franco-algériennes qui ont tout quitté en France pour une nouvelle vie en Algérie.
Au moment où de nombreux Algériens cherchent à quitter leur pays, ces deux femmes ont fait le choix de s’installer à Alger où elles ont ouvert Nour Lumière Montessori, une crèche spécialisée dans la méthode Montessori.
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Les deux mères de famille vivent désormais dans la capitale algérienne. L’une a quitté Marseille, l’autre Paris, en raison du climat « anxiogène » en France. Pour Nora, le programme scolaire ainsi que l’envie de vivre dans un pays musulman ont également motivé son départ avec sa famille.
Maman de quatre enfants, Nora Boukhechba, 41 ans, s’est installée à Alger avec sa famille. À ses côtés, Raoda Meziani, 48 ans et mère de quatre enfants également, a fait le même choix.
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En France, Nora travaillait dans l’événementiel tandis que Raoda dirigeait un bureau d’études ainsi qu’une conciergerie.
“Ça faisait un moment que je voulais quitter la France, à cause du climat anxiogène qui y régnait. Le programme scolaire ne me convenait pas. Je voulais m’installer dans un pays musulman”, confie Nora à TSA Algérie.
Pour Raoda, “c’est le contexte en France, le déclin de l’Europe et l’ascension de l’Algérie” qui l’ont poussée à “retourner vers ses racines”, égrène-t-elle.
Raoda est originaire de Tizi Ouzou. La maman de Nora est originaire de Annaba et son père de Ouargla.
Un choix qu’elles ont pris grâce au retour d’expérience d’autres membres de la diaspora algérienne déjà installée dans le pays de leurs origines.
« Sur les réseaux sociaux, on parlait beaucoup de l’Algérie. L’avantage, c’est que c’est à seulement 1h30 de Marseille, ce qui me permet de venir facilement voir ma famille », explique Nora.
Suite aux différents témoignages publiés sur les réseaux sociaux par des personnes déjà installées sur place, Nora prend la décision de faire le même chemin. Pour sa collaboratrice, les mêmes raisons ont motivé son départ de France.
Les deux femmes avaient d’abord hésité entre Alger et Oran avant de poser leurs valises dans la capitale.
“Je suis venue en octobre 2024 à Oran avec mes deux filles, je suis restée une année, raconte Raoda. Depuis Oran, je travaillais avec Nora sur le développement de notre crèche ».
C’est à Hydra qu’elles vivent chacune de leur côté avec leurs enfants. Nora s’y est installée avec ses enfants de 18, 12, 6 et 4 ans. “C’est un quartier hyper agréable. Les Algériens sont trop adorables”, déclare-t-elle. Raoda, de son côté, s’est installée avec ses deux plus jeunes enfants, tandis que les deux aînés sont restés en France.
Anecdote en Algérie
À son arrivée, freinée par l’obstacle de la langue, Nora avait également du mal avec les dinars algériens. Lorsqu’on lui annonçait un tarif de 150 dinars, la mère de famille avait tendance à “sortir un billet de 1000 dinars”.
“Quand je sortais le billet de 1000 dinars, ils me disaient : ‘mais ça ne va pas, donne-moi ta pièce’. C’est là qu’on voit que les Algériens sont très sérieux sur l’argent, ils rendent toujours la monnaie au centime près”, détaille-t-elle.
Une installation pensée autour des enfants
Après son arrivée, Nora s’est d’abord concentrée sur la scolarité de ses enfants. “J’ai voulu voir comment les enfants s’adaptent avant de penser à mon projet professionnel.”
L’aîné n’est resté qu’un an avant de repartir vivre en France avec son père, qui fait des allers-retours.
“Les deux autres se sont super bien adaptés”, détaille la Franco-Algérienne.
Nora dresse aujourd’hui un bilan positif de son installation en Algérie. “Je me sens encore plus algérienne que quand j’étais en France. Je me sens chez moi.”
Concernant la langue, Nora qui ne comprenait ni ne parlait le dialecte algérien à son arrivée, commence désormais à le comprendre. “Je suis venue m’installer alors que je ne savais pas parler arabe”, confie-t-elle.
Ses enfants suivent aujourd’hui le programme algérien à l’école Descartes. Ils sont entourés aussi bien d’enfants binationaux que d’enfants locaux. “Je suis contente car enfin mes enfants lisent l’arabe et comprennent”, dit-elle.
Du côté de Raoda, c’est surtout le niveau de vie qu’elle met en avant. “On a gagné en qualité de vie parce qu’ici, on est plus centrés sur la famille. Alors qu’en France, on était davantage centrés sur le travail ”, détaille-t-elle.
Un projet professionnel né d’un besoin personnel
C’est en cherchant une crèche pour son cadet âgé de deux ans lors de son installation que lui est venue l’idée d’ouvrir une crèche Montessori.
“Je réfléchissais avec mon associée à ce qui serait intéressant d’entreprendre ici. Avec la difficulté que j’ai rencontrée pour trouver une crèche Montessori pour mon enfant, j’ai eu l’idée d’en ouvrir une”, explique Nora.
La structure est spécialisée dans la pédagogie Montessori, qui consiste à apprendre en autonomie. “L’enfant, on l’accompagne pour faire une activité, on ne le force pas.”
Selon la directrice de la crèche, cette pédagogie permet de développer “l’autonomie, la confiance, l’apprentissage, le respect de la nature et le respect du vivant”.
Nora a constaté un fort engagement des parents dans l’éducation de leurs enfants, avec un intérêt marqué pour les pédagogies proposées par sa crèche.
“ Ils nous disent, on voulait une crèche Montessori, mais il n’y en avait pas.”
Entre opportunités et difficultés
Pour recruter, les deux entrepreneuses ont fait face à des difficultés. “Les personnes sont sur diplômées, elles ont de beaux CV, mais la pratique était compliquée”, explique Nora.
Un problème que rencontrent aussi bien les nationaux que les binationaux, selon elle. “Pour moi, c’est dû au fait qu’il n’y a pas beaucoup de centres de formation. Ils sortent de l’école surdiplômés mais sans pratique”, déplore-t-elle.
Après plusieurs expériences, les fondatrices reconnaissent avoir traversé une période de doute.
Sept mois après l’ouverture de la structure, la directrice a changé son équipe de direction ainsi qu’une partie de son personnel. “Ça n’allait pas avec notre idée du travail. On s’est demandé s’il y avait des Algériens qui avaient cette conscience professionnelle”, souligne-t-elle avec regret.
Nora nuance toutefois : “Ça existe, il faut juste prendre le temps de recruter et ne pas être pressé comme nous.”
“On dit souvent que le pays est un eldorado, ce qui est vrai. Tout business peut aller très vite”, estime Nora qui souligne toutefois un élément important pour les binationaux : “C’est à nous de nous adapter aux Algériens et non le contraire.”
Pour les personnes souhaitant s’installer sur place, la directrice de Nour Lumière Montessori recommande de “travailler son idée, éviter de foncer tête baissée et prendre son temps”.
Raoda conseille quant à elle “de ne pas tarder et de venir le plus vite possible, car les meilleures places sont à prendre maintenant”.
“Il y a plein de choses à développer ici, c’est tellement vaste. Mais c’est maintenant qu’il faut venir aider à développer le pays”, ecnourage-t-elle.
Le duo évoque également certaines lenteurs administratives rencontrées lors du lancement de leur structure.
“Pour ouvrir la crèche, je courais partout pendant huit mois. On me demandait un papier, puis on me renvoyait ailleurs”, témoigne Nora.
“D’autres membres issus de la diaspora que je connais ont soulevé le même problème. Moi, j’ai attendu huit mois pour avoir un agrément. D’autres ont attendu un document pendant un an pour ouvrir leur entreprise”, rapporte-t-elle.
Concernant leur installation dans leur pays d’origine, Raoda résume : “On partage plus de moments en famille et ça n’a pas de prix.” “Je voulais entreprendre et, pour moi, c’était évident de le faire dans mon pays d’origine. C’est une fierté de l’avoir fait », complète Nora.
Un quotidien que les deux entrepreneures disent aujourd’hui ne plus vouloir quitter.