
Écrivain, journaliste, spécialiste en communication : Ahmed Benzelikha est un homme aux multiples talents. En tant qu’auteur, il a multiplié les publications : L’Air du temps, La Fontaine de Sidi Hassen, La Roqya de Cervantès, Elias, L’Esquif des mots, Les dupes, Rendez- vous au Mont Saint-Michel, Constantine, le voyage extraordinaire…
Dans la ville du vieux rocher où il a grandi et s’est épanoui, le linguiste a vu s’ouvrir devant lui, un monde plein de défis qu’il s’est appliqué à relever.
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Ahmed Benzelikha a vu le jour à Constantine en 1967. La ville des ponts suspendus a bercé ses premiers rêves. A l’école Arago, ses matières préférées ne se trouvaient pas dans les manuels scolaires mais dans l’étude des silences et de l’ombre portée des ponts sur le Rhummel.
« J’ai très vite compris que les structures, qu’elles soient architecturales ou linguistiques, racontent une vérité que les chiffres seuls ne peuvent saisir. C’est là que s’est forgé mon regard de futur sémiologue et d’écrivain : ne jamais s’astreindre à la case qu’on vous assigne », confie-t-il.
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Tu seras pilote mon fils
Au cycle primaire, Cheikh Chérif Chouaïb, son maître d’école, lui prédit un destin de pilote d’hélicoptère.
« Il avait, peut-être, perçu mon besoin de hauteur. Si je n’ai pas pris les commandes d’un appareil, j’ai choisi l’écriture et l’administration. Pour moi, écrire ou diriger, c’est toujours une question de perspective : il faut survoler les contingences pour atteindre l’essentiel », raconte Ahmed Benzelikha à TSA.
Très jeune, le futur écrivain est attiré par l’univers livresque. « Je suis né dans la bibliothèque familiale de mon père, un grand lecteur qui m’a appris que le livre est le seul espace de liberté absolu. Ma première rencontre mémorable fut avec Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas. J’y ai puisé ce gout du panache et cette éthique de l’honneur qui ne m’ont jamais quitté, que ce soit dans mes combats d’idées ou dans mes responsabilités ».
L’amour des gens simples
Le Bac en poche, Ahmed Benzelikha poursuit des études aux Universités de Constantine et de Paul-Valéry à Montpellier. Il en ressort couronner du titre de Docteur en Sciences avec une expertise de haut niveau en Communication stratégique.
Linguiste spécialisé dans le discours de presse et littéraire, il complète son cursus par une post-graduation en Banques et Assurances des Affaires.
Au début des années 1990, Ahmed travaille comme journaliste au Soir d’Algérie puis à El Watan avant de devenir chroniqueur dans Le Quotidien d’Oran et la revue internationale Afrique Asie.
D’autres postes s’ouvrent à lui : directeur d’un établissement financier, chef de cabinet et inspecteur général. « J’ai touché aussi au financement de l’agriculture, à l’énergie, aux archives et aux assurances et connu l’Algérie profonde avec des postes à M’sila, Oum el Bouaghi et Bounouara. J’en ai gardé de solides amitiés et l’amour des gens simples et authentiques », complète-t-il.
L’auteur de La Roqya de Cervantès possède une riche production littéraire. Mais comment dégager du temps pour l’écriture lorsqu’on a une vie professionnelle à cent à l’heure ?
« C’est dans le calme de la nuit que je trouve plaisir à écrire, presque spontanément. J’écris vite, car le récit mûrit en moi avant de s’imposer sur le papier. Je trouve même le temps de faire du sport. Je suis un amoureux de la nage, en bon fils de Sidi M’cid, et de la course : je prépare d’ailleurs ma participation au trail urbain d’Alger, le 26 juin prochain. Dossard 4548 », révèle-t-il.
L’expérience avec l’UNESCO
Ahmed Benzelikha a également travaillé à l’Unesco. « C’est un engagement au cœur des instances mondiales de diplomatie culturelle. Mes missions touchaient à l’application, dans différentes parties du monde, des indicateurs de développement des médias de l’UNESCO et au renforcement de la liberté d’expression grâce à la définition des cadres de régulation des médias, assurant un équilibre entre responsabilité éditoriale et liberté de parole ».
En Algérie, comme Président du Comité Communication et Information, Ahmed Benzelikha organise en 2019, la première conférence nationale sur l’éthique de l’Intelligence Artificielle.
Lecture, musique, projets
L’écrivain et conférencier s’accorde toujours des parenthèses pour lire et écouter de la musique. « Mes maîtres littéraires marient l’élégance à l’éthique, avec en figure de proue William Shakespeare, pour sa capacité inégalée à mettre à nu l’âme humaine et les rouages du pouvoir. Musicalement, j’écoute souvent du malouf ou Lqasmtini comme on dit à Constantine ».
Et quel plat ravirait ses papilles ? « Mon plat préféré reste un morceau de galette avec un verre de lben : c’est le luxe de la vérité et le parfum de la terre des moissons après l’orage », dit-il. « Ce n’est pas pour autant que je refuserai de partager une bonne chakhchoukha ou un délicieux couscous », concède l’écrivain.
Pour écrire, Ahmed Benzelikha choisit toujours la nuit. « C’est le moment de la vérité, celui où les barrières sociales tombent et où l’on peut descendre au plus profond de l’âme. C’est dans ce temps suspendu que les romans prennent vie », explique-t-il.
Mais comment définir la littérature ? Est-il facile pour un auteur de se faire publier en Algérie ?
« La littérature est l’espace où se rejoignent la beauté et l’intelligence universelles. Se faire publier n’est qu’une étape, mais porter des valeurs humanistes est un combat. J’ai animé des dizaines de conférences, en Algérie et à l’étranger, pour prolonger ces réflexions au-delà de mes ouvrages », répond Ahmed Benzelikha.
Travailleur acharné, l’écrivain et linguiste annonce la sortie prochaine d’un nouvel ouvrage. « C’est un essai consacré au ‘Déterreur de l’Histoire’. Je laisse le soin aux lecteurs de TSA de deviner qui est cette personnalité journalistique et littéraire, qui nous a quittés le 2 juin 1993 », s’amuse-t- il.
Ahmed Benzelikha planche par ailleurs sur un autre projet. « En tant que président du Comité mémoire du Monde, j’ai proposé l’inscription de la collection historique d’El Moudjahid 1956-1962, publiée en juin 1962 par la Yougoslavie, au registre international de la mémoire du monde de l’UNESCO. Je prépare également une conférence sur un domaine novateur : ‘l’archivage biotechnologique sur ADN’. »
Auteur prolifique et chercheur dynamique, dont le parcours se distingue par une grande rigueur intellectuelle et un engagement sans faille, Ahmed Benzelikha poursuit son chemin avec détermination.