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Algérie : pourquoi autant de mesures anti-importation ?

L’Algérie multiplie les mesures anti-importation. Un passage en force pour permettre à l’économie algérienne de changer de statut.

Algérie : pourquoi autant de mesures anti-importation ?
Mesures anti-importation en Algérie : quels risques pour les entreprises ? | Par Eagnarin Wanvong | Dreamstime.com pour TSA
Brahim Guendouzi
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Plusieurs mesures d’ordre réglementaire sont prises par l’Algérie, ces derniers mois pour encadrer rigoureusement les importations de biens et services.

Bien que perçues comme contraignantes par la plupart des opérateurs économiques, ces mesures s’inscrivent dans le cadre de la nouvelle politique commerciale extérieure du pays visant à préserver le niveau des réserves de change, le soutien à la production nationale, l’orientation de l’investissement productif vers la substitution aux importations, et enfin la lutte contre les pratiques frauduleuses (surfacturation/sous facturation).

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Pourquoi autant de mesures anti-importation ?

 

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L’objectif global recherché est celui d’arriver sur le moyen terme à transformer l’économie nationale de mono-exportatrice (hydrocarbures) à une économie diversifiée et productive.

L’instauration des licences d’importation et la mise en œuvre d’un droit de douane additionnel provisoire de sauvegarde (DAPS) variant de 30% ad valorem à 200% applicable sur une certaine catégorie de marchandises, étaient déjà mises en œuvre bien avant la période Covid, conséquemment au retournement du marché pétrolier international de 2014.

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Le décret exécutif n° 21-94 du 9 mars 2021 a fixé les modalités d’exercice des activités d’importation de matières premières, produits et marchandises destinés à la revente en l’état, notamment l’article 3 bis 1 qui impose le registre du commerce électronique portant des codes d’activités homogènes relevant d’un seul sous-groupe des groupes d’activités d’importation.

L’impact de cet article est un effet d’éviction qui s’est traduit par une diminution de moitié du nombre d’importateurs, qui dépassaient jusqu’alors 40.000 immatriculations.

En juillet 2025, le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, a renforcé le contrôle en mettant en place le programme prévisionnel des importations (PPI) que doit déposer chaque entreprise avant de procéder à la domiciliation bancaire de son opération.

Ce dispositif oblige les opérateurs économiques à ne plus importer au « coup par coup ». Aussi, il est demandé aux importateurs de soumettre, via une plateforme numérique dédiée à cela, un état détaillé de leurs besoins d’importation sur une période donnée (généralement par semestre). Ils doivent déclarer les quantités, les types de produits et les montants financiers.

Fin avril, la Banque d’Algérie a publié l’instruction n°03-26, qui divise par deux le plafond des engagements extérieurs par signature des banques et établissements financiers, le ramenant de 100% à 50% de leurs fonds propres réglementaires.

Il y a un impact sur les importations à travers les émissions des lettres de crédits et des garanties bancaires octroyées aux opérateurs économiques à l’international.

En d’autres termes, les importateurs qui ont pu négocier des délais de paiements ne pourront en bénéficier pour soulager leurs trésoreries, du fait que leurs banques refuseront dorénavant à avaliser ces crédits pour respecter le plafond imposé par la Banque d’Algérie.

La dernière note aux banques de la Banque d’Algérie datée du 14 mai 2026, mentionne que toute opération d’importation de biens est désormais subordonnée à une domiciliation bancaire préalable et ce, avant toute expédition des marchandises par le fournisseur étranger.

 

Quels risques pour les entreprises ?

 

Aussi, est-il demandé aux banques domiciliataires de renforcer le contrôle sur les documents relatifs aux transactions commerciales à l’importation (factures, documents de transport, certificats d’expédition, etc.).

Au vu de l’ensemble de ces mesures, ce n’est pas tant le contrôle en soi qui pose problème, mais beaucoup plus la rigidité qu’il engendre pour les entreprises, particulièrement les PME, qui cherchent à devenir compétitives et à être plus présentes sur les marchés extérieurs.

Autrement dit, un protectionnisme trop rigide peut rendre les produits « made in algeria » moins compétitifs à l’international.

L’essentiel est que les mesures d’ordre organisationnelles exigées des importateurs ne doivent pas devenir contre-productives eu égard à l’évolution du contexte économique mondial et des enjeux géopolitiques qui imposent une flexibilité par rapport aux sources d’approvisionnement.

*Professeur d’économie à l’université de Tizi-Ouzou

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