Il s’appelle Chafik Gasmi, il est architecte, designer et décorateur de luxe à Paris. C’est à Alger, la ville de son enfance, que sa vocation est née.
Tout est parti d’un “terrain vague”, raconte à TSA celui qui compte aujourd’hui parmi ses clients de grands noms de l’industrie du luxe mondial. Sa boîte, Chafik Studio, dont les bureaux sont situés à deux pas des Champs-Elysées à Paris, a collaboré avec Baccarat, Hennessy, Lancôme, Dior, Guerlain, Givenchy, Louis Vuitton, Brunello Cucinelli, DFS et d’autres. C’est lui qui a conçu le magasin Séphora de l’avenue des Champs-Elysées, le flacon de parfum le plus fin au monde.
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Une vocation née sur un terrain vague d’Alger
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Sur ce terrain vague qu’il traversait pour aller à l’école coranique, des bâtisses ont commencé à sortir de terre. L’enfant est d’abord émerveillé par les “gros engins colorés”. Il se souvient surtout qu’il s’est fait de nouveaux amis, “du monde entier”, parmi les enfants des coopérants techniques qui habiteront les immeubles une fois achevés.
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“Je me suis dit : mais quel métier permet de créer ces liens, de voyager et surtout de jouer avec de grands jouets, de construire ? J’ai compris très vite que ce métier s’appelait l’architecture”, dit-il. Puis une fascination a fait le reste : celle qu’il a pour les architectes italiens de la Renaissance, Léonard de Vinci, Michel Ange, qui étaient “à la croisée de la technique et de l’art, de la poésie de la science”. « Je voulais être Léonard de Vinci, Michel Ange… », confie-t-il dans un entretien à la chaîne YouTube de TSA.
Pour devenir un architecte accompli, Chafik n’a pas FAIT les choses à moitié, comme le montre son cursus exceptionnel. Études d’architecture évidemment, à l’école “la plus technique possible et la plus artistique possible” à Paris, et simultanément des études d’ingénieur, des cours d’arts graphiques, de design, de photographie et même de maçonnerie. “Je suis maçon, c’est mon premier métier”, fait-il remarquer avec le sourire.
L’étudiant qu’il était avait compris que “finalement, ce ne sont pas forcément les architectes qui faisaient tous ces métiers-là, mais les gens qui faisaient la direction artistique, en faisant appel à des artistes qui viennent de divers domaines”.
C’est ainsi que le jeune architecte se retrouve à concevoir des chaises et des fauteuils de luxe et à collaborer avec Sephora, la célèbre chaîne de cosmétiques dont le concept est de fabriquer le parfum “comme un élément d’architecture”.
Dans les heures sphères du luxe, des Champs-Elysées à Pékin
De Sephora, sur les Champs-Élysées, au premier concept d’hôtel Baccarat, en passant par la bouteille Idôle primée pour Lancôme et la carafe Hennessy X.O “mon travail cherche constamment à exprimer une modernité intemporelle – où la lumière, la matière et le sens convergent dans un dialogue entre innovation et patrimoine”, explique-t-il sur son profil LinkedIn.
Chaque projet, “de Paris à Dubaï, de Doha à Pékin, de Comporta à Méribel, est un récit d’harmonie entre les personnes, le lieu et la finalité”, ajoute-t-il.
Son mantra, c’est “concevoir des lieux avec une âme”. Et s’il a appris tous les métiers de l’architecture et du design à Paris, il a emporté avec lui son âme algérienne et africaine.
Chafik Gasmi se rappelle encore lorsque, jeune directeur artistique chez Sephora, il a été invité à discourir devant les grands patrons de 50 marques de luxe. “Je me suis dit, moi, Africain, Algérien, là devant un parterre d’illustres patrons du luxe pour leur expliquer ce qu’est le luxe. Un paradoxe.” Mais il a trouvé les mots pour leur faire comprendre que, finalement, le luxe des Africains, “c’est le luxe de partager, pas forcément de posséder”.
“Nous mettons en avant plus le rapport aux choses et c’est ce qui dicte ma démarche dans le travail”, soutient-il. “En Afrique, tu ne vas pas acheter, tu vas d’abord discuter. On se rend compte que la technique éloigne les gens et finalement, lorsqu’on est Africain, on sait ce qui est important, les anciens, les enfants, la famille, la relation avec le voisin, tout ça c’est important”, illustre-t-il.
Cette philosophie est le cœur de tout ce qu’il fait. L’être humain, la nature, le climat, sont au centre du dispositif.
“Rendre à l’Algérie la beauté et la poésie qu’elle a mises dans ma tête”
Chafik Gasmi a toujours l’Algérie dans un coin de sa tête. Cela fait 20 ans qu’il y retourne régulièrement. “Ça me semble naturel de rendre à l’Algérie toute la beauté, la poésie qu’elle a mises dans ma tête”, reconnaît l’architecte.
Il y a fondé un studio de design et d’architecture, Créative Lab, et il tient à ce que tout soit fait suivant les normes drastiques de l’industrie du luxe européenne dont il est issu. “On y arrive petit à petit, on le fait à bonne vitesse”, dit-il.
Des partenariats sont mis en place avec des studios et entrepreneurs algériens, avec toujours l’ambition d’ “élever la qualité des projets”. Sa ”bataille”, c’est de changer cette tendance à calquer les villes de la rive sud de la Méditerranée sur celles du nord.
“On réfléchit à créer des villes qui soient nous, qui collent à qui on est (…) On a notre propre climat, nos propres paysages, notre propre histoire à continuer d’écrire. Je pense qu’il y a un espace nouveau pour se réinventer et retrouver de l’authenticité”, explique l’architecte. L’un de ses projets concrets du moment est de construire une tour à Alger, non pas pour “détruire” le paysage de la ville mais pour “s’inscrire dans un vocabulaire qui soit éminemment algérien”.
Il y a aussi son concept de “l’hôtel du désert”, qui prend en compte toutes les caractéristiques du sud algérien, des matériaux au climat en passant par l’architecture locale et les habitudes des habitants.
À plus long terme, Chafik souhaite travailler sur “la marque Algérie”, lui qui sait “élever des marques qui sont hautes et les pousser à aller plus haut” et dont la “marque de cœur” est justement l’Algérie.
« Ma marque de cœur, c’est l’Algérie. Et je voudrais vraiment aider l’Algérie à devenir une marque aussi belle, aussi attractive qu’elle le mérite. Aujourd’hui, ce n’est pas encore le cas, mais nous avons tous les atouts pour tout (…) Et c’est là-dessus que je voudrais mettre mon énergie dans le futur.
France – Afrique : le projet de Chafik Gasmi qui a séduit Macron
“C’est l’Algérie qui m’a fait, qui a fait que je pense”, dit celui qui se définit comme ”100% Algérien”. Mais il est aussi “100% Français “ parce que la France est son “pays d’adoption”, et “personne ne peut séparer sa mère biologique de sa mère adoptive”.
La diaspora algérienne en France, dont il fait partie, peut être une force importante pour peu qu’elle s’organise et agisse, estime-t-il. Ayant fait partie de la délégation qui a accompagné Emmanuel Macron au Kenya pour le sommet France-Afrique en mai dernier, Chafik Gasmi y est allé de sa proposition qui, assure-t-il, a séduit le président français. Il s’agit de créer “l’université du futur” en Afrique. Et c’est exactement ce dont a besoin le continent pour accélérer son développement.
“Aujourd’hui, à l’ère où l’idée de l’acquisition du savoir est en train de changer, avec l’avènement de l’intelligence artificielle”, l’université de demain qu’il conçoit pour l’Afrique ne sera pas pour “enseigner le savoir” mais pour “le partager, d’irriguer, le nourrir, et le faire évoluer dans des projets d’entrepreneuriat, d’innovation, de création, d’invention…”