
En à peine six mois, l’économie algérienne a connu un incroyable retournement de situation. À l’automne 2017, le premier ministre Ahmed Ouyahia dressait un tableau sombre de l’état des finances du pays, assurant même que sans le recours à la planche à billets, le gouvernement n’allait pas verser aux fonctionnaires leurs salaires du mois de novembre.
« C’est l’enfer », « le couteau a atteint l’os ». Les mots utilisés à chacune de ses sorties étaient durs, inquiétants et auguraient de lendemains pour le moins incertains, surtout que des officiels se sont mis à évoquer publiquement l’éventualité de revoir le système de subvention des produits de large consommation.
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Une conjoncture internationale favorable
Beaucoup avaient alors crié à l’exagération, soupçonnant le chef de l’exécutif de vouloir seulement faire passer la pilule du financement non conventionnel, dont beaucoup redoutaient les conséquences inflationnistes inévitables. L’on ne sait toujours pas quel crédit accorder à cette incapacité de l’État à payer ses agents, mais il est certain qu’Ouyahia ne bluffait pas sur toute la ligne. Le malaise financier était bien là et le recours à la planche à billets en était justement le révélateur qu’aucun expert ne pouvait contester.
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Le 14 avril dernier, le même Ouyahia s’est présenté devant la presse dans une autre posture. Celle d’un Premier ministre optimiste et rassurant concernant la bourse publique. Dans le faste du Centre international des conventions (CIC), il a fièrement fait remarquer que non seulement la poussée inflationniste redoutée n’a pas eu lieu, mais, mieux, les prévisions pour l’économie du pays sont plutôt bonnes. « Concernant les prévisions pour 2018, cette année sera meilleure sur le plan économique et social. La dynamique économique bouge encore mieux ».
Là aussi, il y a du vrai dans les affirmations du Premier ministre. Ce n’est pas encore l’opulence d’il y a quelques années, mais l’apocalypse redoutée n’aura finalement pas eu lieu.
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Dans son oral, Ouyahia a eu l’honnêteté de ne pas réclamer la paternité de la nouvelle situation, qui est avant tout le résultat d’une conjoncture externe favorable.
Au vu, en effet, des données actuelles des deux facteurs déterminants pour l’économie algérienne, soit les prix du pétrole et le cours du dollar, le spectre d’une grave crise s’éloigne, pour longtemps peut-être si les États-Unis décrètent de nouvelles sanctions contre l’Iran, dont le retour sur les marchés pétroliers a contribué à la chute des cours de ces dernières années.
Plus de recettes et plus de réserves de change
Parallèlement, le dollar établit un nouveau record à 116 dinars, ce qui reste un fait rare, sachant que la monnaie américaine et les cours du pétrole prennent habituellement des courbes opposées.
Tout cela signifie, pour simplifier, qu’il y aura plus de recettes fiscales et de réserves de change pour le pays qui tire des exportations des hydrocarbures une grande partie de sa fiscalité (45% en moyenne) et quasiment toutes ses rentrées en devises (environ 96%).
Déjà, le déficit prévisionnel du Trésor devrait être revu à la baisse, et même résorbé à terme puisque la Loi de finances 2018 a été élaborée sur la base d’un baril à 50 dollars. Même si les cours se stabilisent aux 75 dollars actuels, le Trésor prélèvera 50% de plus que ce qui était prévu en fiscalité pétrolière.
L’érosion du matelas de réserves de change devrait aussi s’estomper. Ces réserves, destinées à financer les importations, et qui avaient connu une chute vertigineuse depuis 2014, devraient se stabiliser aux alentours de 90 milliards de dollars et même repartir à la hausse si le pétrole suit la même courbe. Aussi, le Fonds de régulation des recettes (RFF), constitué des excédents budgétaires liés aux exportations des hydrocarbures, devrait être alimenté de nouveau. Aujourd’hui le différentiel entre le prix de référence et le prix réel du baril est de 25 dollars, soit un écart de 50%.
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Quelle politique pour le gouvernement ?
Au-delà de ces conséquences chiffrées et facilement prévisibles sur les équilibres macro-économique, la grande inconnue demeure les retombées de cette embellie financière sur la politique du gouvernement, donc sur le vécu du citoyen.
Les mesures rendues nécessaires par la période de disette, comme la hausse de certaines taxes et la limitation des importations, seront-elles levées ? Les programmes d’investissements publics gelés seront-ils relancés, ainsi que les recrutements dans la fonction publique ?
Les premières bribes de réponse commencent à fuser. Le train des dépenses reprend timidement avec l’annonce d’une revalorisation des pensions de retraite à hauteur de 5% et les petites rallonges accordées à certains départements au titre du budget d’équipement par la loi de finances complémentaire qui sera bientôt dévoilée.
Aussi, le cap protectionniste semble maintenu avec la forte taxation des importations prévue par la même loi. Néanmoins, il faudra attendre l’automne prochain et l’élaboration de la Loi de finances 2019 pour se faire une idée plus précise. On saura surtout si les leçons de la crise ont été retenues ou non.