
Avant même son adoption définitive par le Parlement, le projet de nouveau code de la route en Algérie fait des vagues. Des transporteurs ont déclenché jeudi une grève pour contester les dispositions jugées sévères du projet destiné à réduire le nombre de morts sur les routes et adopté mercredi 24 décembre par l’Assemblée populaire nationale (APN).
Le texte qui n’est pas encore passé au Conseil de la nation (Sénat), n’est pas encore entré en vigueur. Une partie de la classe politique appuie les revendications des transporteurs.
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Le texte, présenté par le gouvernement, a été adopté par l’APN, chambre basse du parlement, le 24 décembre. Il doit être adopté par le Conseil de la nation avant sa promulgation et son entrée en vigueur.
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Mais la contestation n’a pas attendu l’achèvement de toute la procédure législative. Les premières actions de protestation ont émané dès le premier jour de l’année 2026 de certains transporteurs publics, notamment les chauffeurs de camions et de taxis.
Dans le nouveau texte, les infractions ont été classées en quatre catégories, suivant leur gravité, avec de fortes amendes pécuniaires allant jusqu’à 12.000 dinars et des peines de prison pour certains comportements irresponsables.
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Le gouvernement a défendu le texte en mettant en avant la nécessité de durcir la législation pour faire face à ce qui est appelé à juste titre le “terrorisme routier” qui frappe l’Algérie.
Nouveau code de la route : les réactions d’une partie de la classe politique
Les détracteurs du texte s’élèvent pour leur part contre les dispositions qu’il contient, jugées susceptibles d’avoir de lourdes conséquences pour les conducteurs, allant jusqu’à la perte de leur emploi pour certains.
La situation a fait réagir des partis politiques. Le secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND), Moundher Bouden, en déplacement dans la wilaya de Médéa, s’est dit favorable à la révision du projet de loi.
Au cours d’une rencontre avec les professionnels du transport, il s’est engagé à porter leurs revendications aux hautes autorités du pays et à “défendre une approche équilibrée” qui permette une lutte ferme contre “le terrorisme routier” tout en préservant les droits des professionnels.
Dans un communiqué rendu public ce dimanche, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a dénoncé pour sa part des “dispositions excessivement coercitives contenues dans le nouveau code de la route”, qui “ont contribué à exacerber la colère sociale” et que “le gouvernement tente aujourd’hui de corriger maladroitement”.
Même son de cloche chez le Front des forces socialistes (FFS), qui estime que le projet de nouveau code de la route a été adopté “dans la précipitation” par l’APN, “sans aucune concertation avec les acteurs concernés”, ce qui a provoqué “un mouvement de grève massif”.
Le parti note aussi le “recul précipité des pouvoirs publics, à la suite de réunions de rattrapage avec les représentants syndicaux et de promesses tout aussi improvisées”.
Union des transporteurs : le gouvernement a pris trois engagements
L’Union nationale des transporteurs (UNAT) a en effet annoncé dans un communiqué diffusé ce dimanche 4 janvier que le ministère de l’Intérieur et des Transports a pris “trois engagements majeurs” au cours d’une réunion avec les représentants de l’organisation professionnelle.
Ces engagements sont la “révision officielle et légale des tarifs de transport, en tenant compte des coûts réels d’exploitation, notamment ceux liés au carburant”, “la modification du Code de la route afin d’intégrer les spécificités et revendications des professionnels du transport” et la ”mise en place de mesures d’accompagnement pour soutenir les transporteurs et améliorer leurs conditions d’exercice”.
Sur la base de ces engagements, l’UNAT a appelé tous ses adhérents à “reprendre leurs activités, à garantir le bon fonctionnement de la chaîne logistique et à privilégier le dialogue et la responsabilité, dans l’intérêt supérieur du pays”.
Par ailleurs, certaines voix ne s’empêchent pas de s’interroger sur le timing choisi pour lancer les mouvements de grève. L’agence officielle APS note par exemple qu’aucune objection n’a été entendue lors de l’adoption du projet de nouveau code de la route par l’APN.
Rappelant que l’élaboration du nouveau texte a été dictée par la nécessité de mettre fin au terrorisme routier et que les mesures coercitives sont une revendication de la société, l’APS écrit que “ceux qui sont derrière cette manipulation exécrable n’ont aucun respect ni des victimes du terrorisme routier ni de leurs familles”, et ils sont “en flagrante contradiction avec l’éthique morale et politique”.
Par ailleurs, Naftal a fait état dimanche d’une perturbation de l’approvisionnement en carburants et gaz butane, a appelé les transporteurs à reprendre « sans délai », le travail, sous peine de résiliation de leurs contrats et même de poursuites judiciaires pour le préjudice causé.