
Alors que l’Algérie s’achemine vers une récolte exceptionnelle de céréales, l’Office algérien des céréales (OAIC) vient de conclure l’achat de 720.000 tonnes de blé tendre. Un achat qui rappelle que la production locale est loin de couvrir la totalité des besoins nationaux, qui s’élèvent à plus de 12 millions de tonnes de céréales.
Les chiffres définitifs devraient être connus après le 10 août, soit après la date officielle de fin des moissons. Les nouveaux centres de collecte des CCLS continuent à remonter par voie informatique directement à l’OAIC les quantités de grains engrangés.
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Céréales : l’Algérie sur la voie de l’autosuffisance en blé dur
De son côté, l’USDA, le département américain à l’Agriculture, évoque une production de 3,2 millions de tonnes de blé, en hausse de 7 % par rapport à 2025. Pour l’orge, l’USDA prévoit une récolte de 1,35 million de tonnes d’orge destinées au cheptel ovin, en hausse de 13 %. Pour le maïs, la récolte attendue est de 12.000 tonnes, soit la même que l’année passée, selon le département d’État américain à l’Agriculture.
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Récemment, Saïd Sayoud, le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, a annoncé une récolte historique totale de 5 millions de tonnes de céréales cette année.
Si l’Algérie continue d’importer du blé tendre, qui sert notamment à la fabrication de la farine pour le pain, l’autosuffisance en blé dur, qui est utilisé pour fabriquer la semoule, pourrait être atteinte dès cette année.
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Dans la mesure où, sur le marché international, le prix du blé dur est en moyenne une fois et demie supérieur à celui du blé tendre, l’économie devrait être de plus de 1,5 milliard de dollars, a estimé le président Abdelmadjid Tebboune lors de sa dernière rencontre avec des représentants de la presse nationale lundi 27 juillet. Historiquement, l’Algérie est un pays de blé dur.
Pluie abondante et aide de l’État : les deux facteurs clés de la récolte record de céréales
Les bons résultats de cette année sont liés à l’abondance et à l’excellente répartition des pluies. Celles tombées en automne ont été décisives. Elles ont amené les agriculteurs à prolonger les semis et encore en décembre, les CCLS ont vu affluer les agriculteurs à la recherche de semences certifiées.
Ces résultats n’auraient pas été possibles sans le soutien multiforme de l’État à la filière. Un soutien qui concerne les semences, les engrais, le matériel, le carburant et les prêts de campagne. Sans l’échelonnement accordé aux agriculteurs touchés par les sécheresses de ces dernières années, à l’Ouest du pays, des agriculteurs n’auraient pas pu emblaver leurs parcelles.
Parmi le soutien à la filière figure la réalisation de centres de stockage et de silos, dont le programme a été décidé lors du Conseil des ministres, tenu en décembre 2023, sous la présidence du président de la République.
La construction de ces 350 centres de collecte illustre les réserves de productivité dans l’organisation de la filière et les avancées possibles. Ces nouvelles structures ont reçu une très forte adhésion de la part des agriculteurs et des investisseurs situés au Sud.
À Mascara, comme dans d’autres wilayas, la construction de silos en béton avance. Selon la Télévision algérienne, les immenses cellules y ont atteint une hauteur de 40 mètres.
Collées les unes contre les autres, les 9 cellules construites par l’entreprise Cosider devraient permettre de stocker un million de quintaux de blé. Ces jours-ci, la fin des travaux sur l’un de ces chantiers a été fêtée par un feu d’artifice depuis le haut des installations.
Aux silos s’ajoute la logistique déployée au Sud sous la forme de convois de camions et d’engins de récolte. Une technique initiée dès 2024 par Youcef Cheurfa, le précédent ministre de l’Agriculture.
« Développer des solutions innovantes »
Pour les services agricoles, le défi est de ne pas se satisfaire des résultats d’une année et de faire progresser les rendements pour atteindre 20 à 30 quintaux/hectare dans les wilayas du Nord, et 60 à 70 quintaux/hectare dans les wilayas du Sud.
Dès 2023, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a installé un groupe de réflexion et de travail composé d’enseignants-chercheurs algériens. Comme le précise Tarik Hartani, directeur de l’École Nationale Supérieure Agronomique, « ce groupe a été chargé d’élaborer une vision scientifique et prospective destinée à jeter les bases d’un plan stratégique pour le développement durable de la filière céréalière en Algérie. »
Pour Tarik Hartani, membre du Conseil national de la sécurité alimentaire et coordinateur de ce comité de réflexion, l’Algérie est « confrontée à l’irrégularité des précipitations, à la perturbation des cycles culturaux, à la dégradation des écosystèmes et à l’érosion continue de la biodiversité agricole ». Aussi, estime-t-il que « la communauté scientifique est appelée à développer des solutions innovantes, fondées sur la recherche, afin d’accompagner la modernisation de l’agriculture et de répondre durablement aux défis environnementaux, alimentaires et économiques auxquels le pays est confronté ».
Outre le défi climatique, les céréaliers algériens sont confrontés à l’érosion des marges financières à l’hectare. Les charges de mécanisation restent un poste important.
Le coût de la récolte est facturé 7.000 DA/hectare par les entrepreneurs de travaux agricoles privés, contre seulement 6.000 DA par les CCLS. L’intervention récente de l’entreprise publique Agrodrive a permis la mise à disposition des exploitations de matériel de récolte et, à l’automne prochain, de tracteurs pour la campagne de labours et semis.
En septembre 2023, à l’occasion de la remise du rapport du comité de réflexion au ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique Kamel Baddari, M. Hartani a indiqué que « le plan stratégique de développement de la production céréalière prévoit également le lancement d’un projet national visant à convertir près de 2,5 millions d’hectares de terres en friche sur une période de dix ans, afin de les consacrer à la production de différentes cultures, y compris les céréales ».
En effet, une partie des terres céréalières reste en jachère (ou repos) une année sur deux et sert au pâturage des moutons.
Le défi est donc de trouver les moyens pour que les agriculteurs sèment en sec dès l’automne le maximum de surfaces. Par ailleurs, l’élevage du mouton, qui est une activité complémentaire, ne doit pas se développer au détriment de la culture de céréales. Or, actuellement, à raison de 50-60 DA la botte, contre 20 DA en juin, la paille n’est jamais broyée et enfouie au sol afin de maintenir sa fertilité.
En 2026, la Syrie a atteint son autosuffisance en blé. Selon le directeur-adjoint de l’Organisation générale des céréales, Ahmad Qadoun, cité par le site Boursorama : « Il ne sera pas nécessaire d’importer cette saison. » Le Nord-Est du pays, et en particulier la région de Hassaké, a bénéficié d’une aide australienne et développe l’agriculture dite de conservation.
Synergie, subventions et techniques modernes
En Algérie, la filière céréales bénéficie d’un large soutien public, l’emploi de techniques modernes et la recherche de modes d’organisation nouveaux pourraient permettre une synergie que les subventions seules ne peuvent assurer.
En juillet dernier, le professeur Hartani a annoncé dans le quotidien El Watan : « L’inscription officielle de six nouvelles variétés nationales de céréales, dont trois de blé dur et trois d’orge », ce qui constitue « une avancée majeure pour la recherche agronomique algérienne », a-t-il ajouté. Un pas vers cette synergie tant espérée.