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Élections locales : un enjeu peut en cacher un autre

Toufik Doudou / PPAgency / NEWPRESS

Près de 23 millions d’Algériens sont appelés ce jeudi 23 novembre aux urnes pour renouveler les assemblées locales (APC et APW).

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Si au regard du peu d’enthousiasme qui a accompagné les meetings des partis, de leur représentants et autres candidats et compte tenu de l’expérience des législatives de mai dernier où seulement 35, 37% d’électeurs avaient daigné se déplacer aux bureaux de vote, on peut dire que le spectre de l’abstention pèse sur le scrutin d’aujourd’hui, il reste que le taux de participation demeure imprévisible.

Pour au moins trois raisons : d’abord, l’élection des assemblées locales a souvent attiré les électeurs pour d’évidentes raisons de proximité mais également pour des raisons sociologiques, la famille et la tribu jouant un grand rôle dans l’élection des élus locaux, contrairement aux élections législatives et la présidentielle où le scrutin est de portée nationale.

Invité d’une émission de la radio nationale, le premier ministre, Ahmed Ouyahia, n’avait d’ailleurs pas manqué de relever que « la famille, l’esprit de la tribu jouent dans les élections locales ».

Ensuite, en l’absence de sondages, il n’est pas aisé d’avoir une idée plus ou moins précise, ni de projections sur les dispositions des électeurs, mais également sur les rapports de force politiques en présence.

Enfin, le contexte socio-économico-politique marqué par la crise de confiance, l’effondrement du pouvoir d’achat, la fermeture du champ politique, les atteintes à la liberté d’expression, le discrédit de l’exercice politique et l’opposition, l’absence de figures politiques crédibles, la corruption endémique, la fraude à répétition et l’absence d’alternatives et de perspectives de changement sur fond de traumatisme né de la décennie noire, creusent davantage le fossé entre les citoyens et le pouvoir.

Mais pour les autorités, l’enjeu dépasse largement celui d’un simple renouvellement des assemblées locales. Comme l’a affirmé le secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbes, la main mise sur l’essentiel des assemblées locales, constitue le meilleur levier pour aborder la présidentielle de 2019 sans encombres.

C’est pourquoi, vu sous cet angle, la participation devient un enjeu, seule à même d’asseoir une assise pour le candidat qu’aura à choisir le parti gagnant.

Signe que cet enjeu est d’une importance capitale, le président Abdelaziz Bouteflika, lui-même, a appelé mercredi, à l’issue du conseil des ministres, à une participation massive. Les prochaines assemblées locales, a considéré le chef de l’État lors du Conseil des ministres qu’il a présidé, seront “un échelon essentiel de la modernisation du service public et constitueront, sur le terrain, l’outil de valorisation des ressources publiques au bénéfice des citoyens ».

Avant lui, c’est à l’institution présidée par Abdelkader Bensalah d’appeler, après consultations des différents groupes parlementaires, à une participation massive. « Le bureau du Conseil de la Nation appelle les citoyennes et les citoyens à faire de ces élections un événement national à travers l’affluence sur les bureaux de vote pour élire leurs représentants dans les Assemblées communales et de wilaya », a indiqué le président du Sénat dans un communiqué rendu public lundi dernier.

« Voter est une manière d’exprimer sa fierté d’appartenir à chacune des régions qui composent ce grand pays (…) les citoyens vont se tourner vers l’avenir en choisissant les femmes et les hommes qui assumeront la responsabilité et se consacreront au service des citoyens », a-t-il soutenu.

Au cours de la campagne électorale, tous les leaders de partis, y compris certains ministres alors que le FLN a dû faire appel à d’anciennes figures comme Amar Saâdani et Abdelaziz Belkhadem, ont appelé à une « participation massive » des électeurs.

C’est dire qu’elle constitue, surtout que les partis et le pouvoir compris sont échaudés par l’expérience de mai dernier, un enjeu de taille qui peut préfigurer des rapports de force en perspective d’un nouveau bail pour le président ou pour les éventuels postulants à sa succession.

Mais les citoyens l’entendront-ils de cette oreille surtout que les partis, incommodés par la crise, ont évité de faire de grandes promesses ? L’essentiel des représentants de partis ont en effet focalisé sur la nécessité d’élargir les prérogatives des élus, la démocratie participative ou encore le maintien de la stabilité quand d’autres, comme le FLN, parle de la “légitimité historique” ou le RND justifiant la dépense de 1.000 milliards de dollars…

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